Directeur d'école au temps du Covid

Depuis bientôt un an que nous vivons sous état d’urgence sanitaire, à Mouais, nous avons voulu savoir comment ça se passait dans les écoles. Nous sommes donc allé·es interviewer un directeur d’école maternelle.

Mouais : A deux semaines des vacances scolaires, peux-tu nous dire dans quel état tu es ?

Le directeur : Épuisé. La gestion de la crise sanitaire a mis à mal toute l’équipe, enseignant·es et personnels municipaux. Nous sommes obligé·es de modifier l’organisation de l’école à chaque nouvelle annonce du gouvernement, et le plus souvent les consignes officielles arrivent plusieurs jours après les annonces dans les médias.

M : Est-ce que l’institution vous aide, au moins ?

D : Très peu, et très mal. Rappelez-vous l’histoire des masques Dim que l’Éducation Nationale (EN) a distribués à tous ses agents et qui se sont révélés potentiellement toxiques. Mais ce qui manque le plus de la part de l’EN ce sont des consignes claires, explicitées et qui arriveraient dans les écoles avant que le ministre ne les annonce à la télé. Une autre grande faille, ce sont les personnels. On travaillait déjà avec très peu de remplaçant·es, mais en ce moment c’est vraiment critique. Entre les personnels « fragiles » qui ne viennent pas travailler, les absences pour Covid et les absences ordinaires, nous sommes très peu remplacé·es. On ne compte plus chaque jour les classes sans enseignant·e. Et puis je ne vais pas refaire le récapitulatif de Blanquer et de ses déclarations contradictoires d’une semaine sur l’autre, mais franchement, être aidé par des incompétents comme ça, est-ce vraiment une aide ?

M : Des consignes claires, c’est-à-dire ?

D : C’est-à-dire des consignes qu’on puisse comprendre pour les expliquer aux enfants et aux parents. Le masque, le lavage des mains, la désinfection et l’aération de locaux ça va, mais jusqu'il y a peu, un enfant de maternelle qui passait huit heures par jour à l’école sans masque n’était pas considéré comme cas contact si un·e de ses camarades se révélait positif·ve au Covid. Ça a été modifié en février et depuis iels sont considéré·es comme cas contacts.

M : Et du côté de la mairie ?

D : La mairie de Nice a livré des quantités importantes de masques, de savon et de gel hydroalcoolique, mais là aussi le manque de personnels est criant. Les absences ne sont pas remplacées. Dans le même temps, les « personnels mairie » des écoles ont vu leur charge de travail exploser avec des désinfections à faire plusieurs fois par jour. Un grand nombre d’entre elles sont au bord du burn-out. Mais bon nous sommes rassuré·es, nous manquons d’assistantes maternelle mais nous aurons bientôt une borne d’appel police devant l’école (rire).

M : Et les enfants dans tout ça ?

D : C’est la question la plus importante, et à mon sens la plus négligée. Je pense que les enfants ont beaucoup souffert de cette année qui vient de s’écouler et de cette rentrée. Pensez donc, j’enseigne à des enfants de trois ans qui n’ont jamais vraiment vu mon visage. Pour les élèves qui ont vécu les fermetures des écoles, on sent qu’il leur manque quelque chose. Au niveau des savoirs bien sûr, mais aussi au niveau de la socialisation et du vivre-ensemble. D’ailleurs, nous travaillons beaucoup là-dessus avec mes collègues. Mais comme d’habitude, le ministère, qui ne veut pas savoir ce qui se passe sur le terrain, fait comme si tout était normal. Il continue à pousser la transformation de l’école dans une conception mécaniste chère au ministre.

M : Alors on fait quoi ? On ferme les écoles ou pas ?

D : J’en sais rien. Si je regarde notre état de fatigue à toustes dans les écoles, je serai pour la fermeture. Mais je suis aussi convaincu que les gamins ont besoin de venir à l’école. Alors on fait au mieux. On fait en sorte qu'ils apprennent et vivent des choses agréables à l’école, malgré le contexte. Et on espère que maintenir à tout prix les écoles ouvertes ne soit pas une erreur sanitaire. 

Article de PP;P paru dans le Mouais #15, abonnez-vous : https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-reconnaissance-des-medias-alternatifs-arma/paiements/abonnement-mouais

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