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Billet de blog 4 novembre 2024

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Le monde va bien

Avant le son du radio-réveil. Et de la première ouverture de son écran. Café de 06h32 face à une fenêtre. L’aube se dessine timide au-dessus des arbres. Quelques silhouettes ailées passent de branche en branche.Pour l’instant, le silence. Et une des huit milliards de solitudes. Face à la fin de la nuit annoncée. Sans radio ni écran. Ma part de planète pas encore branchée au réseau.

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Illustration 1
© Marianne A

      Pour les résistantes d'ici et d'ailleurs ...

          Avant le son du radio-réveil. Et de la première ouverture du jour de son écran. Café de 0632 face à une fenêtre. Pas numérique. Juste une vitre sur l’instant. Dehors, encore l'obscurité. L’aube se dessine timide au-dessus des arbres. Quelques silhouettes ailées passent de branche en branche. Bientôt, l’ouverture du chantier de la journée. Le plus souvent différent selon les lieux de réveil et de sa naissance. Ici, une grande joie à l’idée d’un jour à vivre dans un rôle choisi. Et un lieu agréable pour y dérouler sa journée. Avec en plus la cerise sur le gâteau : se sentir utile à soi et – pour certains et certaines – aux autres. Et là, parfois à quelques rues de distance : des chantiers imposés dans des quartiers laissés dans les friches de la République - sauf en saisons électorales et pour pousser ) pousser des caddies et nourrir la machine à toujours plus. Mais pour l’instant, le silence. Et une des huit milliards de solitudes. Face à la fin de la nuit annoncée. Sans radio ni écran. Ma part de planète pas encore branchée au réseau.

         Pas encore de voix d'un ou une  journaliste au creux de l’oreille. Bonjour à nos auditeurs et auditrices, bienvenue sur… ou sur … Avec les habituelles vannes après le passage de tel ou tel bouffon pu bouffonnes ( souvent très drôles et plein d'irrévérence) des ondes publiques. La plupart des journalistes avec le même ton interchangeable. En ce moment sur mes ondes quotidiennes, les voix récurrentes d’une bande de vieux ados ayant traîné dans les mêmes écoles et quartiers. Avec un humour et des tics verbaux clonés. Pour autant, je continue de les écouter. Merci à eux de m’apporter des nouvelles du monde jusque dans ma chambre et cuisine. Réveillés le plus souvent bien avant les premières lueurs du jour. Toutefois, je ne prends pas leurs propos pour parole d’autorité. Informer, c’est désinformer, disait, je ne sais plus qui. Pas parce que c’est dit sur ma radio préférée que c’est vrai. Ni faux. Juste resté connecté à son esprit critique.

          Qu’est-elle devenue ? Ma première question ce matin. J’ai pensé à cette femme en culotte et soutien-gorge sur le campus de sa fac en Iran. Son désespoir balancé à la gueule du monde entier. Une femme folle ? Manipulée par des puissances étrangères ? Bien sûr, la machine à commenter s’est mise en marche à grande vitesse. Ce billet nourrit cette machinerie à tout commenter, même parfois sans rien apporter au débat.  Pour ma part, j’ai vu une femme qui a voulu mettre à nu la folie de certains hommes. Et foutre à poil un système politique qui massacre des femmes. Et la majorité d'un peuple. Mise à poil aussi de toutes les religions. Des croyances millénaires qui pèsent lourd. Surtout sur les épaules des femmes. Même si sa mise à nu (pas la même notion de nudité selon les pays) est dirigée contre une religion précise. Et sa minorité d’intégristes.

         Athégriste. Je l’ai longtemps été. Bouffant du curé, de l’imam, du rabbin, et autres huiles de toutes les religions. Quand a débuté mon athéisme ? À la sortie de l’école primaire. Pourquoi dois-je faire le ramadan, Maman ? Elle a eu un petit haussement d’épaules. Pour être plus près des pauvres, une fois par an. Sa réponse ne m’a pas satisfait. Mais plutôt nourri ma boîte à questions. De retour des cours, j’ai regardé mes parents. Nous sommes pauvres douze mois par an. C’est aux riches de faire le ramadan pour se mettre un mois par an dans la peau des pauvres. Ma mère était mécontente. Elle a essayé de me convaincre. En vain. Mon père s’est contenté de se marrer, sa Gauloise au bec. Un homme qui croyait plus à la religion de la nicotine et du rouge. Mais aucun des deux ne fit la pression. Me laissant ma liberté de choix. Celui d’être athée.

