Réenchantier le monde

Que devient la neige quand elle fond ? Question posée à dix gosses. Neuf ont répondu de l’eau. Le dixième a dit: le printemps. De la poésie loin de cette phrase d'un individu qui avait leur âge il y a peu de temps :«Tuer autant d’anti-blancs que possible,en priorité des juifs». Le fasciste ayant attaqué une synagogue et un restaurant turc. Un tueur de notre époque de haine. Et de grande confusion.

         

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                 Que devient la neige quand elle fond ? Cette question a été posée à dix gosses. Neuf ont répondu de l’eau. Sans aucun doute ma réponse. Et sûrement même de la majorité d’entre nous. Le dixième à répondu: ça devient le printemps. De la poésie loin de cette phrase d’un individu qui avait leur âge il y a pas si longtemps: « Tuer autant d’anti-blancs que possible, en priorité des juifs. ». La volonté affichée du fasciste ayant attaqué une synagogue et un restaurant turc. Semblable à ses collègues en haines islamistes massacrant dans les rues. Ou à d’autres plus haut dans la hiérarchie des marchands de haines, princes du sable et pompes à essence ou géopoliticiens massacrant des populations entières pour quelques dollars de plus. Parfois les abandonnant, tels les kurdes, entre les griffes d’un tyran sanguinaire. Tous, à quelque niveau de la hiérarchie de la violence soient-ils, ne transformeront jamais la neige en printemps. Plutôt le monde en boue. Leur abandonner le printemps et les autres saisons ? Se détourner de la poésie à cause de leurs actes ? Abdiquer ? Laisser les clefs du monde aux immondes ? A ce propos, «L’Usage du monde» est un superbe livre de Nicolas Bouvier. Ce grand voyageur aurait dû mal aujourd’hui à se rendre dans certains lieux de la planète. Son livre s’intitulerait-il de nos jours «Le monde m'a usé» ?

         Un auteur qui avait été bibliothécaire. Avant de quitter ses rayons de livres pour voyager autrement. Gosse, j’étais persuadé que les bibliothécaires étaient les plus intelligentes du monde. Plus que le président de la République, les ministres, les savants, Jacques Chancel à Radioscopie… Ma certitude de jeune usager de la bibliothèque regardant les bibliothécaires de ma BM de Montreuil ( 93) avec un mélange d'admiration et inquiétude. Sans doute des monstres ou des robots camouflés. Sinon comment auraient-elles pu avaler tout ça ? J'étais persuadé que chacune d'entre elles avait lu tous les volumes de la bibliothèque. Qu'aucun titre ne passait en rayon sans avoir été dévoré par toutes les bibliothécaires. J'ai mis du temps à comprendre que c'était impossible. En plus inutile. Pas la quantité de livres ingurgités qui rend intelligent. La preuve nous en est donnée en permanence. Suffit d'ouvrir ses oreilles et ses yeux. Que ce soit dans la rue ou devant un écran. Sur une page papier ou numérique. Nombre de conneries sont proférées par de grands lecteurs et autres bardés de diplômes de grandes écoles à tout savoir. Une lapalissade de comptoir du Café des Sports ? Sans doute. Mais ça n’empêche pas d’être une réalité. La connerie de certains lettrés, possesseurs d’un grand savoir, s'étale au quotidien. Un étalage sur les écrans ou ailleurs. Avec souvent en prime du donnage de leçons et un grand mépris.

         Les mêmes qui savent mieux et pour les autres ricanant des illuminati et adeptes de la terre plate. Pourtant eux-aussi sont prompts à proférer le même genre de conneries. Racisme, antisémitisme, homophobie, sexisme... Ces gens lettrés, si cultivés, parfois des scientifiques censés être rationalistes, devraient savoir que leurs propos sont aussi incohérents que ceux dont ils ricanent.Une fuite à l’intérieur de grands cerveaux fort inquiétante. Pourquoi, si intelligents et arborant leur culture en bandoulière, deviennent-ils, dans tel ou tel domaine, aussi stupides que les nouveaux obscurantistes ? La question peut en effet se poser face à une si grande déperdition de neurones et de culture. Pour se faire mousser et être au centre avec de la provocation ? Par intérêt politique ? Pour vendre des livres ou augmenter son audimat grâce à quelques bastons numériques ricochant sur les réseaux sociaux ? Tant d'années d'études, scolaire ou en autodidacte, pour en arriver à ce niveau là. Des QI très élevés ayant choisi de nager dans les égouts du ressentiment et de la non-pensée. Quel gâchis d'intelligence.

