C'est l’heure de l’urgence. Elle tourne très vite. Une vitesse vertigineuse. Tout un pays est confiné dans le même compte à rebours. Personne ne peut y échapper. Chaque seconde nous rapproche de l'échéance. Dimanche prochain, un autre pays en France ? La question se pose partout. Sur les lèvres et dans les regards. Lisible sur papier ou écran. Elle occupe beaucoup d’espace. Refoulant tous les autres sujets en périphérie. Pour occuper le centre. Même des silences. A chaque être, son anxiété. Plusieurs dizaines de millions de toutes sortes d’inquiétudes. Avec son lot de colère et de résignation. Nombre de grands soupirs de tristesse. Comment en sommes-nous arrivés là ? Un peuple aussi divisé sous le même ciel de France.
Les réponses ne manquent pas. Rares celles et ceux n’ayant pas une idée sur le sujet. Et c’est normal. Un sujet préoccupant car tout peu changer. Notre douce ( pas pour tous et toutes) France peut se faire aspirer par un trou noir. Perdre toutes ses lumières. D’un seul coup ou peu à peu. Perdre ses lumière du coeur et du cerveau. Bien sûr, comme à toutes les époques sombres de son histoire, la France en est sortie. Mais au bout de combien de temps ? Et à quel prix ? Celui de vies humaines. Quand, sous ce même ciel de France, des hommes, des femmes, des enfants, furent contraints de porter une étoile jaune sur la poitrine. Une cible mobile. Un tri du « bon et mauvais sang ». Avant de finir pour beaucoup dans les camps de la mort. Le pays a déjà essayé le trou noir. Bientôt un prochain « plus jamais ça » ?
Pourquoi avoir mis cet extrait de « Seul contre tous » ? Parce qu’il me semble être raccord avec la situation actuelle. Sauf qu’à l’époque, il n’y avait pas un homme d'état balançant une grenade dégoupillée entre les pieds de la démocratie. Ni de chaines télé extrêmement puissantes nivelant par le bas pour vider les cerveaux et les charger en haine de l’autre. Sans oublier l’abominable du 7 octobre en Israël et l’horreur du massacre qui continue à Gaza. Une guerre qui a divisé la France. Antisémitisme et racisme en filigrane sur tous les bulletins de vote. Peut-être même le blanc. Une fracture alimentant évidemment le pire de notre espèce humaine. Comme s’il fallait être mono empathique ; trier les victimes avec le « bon ou mauvais sang » ? Ne remettons pas une pièce dans la machine à confusions. Les marionnettistes de la division s'en chargent. Revenons donc au personnage du film. Sa colère très bien campé par un très grand acteur mort du Covid
Comment réagirait ce type de personnage dans le réel de 2024 en France ? Sans doute irait-il voter dimanche. Beaucoup lui ressembleront dans les isoloirs. Nombre d’entre eux sont des « braves mecs et nanas » dans le fond. Pas pire ou meilleur que vous et moi. Mais sans doute plus usés, fatigués d’en avoir marre. Avec le même genre de colères - certaines justifiées - et frustrations. Des laissés pour compte qui veulent faire payer l’addition. Et profiter aux-aussi de la table républicaine. Et peut-être dans les semaines à venir, rassuré par l’air brun favorable, le personnage se promènera dans les rues des villes et villages. Pour se vider d’ années de frustration et de « y en a marre ». Après sa parole libérée, l’ouverture de toute sa haine accumulée depuis fort longtemps. Il marchera la tête haute, en France ( Ici, c'est chez moi ! Tu as bien compris: chez moi !). Son flingue dans la poche, ses rancœurs sous la poitrine. Marchant avec un fierté dans un pays où il se sent complètement invisible. Ignoré. Surtout des médias privilégiant le sociétal au social ? En tout cas, lui, hétéro blanc ou blanche des milieux populaires, n'y a pas trouvé sa place. Quelles seront les cibles de sa colère ?
