Estrosi organise un carnaval policier à Nice

Vendredi dernier à 13 heures, de nombreux policiers municipaux se sont rassemblés sur la place Masséna, en présence du maire de Nice. Manifestation spontanée, aux allures de menace ? Pire : opération de com’ d’Estrosi, qui a eu l’idée de ce rassemblement (à coup sûr illégal) et convoqué les fonctionnaires, promettant même de payer des heures supplémentaires à certains…

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« Pourquoi autant de policiers municipaux étaient rassemblés sur la place Masséna à Nice ce vendredi à 13h ? » se demandait notre quotidien municipal et préfectoral préféré (Nice-Matin, 21/05). Selon le journal niçois, les policiers municipaux se sont rassemblés pour protester contre le conseil constitutionnel. Ils veulent plus de droits et de pouvoir. Alors ils se sont spontanément réunis sur la place Masséna. Nice-Matin rapporte même un témoignage de fonctionnaire : « nous sommes là pour exprimer notre ras-le-bol ». Ouais, ils n'ont pas trouvé mieux comme déclaration parmi les 200 flics, et c'est la seule parole policière du papier. Mais on nous dit qu'ils sont vraiment pas contents hein, ils ont même jeté leurs menottes au sol parce qu’ils estiment que la décision des juges constitutionnels les « empêche de travailler », toujours selon les enquêteurs de Nice-Matin.

Tout l'article relaie la prétendue « ire » des policiers, on dirait presque de la prose estrosiste. D'ailleurs, Christian Estrosi était présent, venu en compagnie d'Anthony Borré, l'adjoint sécurité. Estrosi qui a acheté des drones désormais interdits de voler. « Une décision d’injustice », « lois poussiéreuses de la CNIL », s'écrie Christian, dont le journal rapporte qu'il « ne lâchera rien », annonçant in fine que Darmanin allait revoir sa copie. « Reste à savoir si ça suffira à rassurer le gendarme législatif qu'est le conseil constitutionnel ».

Un article pour le moins orienté, c'est clair, mais bon, on se dit que les journalistes de Nice-Matin étaient sur place et ont pu discuter avec les policiers, les questionner, comprendre d'où venait l'idée de cette manifestation, comment elle s'était organisée, si elle avait été déclarée en préfecture...

Mais voilà que certains, tel Cédric Michel, le président du Syndicat de défense des policiers municipaux, disent qu'ils ont été manipulés : « En réalité (…) nous ne sommes pas contre la décision du conseil constitutionnel puisqu'à la base nous ne demandions pas plus de prérogatives. C'est Christian Estrosi qui veut de nouvelles compétences, pas nous » (France3 PACA, 22/05).

La grossière opération communication du maire est mise à jour soudainement : c'est lui qui a eu l'idée du rassemblement, de la mise en scène, lui qui a convoqué les fonctionnaires, promettant même de payer des heures supplémentaires à certains.

« Je suis élu, j'ai plus de crédibilité qu'un juge constitutionnel qui est déconnecté de la réalité du terrain », explique le maire (France3 PACA). Vendredi, les policiers ont reçu un mail les remerciant « pour avoir répondu présents en nombre à l’appel de Monsieur le Maire ». Cédric Michel précise que « Christian Estrosi se fait le porte-parole autoproclamé des policiers municipaux, mais ce sont ses propres revendications, pas les nôtres ». Son syndicat va même porter plainte car la manifestation n'avait pas été déclarée trois jours avant en préfecture –et pour cause : impossible de savoir à l’avance que la loi allait être retoquée. La manif’ était donc… illégale. Quant à Richard Gianotti, le directeur de la police municipale de Nice aux ordres du maire, il soutient toujours que la manifestation était bien à l'initiative de la police municipale, mais il n'a sûrement pas dû lire ses mails.

Aïe Nice-Matin, là c'est vraiment pourri comme investigation, ça sent même le lèche-fion-de-maire à plein nasaux ! On se dit que, quand même, vous êtes un peu obligés de rédiger un nouvel article hein, des excuses à vos lecteurs. On attendrait que Eric Galliano, l'auteur de l'article, nous raconte comment il a pu se planter à ce point. Ben non, pas de rectification. Ah si, une petite réponse à un lecteur qui demande « la manifestation des policiers municipaux était-elle spontanée ou organisée par la mairie de Nice ? » (nicematin.com, 22/05). La réponse est distanciée, la rédaction cite brièvement Cédric Michel qui parle de manipulation et ajoute rapidement que Guy Benoin (du syndicat national des policiers municipaux) « sait manifestement très bien pourquoi il a pris part à cette action (lire par ailleurs) ». Je n'ai ni trouvé qui est ce Guy Benoin, ni où est-ce qu'on peut « lire par ailleurs », j’aurais bien aimé savoir, tant pis. Mais Nice-Matin affirme que « lui et ses collègues ont pensé spontanément à se rassembler, même si manifestement la mairie n’avait rien contre. L’idée est venue simultanément des deux côtés, explique-t-on dans l’entourage du maire ».

Donc Nice-Matin maintient sa position initiale et ne croit pas à la manipulation estrosiste. D'ailleurs, pour en être certain une bonne fois pour toutes, quoi de mieux que d'aller interroger le manipulateur en chef ? Et donc, laisser la conclusion à Estrosi : « Ce sont eux qui, dans leur grande émotion, m’ont dit Monsieur le maire, nous avons décidé de nous donner rendez-vous sur la place Masséna. Mon devoir, en tant que premier magistrat, c’était d’être aux côtés de ces hommes et de ces femmes. Je n’allais pas rester calfeutré dans mon bureau et ne pas m’en mêler ».

Un joli moment de journalisme chez Free-5G-Matin. Et encore un beau moment de démocratie en Estrosie…

Un article de Bob

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