Emmaüs-Roya : mi-punk, mi-pantaï

Ce matin, comme tous les samedis matin, je monte à St André de la Roche, petit village aux abords de Nice, où se trouve notamment la communauté Emmaüs Nice. Ce matin, comme tous les samedis matin, je suis presque à l'heure pour le marché tenu par Emmaüs Roya, association d'accueil des réfugié.e.s succédant à DTC – Défends Ta Citoyenneté - et première communauté agricole d'Emmaüs France.

Ce matin, comme tous les samedis matins, je bois mon café en attendant le camion chargé de légumes, d'huile et de pâte d'olive. Camion conduit ce matin-là par Cédric Herrou, qui a la fâcheuse tendance à être parfois plus en retard que moi, ce qui a le don de m'énerver. Non mais c'est vrai, ce besoin de tirer la couverture à lui tout le temps comme ça. Et ma réputation de champion du retard, alors, hein ! Tout le monde s'en fout?

Mais ce matin-là, je ne suis pas au bout de mes surprises. Car non content de ne pas être à l'heure, Cédric n'arrivera jamais. Bon, il faut dire qu'il a eu la mauvaise idée de venir accompagné par deux compagnons « Noirs ». Bon alors, soyons clair, je veux bien à la limite qu'on le laisse travailler, mais de là à ce que ce soit avec des « Noirs » ... Faudrait voir à pas exagérer non plus... Pourquoi pas accueillir toute la misère du Monde, à ce compte-là ? Et que fait-on de notre bon vieux délit de faciès bien de chez nous ? On a des traditions, en France, je vous ferais remarquer. Et on y tient ! Et on peut faire confiance à notre très chère police qui est toujours là pour se porter garante de nos héritages pétainistes.

Rien d'étonnant donc à ce que ce malotru soit arrêté, ainsi que les deux personnes forcément en situation irrégulière puisqu'elles sont non seulement compagnons de la communauté Emmaüs, mais, en plus, « Noires ». Ah, mais on me dit dans l'oreillette que les deux personnes en question ont été relâchées pratiquement sur le champ, alors que l'ancien président de DTC a passé la journée en garde à vue à la caserne de Auvare. Cela signifierait-il que nos très chers agents cherchaient autre chose ? Comme nous nous interrogions sur notre Facebook, Défends Ta Citoyenneté Emmaüs Roya, s'agissait-il de « Recel de courges ? Trafic de piments ? Détournement de basilic ? Malversation de tomates cerise ? Aide à l'entrée irrégulière d'aubergine ? Les dés sont lancés... »

Quoi qu'il en soit, je tiens tout particulièrement à remercier la police grâce à qui Emmaüs Roya a empoché pratiquement 1500 euros de dons de soutien destinés à la communauté, ce qui est plus de deux fois supérieur au chiffre d'affaire habituel au marché de St André. Soit dit en passant, tous les légumes n'ont pas pu être récupérés, et les clients habituels du samedi matin n'ont pas eu leurs cinq fruits et légumes frais par jour.

Mais trêve de plaisanterie, au-delà de l'acharnement policier injustifiable, il y a l'abus de pouvoir clair, avéré et même commandité. Commandité par un système à bout de souffle au point d’élire un sale gosse et sa mère au pouvoir. Un sale gosse qui, non content de nous voler toujours plus (chez les riches on dit taxer, je crois), nous parle sans arrêt des « black blocs » pour nous faire oublier que le pire casseur du pays n'est autre que lui-même. Casseur de « migrants », casseur de « pédés », casseur de « clodos », casseur de « pauvres » ... Casseur de tous ces mots vulgaires qu'on utilise pour désigner les populations qu'on cherche à « minoriser » pour nous faire croire qu'elles sont moins importantes alors qu'en fait elles sont chacun de nous.

« Car oui, l'abbé Pierre était un punk anarchiste comme on aimerait en croiser plus souvent. Un punk anarchiste qui aura réussi l'exploit de venir légalement en aide à des personnes en situation soi-disant illégales. »

C'est dans l'optique de dénoncer cette pratique et de soutenir ces populations que naissent de nombreuses associations qui se battent pour la liberté, l'égalité, la fraternité –et la sororité- et la justice. C'est dans cette optique que DTC a vu le jour en Avril 2017. DTC, comme pour leur « foutre au cul », dirait sans doute Coluche, ou encore l'abbé Pierre (qui n’avait pas non plus sa langue dans sa poche, quoique moins fleurie il est vrai).