       Nul d’entre nous n'échappe à la connerie. La sienne et celle de son époque. Être imparfait, tendance plus ou moins perfectible, fait partie de nos charmes individuels. Les gens parfaits, le doigt sur la couture de ce qu’il faut dire et faire, toujours du bon côté, jamais grossier ni vulgaire, sont très ennuyeux. Pour ne pas dire chiants. Souvent très intéressants qu’en façade. Mais sans réel danger car élevés pour ne pas faire de vagues et rester discrètement dans l’entre soi. À la différence de la connerie de certains, ricochant de micros en caméras, qui est nettement plus dangereuse que celle du comptoir du coin de la rue. Même si elle véhicule les mêmes saloperies enrobés de manière différente. Un pochetron confit dans la violence de l’autre- son différent - qui se lâche n'aura jamais des dizaines de milliers de followers pour le raccompagner chez lui après une grosse cuite. Contrairement à d'aucuns, docteurs es haines en tous genres adoubés entre autre par des animateurs vedettes du petit écran. Ces derniers venant après pleurer et nous demander de bien voter.Faire front républicain. Juste après qu’ils aient largement aidé à déverser de la boue notamment brune partout dans les rues de la République. Tartuffes souvent pas couchés, sauf visiblement devant leurs egos et profits. Sa face audimat et le buzz avant son visage dans le miroir. Comment réagirions-nous à leur place ? Peut-être plus accrochés qu'eux à notre pouvoir et influence ? On peut affirmer «contradictions et compromissions je ne boirai jamais de votre champagne.». Une affirmation de probités à toutes épreuves plus facile quand on est hors des plateaux à paillettes. Quoi qu'il en soit, les petits arrangements avec l’éthique de personnages publics ont des effets beaucoup plus nocifs, parfois dévastateurs, dans l'inconscient collectif. Plus que nos lâchetés de pékin moyen. Animateurs populaires ou pollueurs publics ?

       Les tueurs du coin de la rue ou terrasse  et ceux du haut ( élus ou princes ) du panier de sang versé ne sont pas excusables. Complices du tapis de boue et de merde étalé sur la planète. Mais, aussi inexcusables soient-ils et bien sûr condamnables; les uns et les autres ne sont pas nés tueurs. Que s’est-il passé ? Une mauvaise éducation parentale ? Déficit de l’école républicaine et laïque ? Les médias ? Les religions? Un problème de taille entre les cuisses de certains hommes ? Manque d'amour ? Humiliation dans la cour de récré ? Peut-être un mélange de plusieurs éléments. Difficile en tout cas de répondre à tout ça dans un petit billet d’humeur. Leurs cerveaux ont été en tout cas nourris depuis leur plus tendre enfance. Certains alimentés par de grandes écoles où la fin justifie les moyens; surtout s’il y a un plus financier au bout. Peu importe le gâchis de l’humain, de la faune, de la flore, si le but de remplir le tiroir-caisse est atteint. Nos cyniques habituels, excellents comédiens les yeux dans nos yeux, qui manient très bien les éléments de langage et la com. Et il y a les autres, qualifiés par d'aucuns de beaufs ou bas du front, qui sont nourris par la télé-réalité, les prédicateurs de haine cathodique aux couilles plus blanches que blanches, ou les islamistes dealeurs de religion frelatée et tueuse. Tous entendant des voix avant de passer à l’acte. Les sorties mortelles de ceux qui, blancs ou basanés, iront tuer du juif, du musulman, du métèque en général, du blanc issu des salauds de colonisateur, du PD, des femmes libres…. Accomplir leur mission en atteignant la cible désignée directement par les prédicateurs ou indirectement par les cyniques sachant diviser pour mieux régner.  Une division dans le but d être élus au second tour. Plus facile d'arriver à ses fins électorales avec le temps d’antenne de cerveau reptilien accaparé 24 heures sur 24 par les réseaux sociaux. Une confusion dans les têtes servant toujours les mêmes.  Mais pas notre époque. Ni notre quotidien.

         Que faire contre cette spirale confusionniste? S'efforcer de ne pas en rajouter est déjà une victoire. Pourquoi pas, cerise sur l’utopie, d’essayer d’éclaircir à sa mesure cette toile de plus en plus obscure dans nos écrans et tête. Mais comment apporter sa part au retour de la lumière sous la couche d’ozone et nos crânes ? Avec ce que chacun sait faire à sa place, comme l’éducation, la culture, le sport, les médias, les réseaux sociaux, les échanges sur le comptoir, le rire, le silence…. En ayant surtout pas peur du ridicule et être considéré  comme un Bisounours, idiot utile, pétri de bons sentiments, bobo nanti hors réalité de ce que vivent les plus démunis, etc.  Pouvoir être prêt à écoper à la cuillère un océan de conneries planétaire. En plus des mers noyées de plastique. Pourquoi un tel chantier individuel et collectif ? Pour soi et donner à minima l’exemple. Au moins essayer de retirer le trousseau de clefs des mains avides des immondes. Pour le redonner au monde. Laisser un bel héritage de gestes et de réflexions aux générations futures. Même si ce n'est pas grand chose, en apparence. Toujours ça de boue pas transmise. Quelques minutes ou plus pour un chantier d'avenir. Le chantier du réenchantement du monde.

           Celui de la neige fondue en  printemps.

 

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