D’abord les bougnoules les plus visibles. Où les trouvera-t-il ? La plupart d'entre vivent dans les zones populaires. Comme lui. En survie sociale. Comme lui. Les autres « métèques » sont hors de sa portée : invisibles derrière leurs murs et derrière leurs gardes du corps dans les quartiers huppés. En plus, ils alimentent les équipes de foot et achètent des armes au pays. Après s’être fait quelques bougnoules visibles, il ira en chercher d’autres pour assouvir sa colère. Des moins visibles. Ce fameux « point de détail » entendu un jour à la télé ; il a germé sous son crâne pour devenir réalité. Pas qu’eux qui ont souffert, Hitler n’a pas fini son boulot, se dit-il souvent. En route pour l’achever. Après les Juifs, quelles cibles surs lesquelles passer sa rage ? Les homos, les LGBT, les artistes qualifiés d' islamo-gauchiasses, les femmes qui ne le regardent pas, le type qui lui a pris sa place de parking, le dentiste refusant un paiement en plusieurs versements, sa compagne, ses enfants s'il en a, son chien… La liste est longue. Avant de retourner son flingue contre sa solitude ?
Pour la santé de tous, ce serait préférable que cet « homme seul contre tous » reste à l’état de personnage ( poussé à son extrême pour les besoins du scénario) de film. Sans occulter que l’homme de fiction en colère n’est pas qu’une fiction. Il existe dans la réalité de notre pays. S’exprimant de plus en plus. Par des mots murmurés, puis plus fort, jusqu’à être hurlé. Ici ou là repoussent des croix gammés sur les murs de France. Avec bien sûr les insultes et violence physiques. Toutefois ne jamais oublier non plus qu’il n’y a pas douze millions de fachos ( raccourci) racistes. Trop simpliste de refuser de voir la complexité de ce vote. En France, pas douze millions de « Seul contre tous ». La majorité d’entre eux est juste paumée et en colère. Usés et donc facilement manipulables ( comme n'importe qui d'entre nous dans la désespérance) par la dernière grande gueule qui a parlé. Peut-être la première à s'adresser à eux, depuis bien longtemps. Et à tenir compte de leur souffrance réelle. Pour revenir à ce film ; la fiction ne tue pas. Comme la caricature. Mais elles donnent la température d’une époque. Le pays a une très grosse fièvre. Une grenade dégoupillée dans les urnes peut-elle tuer la France ?
L'histoire nous le dira...
Remettre les pendules à l’heure républicaine ? C’est encore tout à fait possible. Retisser le temps de la Liberté Égalité Fraternité Sororité. Plus tout ce qui fait que notre pays peut rester à l’heure des lumières et de l’universel. Continuer d’égrener sa belle image dans le monde. Certes pas un pays parfait, surtout pour celles et ceux qui n'ont rien, peu, ou pas grand-chose. Autrement dit, une grande majorité, consciente qu’une minorité - en plus arrogante et méprisante - rafle toute la mise républicaine. Néanmoins un pays perfectible. Et qui vaut bien un coup de main. Surtout en ce moment où il est au sol. Un pays atteint de vertiges. Tout faire pour l'aider à se relever. Comment faire ? Déjà en changeant d’heure. Un changement possible dimanche. Passer à l’heure de l’espoir. Minuit moins le pire.
Quels que soient les résultats des élections de dimanche soir, ce blog continuera. Un regard et une voix à son petit niveau. Sans prétendre avoir des réponses. Ni changer quoi que ce soit à la réalité du monde. Un blog pour tenter d'interroger notre époque, au fil des jours. Tant que la liberté d'expression de ce pays vivra. Ce qui n'est pas à espérer, mais à vouloir (chacun et chacune peut apporter sa part... ) . Une écriture de ce blog et ailleurs qui se fait avec de la prise de produits. Dont deux particulièrement. Quels sont ces produits ? Mes deux D.
Doute et dérision.
NB Seul contre tous est un film à voir ou revoir. Une écriture au cordeau. Avec un personnage très bien incarné. « La Haine » vu avec un autre regard. Du côté « blanc franchouillard ». Seul contre tous est une des bonnes fictions pour interroger le vote d’Extrême-droite. D'hier et d'aujourd'hui. Tous les électeurs de l’extrême droite ne sont fort heureusement pas comme ce personnage. Mais la majorité d'entre eux sont en colère. Et le sentiment d'être seul. Des solitudes blessées de la République ?
Un second extrait :