L'abbé Pierre qui fut prêtre, mais également résistant, puis député, et fondateur du mouvement Emmaüs. L'abbé Pierre qui a lutté toute sa vie contre toute forme d'exclusion, sans frontière ni limite. Prenant même parfois la liberté d'outrepasser une loi absurde au profit de l'Humain. L'abbé Pierre qui restera à jamais un exemple à nos yeux de militants. De par son altruisme et sa force de persévérance, mais peut-être encore plus de par son côté punk. Car oui, l'abbé Pierre était un punk anarchiste comme on aimerait en croiser plus souvent. Un punk anarchiste qui aura réussi l'exploit de venir légalement en aide à des personnes en situation soi-disant illégale.

« C'est pour faire honneur à cet héritage que nous sommes devenu DTC - Emmaüs Roya. Pour aller au bout de nos ambitions sociales et politiques. Et puis sans doute pour crier au monde notre côté punk. »

L'abbé Pierre qui doit bien se retourner dans sa tombe lorsqu'il nous regarde dresser des murs, qu'ils soient physiques ou symboliques. L'abbé Pierre qui doit pleurer toutes les larmes de son corps en voyant le sale gosse qui nous gouverne cracher sur son héritage. Car oui, Mr le sale gosse de la République, lorsque vous expulsez des compagnons de la communauté Emmaüs, vous crachez sur l'abbé Pierre et sur tout l'héritage militant qu'il nous a laissé.

C'est cet héritage, que vous n'êtes même pas capable de respecter, que nous voulons affirmer aujourd'hui. C'est pour faire honneur à cet héritage que nous sommes devenu DTC - Emmaüs Roya. Pour aller au bout de nos ambitions sociales et politiques. Et puis sans doute pour crier au monde notre côté punk. Un côté punk qu'il va falloir de nouveau bien aiguiser, si on ne veut pas voir les communautés Emmaüs se vider de nos sans-papiers. Un côté punk qu'on est bien décidés à défendre coûte que coûte...

Punk un jour, punk toujours... Tiens, et tu me mettras une petite pincée de pantaï avec ça, ce sera notre signature Royesque.

Mi punk, mi pantaï... Amen

                              par Kawalight

Cet article est extrait du deuxième numéro (mois de décembre) de Mouais, le journal dubitatif niçois (mouais.org) :

Les lieux où on peut acheter le Mouais :

En consultation à la médiathèque Louis Nucéra

Au Diane's, 6 rue St Vincent, 06000 Nice

Centre LGBT, 123 Rue de Roquebillière, 06300 Nice

Disquaire Hit Import, 11 rue de Lépante, 06000 Nice

Dr Smoke CBD Nice, 10 Rue Cassini, 06300 Nice

La Zonmé, 7 bis des combattants en Afrique du Nord, 06000 Nice

Le kiosque du Palais de Justice, place du palais de justice

Le kiosque Valrose, arrêt Valrose Université

Le Saint F, 5 Place Saint-François, 06300 Nice

Librairie - Café Les Parleuses, 18 rue Defly, 5 Pl. du Général Georges Marshall, 06000 Nice

Librairie La Briqueterie, 4 - 6 Rue Jules Gilly, 06300 Nice

Librairie Les Indociles, 11 Rue François Guisol, 06300 Nice

Librairie Les Journées Suspendues, 23 avenue Borriglione, 06100 Nice

Librairie Masséna : 55 Rue Gioffredo, 06000 Nice

Librairie Mots du monde, 5 rue Vernier, 06000 Nice

Local Les Diables Bleus, 29 Route de Turin, 06300 Nice

Magasin Poke, 29, rue de la Préfecture, 06300 Nice

Day by Day, épicerie équitable, 3 Rue Vernier, 06000 Nice

Nice Coop, épicerie équitable, 42 Rue Vernier, 06000 Nice

Nice Organic (NO), 24 Rue Pairolière, 06300 Nice

 

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