In fine, nous sommes confinés

Ainsi nous sommes confinés. Parait-il que nous n'avons pas été assez disciplinés, du coup on nous dit de rester dans notre chambre. C'est allé très vite, les auteurs de science-fiction en sont abasourdis, Alain Damasio arrête d'écrire car dépassé par les événements. La montée progressive de l'angoisse liée aux injonctions paradoxales du gouvernement nous ont pris de court.

Plus le temps de réfléchir, confinés.

Pendant que les soignants suent sang et larmes, avec l'énergie du désespoir suite à l'équarrissage des services publics, pendant que les commerçants et restaurateurs se demandent si leur entreprise survivra à un mois d'inactivité, pendant que les plus fragiles meurent et que les bourses s'effondrent, pendant ce temps-là, la vie reprend le dessus, avec son lot d'espoirs et de lendemains qui respirent.

Un monde nouveau se fait jour

Un monde où des images satellites de la NASA montrent une baisse spectaculaire de la pollution en Chine et en Italie du nord, bientôt dans le reste du monde ; les mines de charbon, les bagnoles et les industries chimiques tournent au ralenti, le fret et les transports aériens s'arrêtent. On respire déjà mieux dans le monde, en fait ça fait longtemps qu'on n'a pas aussi bien respiré.

Les marchés continuent leur dégringolade et les financiers réalisent que sans travailleurs, il n'y a pas de productions de richesses, qu’il est donc préférable qu'ils ne succombent pas tous à ce virus qui accélère la crise systémique du capitalisme. Un virus révélateur des excès de ce monde libéral, monde de dérégulations, profondément antisocial. On se rend compte que nos médicaments sont fabriqués en Chine, que nous sommes dépendants du plus grand atelier du monde pour à peu près tout, que nous avons dépecé notre industrie et par conséquent ne sommes plus aptes à affronter l'imprévu. Dramatique constat : nous ne savons plus produire nous-mêmes des produits essentiels pour la société. Et d'un coup, ces chaînes de fabrication mondialisées, dépendantes des transports maritimes et aériens, aux empreintes carbone indécentes, qui exploitent les travailleurs, tout cela s'est arrêté.

Nos concitoyens, particulièrement conscientisés par des années de Charlie-NuitDebout-LoisTravail-GiletsJaunes-Retraites, ont aujourd'hui les yeux grands ouverts sur ces Big Pharma qui ont installé leurs sites de production de principes actifs en Chine, ils voient que les allemands envisagent la nationalisation temporaire d’entreprises des secteurs hautement stratégiques, ils entendent le président Macron parler d’État Providence. Un président qui appelle à l'aide les personnels soignants (qui répondent toujours présents, quitte à y laisser leur santé) et promet de « tirer les leçons du moment que nous traversons ». On se pince en constatant que des mesures sociales urgentes sont prises, comme différer la réforme de l'assurance-chômage, repousser la fin de la trêve hivernale, stopper les radiations de chômeurs, débloquer des moyens pour l'Hôpital, financer les arrêts de travail « sans jour de carence ».

Un parfum de grève générale

Le rêve d'observer une fois dans sa vie une société tout entière qui s'arrête. Constater l'absence de pollution, écouter le calme d'une cité endormie, sortir temporairement de la course effrénée quotidienne, secouer la tête en réalisant qu'on a le temps. Pour lire (“La Peste” de Camus atteint des records de vente historiques parait-il), pour la musique, pour l'écriture, pour flâner, discuter téléphoniquement, créer, observer, partager avec ses enfants, dessiner, trier, cuisiner... rien faire.

Comment ça va toi dans ton confinement ? Et puisque j'ai du temps, j'en profite aussi pour me demander comment je vais moi. Prenons deux minutes, ou dix, deux heures ou même une journée. Le temps de prendre du recul, se questionner sur ce qui est essentiel pour nous dans cette société et réfléchir sur ce qu'engendrent la soif de superflu et l'abandon de nos services publics, de notre industrie, de notre souveraineté.

Combien de semaines de confinement ?

Bob

Pendant le confinement, l'équipe de Mouais reste au travail tranquilou devant ses ordis, et proposera son prochain numéro en ligne au début du mois prochain !

bull

 

 

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