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Billet de blog 3 mai 2020

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Dernier voyage de Vava Inouva

Idir est parti retrouver son Vava. Terminus sur les plaines éternelle des indiens de Kabylie. Des indiens d'ici et d'ailleurs. Comme lui. Cœur et cerveau multiprises. Ses racines continuent de vibrer sur les cordes d’une guitare. Un bœuf de l'au-delà avec un autre indien ?

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Idir - a vava inouva (clip 1992) © Hafid kantela

        Le bar du TGV. Nous sommes côté à côte. Je le reconnais. L’un et l’autre debout face à la vitre. Lui un café fumant à la main. Et moi une bière. Ses musiciens bavardent derrière lui. Il se tourne vers moi. Un sourire éclaire son visage. Il a un imperceptible mouvement d'épaules.Timidité et colère mêlées dans son regard. Le regard de ceux qui connaissent le prix d’un pas sur le fil de l'exil. Je lui réponds d’un sourire. Puis chacun reprend son voyage. Une visite du paysage derrière la vitre. Campagne de France à grande vitesse. Et le paysage sous sa peau.

       Environ une heure côte à côte. Sans le moindre mot. Parfois l’un ou l’autre détourne son regard de la vitre. Un bref sourire puis retour à la fenêtre. Derrière continue le doux brouhaha d’un bar mobile. Une femme le regarde. Elle secoue le bras de son compagnon et point un geste discret. « Regarde, C’est Idir. Tu sais le chanteur de Vava Inouva.». Lui a entendu. Il ne se retourne pas. Juste un petit mouvement de tête. Pense-t-il à ce moment-là à sa famille et ses copains loin derrière la vitre. Peut-être sous la terre. Une terre rouge ayant accueilli ses premiers pas. La femme a hésité. L'aborder ou pas ? Elle a fait demi-tour. Un autographe signé dans le regard.

     Se parler ? Ni lui ni moi n’avons eu envie de briser ce silence. Nul besoin de mots. Encore moins de selfie. Pas de capture d’écran pour immortaliser la rencontre. Celle d’une personnalité connue et d’un voyageur sans étiquette. Si ce n’était celle sur ses bagages. Un moment gravé sur la vitre d’un TGV. Juste un silence à près de 300 km heure. Il m’a salué d’un hochement de tête. J’ai répondu de la même manière. Sans un mot échangé.  Puis chacun a repris son sillon. Celui de passagers du temps.

     L'homme est parti retrouver son Vava et sa Yemma. Terminus dans les plaines éternelles des Indiens de Kabylie et de toute la planète. Un homme d’ici et d'ailleurs. Toujours plus loin que soi. Cœur et cerveau multiprises. Sans doute trop discret pour être parfait. Juste un homme questionnant le monde. Ses racines continuent de vibrer sur les cordes d’une guitare. Il a rendu son dernier souffle. Pasn'importe quel printemps. Une saison où le souffle est devenu une denrée rare. Mais sa musique n’a pas dit son dernier son. Sa parole enracinée dans nombre d'oreilles. Suffit d'appuyer sur la touche On.

      Idir en bœuf de l'au-delà avec un indien nommé Johnny Clegg ?

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