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Billet de blog 3 sept. 2015

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Le dormeur du sable

Dort-il profondément ? Réveiller ce dormeur de plage. Il dort sans se rendre compte du bruit de la planète autour de lui. Sommeil profond, très lourd,d’un enfant sur le bord d’une plage. Son silence remplaçant des cris de joie d’autres gosses,au même endroit.Ce dormeur n’a pas deux trous rouges au côté droit. Mais il ne se relèvera plus.Mort sans avoir vu son château de sable.

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                Dort-il profondément ?

    Le secouer pour le réveiller. Réveiller ce dormeur de plage. Il dort sans se rendre compte du bruit de la planète autour de lui. Sommeil profond, très lourd, d’un enfant sur le bord d’une plage. Son silence remplaçant des cris de joie d’autres gosses, au même endroit. Ce dormeur n’a pas deux trous rouges au côté droit. Mais il ne se relèvera plus. Mort sans avoir vu son château de sable.

    Une page de silence ou un hurlement ? Les mots: des digues éphémères balayées par le vent de l'oubli ? La question se pose après cette photo reçue comme un coup-de -poing numérique. Elle s’incruste  sous  le crâne. Impossible de s’en débarrasser. La montrer ou pas ? Chacun aura sa bonne raison, ses arguments efficaces ou très mauvais.  Le seul qui ne pourra donner son opinion est échoué au bord d’une plage. Un enfant à la tête enfouie dans le sable.

     On se frotte les yeux. Impossible ! L’esprit, comme se détachant du regard, refuse d’accepter  ce que les yeux  lui transmettent. Pourtant, jour après jour, la presse nous alimente de son lot d’horreurs. Mais, là, d’un seul coup, c’est trop.  La nausée.  La tête comme prête à dégueuler.  Se purger de cette image. Effacer LA vision cauchemardesque de sa mémoire. Fuir l’innommable se nommant Aylan Kurdi.

   Un nom et un prénom qui font le tour du monde.  Aylan Kurdi sur tous les réseaux, dans des millions de regards et de cœurs. Pourquoi ne se lève-t-il pas à l’appel international de son nom ? Courir vers les caméras  pour leur dire que le jeu est fini. C’était pour de rire. Je vous ai bien eus. Le seul peut-être à croire que le jeu s’arrêtera un jour. Un jeu qu’il a perdu à trois ans. Exclu définitivement de la planète. Et les coupables jamais condamnés.

    Cet enfant fait écho à une autre photo de petite fille. Plus âgée et dont on voit le visage. Avec elle, même si l’horreur est présente sur la photo, on peut s’accrocher à un regard. Contrairement à lui dont on ne peut rien lire dans les yeux. Juste supposer. Déjà, à l’époque où cette gamine fuyait le Napalm, des questions se sont posées sur l’intérêt ou pas de diffuser la photo. Quoi qu’on en pense, indéniable que  ce cliché ayant circulé aussi partout dans le monde, a pesé dans l’arrêt de la guerre du Viêtnam. Une réalité incontournable.

    Dans les gares et dans d’autres lieux publics, on voit des photos de gamins disparus. Parfois même vieillis pour leur donner le visage qu’ils pourraient avoir aujourd’hui. Avec toujours l’espoir de retrouvailles. Seuls ses proches, les sauveteurs, et les autorités policières et juridiques, peuvent voir  le visage d’Aylan Kurdi. Pas besoin d'avis de recherche pour lui. La planète entière sait où il se trouve. Figé à jamais, la tête dans le sable. Montrer son corps pour retrouver l’humanité disparue ?

    Un choix pour lequel j’ai aussitôt voulu opter. Montrer l'horreur m'a toujours paru nécessaire pour le présent et l'avenir. Comme beaucoup d'autres citoyens, je critique la presse française qui prend trop de gants avec les images dérangeantes. Mais, cette fois, je ne n'y arrive pas. Incapable de relayer cette photo.  Ai-je raison d’occulter la violence? Ne pas voir la réalité en face ? Possible que mon choix ne soit pas le bon.

     Aylan Kurdi, contrairement à d’autres sur Paris Match ou ailleurs, ne pourra pas protester. Lancer  des procès contre la presse.  Le droit au respect de sa vie privée ?  Juste eu le droit d’être privé de vie à trois ans.

      Que faire pour lui rendre un dernier hommage ? Essayer d’être à la hauteur, face à son corps offert en pâture à  la mer et à nos regards. Ne pas l’oublier et respecter son droit à l’image. Une image qu’il ne verra jamais. Et qui appartient désormais à nos consciences. « Plus jamais ça ! »sur le sable sera effacé avant la fin de l’été ?

    NB) Après un commentaire d'Arysque désolée de m'avoir "chipé" mon titre, j'ai  tapé "Le dormeur du sable" sur le Net.  Et je suis tombé sur un poème intitulé " Le dormeur du sable" publié en 2010. Il faut rendre au poète ce qui est au poète...

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