         Et de me méfier de tous les intégrismes. Même celui des idéologies. Certains ismes sont comme des religions. Surtout quand il passe de l’idéal à l’idéologie. Avec parfois le même genre de guerre que les autres religions. Entre temps, j’ai mis de l’eau dans mon athégrisme. Pour croire en Dieu ? Certainement pas. Devenir agnostique ? Non plus. Juste plus tolérant avec les êtres qui croient en une vie après la vie. Persuadé d’avoir, après la mort, d’être locataire pour une éternité d’ une chambre avec vue sur le paradis ou l’enfer. À chaque solitude, ses outils contre la peur de crever. Rien de nouveau sous le ciel des chairs mortelles : la trouille unique et universelle  de la mort depuis la nuit des temps. Rares celles et ceux jamais habités par l'appréhension de son dernier voyage. « On contient sa mort comme le fruit son noyau. ». Cette phrase de Rainer Maria Rilke est d’une éternelle actualité.Et pourquoi pas Dieu comme rustine. Pour pouvoir continuer d'avancer sur son chemin. Tant qu’on n'impose pas la même rustine à tout le monde. Comme le veulent les intégristes du monde entier.

         Qu’ils soient de Dieu ou du nationalisme. Deux intégrismes qui ont un point en commun. Lequel ? Le fascisme. D’habitude, je n’emploie pas ce mot mis à toutes les sauces. Alors qu’il a une signification historique, précise. Mais parfois, les raccourcis et étiquettes – que je critique souvent – ont du bon pour tenter d’être clair et rapide. Les fous de Dieu et de la pureté nationale sont les nouveaux fascistes de notre siècle. Et peu importe leur faciès. Tous ont le même genre de gueule que celle de la bête immonde. Avec la haine aux tripes et la volonté de détruire tout ce qui ne pense pas comme eux. Rien de nouveau : juste une remontée des égouts du passé. Avec d’autres outils de destruction de ses contemporains comme les drones, la toile, et toutes les morts à distance. Avec depuis des décennies, un point commun à l'abominable : toujours le sang des civils qui coule en priorité. La chair militaire est de plus en plus hors d'atteinte. Dans chaque camp, des manipulateurs et des manipulés. Sous toutes les latitudes.

        Avec comme premiers responsables des horreurs et de l’abominable : les bêtes immondes dirigeantes sur toute la surface du globe. Souvent ultra protégées. Des bêtes immondes qui vivent vieilles et envoient la jeunesse de leur pays au casse-pipe. En réalité, pas des bêtes. Nos semblables. Chacun ou chacune d’entre nous pourrait basculer. L’usure, la colère, et d’autres émotions légitimes peuvent enrayer notre esprit critique et nous amputer de notre capacité d’empathie. N’importe qui peut être un semblable immonde. Vigilance. Remettre toujours une pièce dans la machine à douter et penser contre ses certitudes. Balayer de temps en temps devant son miroir. Certes pas facile de nager à contre certitudes. Mais c’est très bon pour la santé de sa tête. Et bénéfique aussi pour son entourage. Voire même pour le monde. Pourquoi se priver de ce bénéfice.

         Au risque de passer pour un vieux con du vieux monde, je ne vais pas occulter que certaines militantes et des militants sont agaçants. Voire même désespérant de connerie pour quelques-uns et unes. Notamment celles et ceux considérant d'emblée que tout homme est un tueur et violeur potentiel. Autrement dit que  tout porteur de couilles devrait passer par un centre de rééducation. Une forme de délit de faciès ? Tout n'est pas aussi simple qu'un anathème ou un slogan. On sait où peuvent mener les raccourcis: sur des impasses. Être du bon côté n'empêche pas le pire de soi.

            Nombre de luttes ont été sabordées par les pratiques de quelques-uns et unes.  Chassez le  patriarcat, il revient à travers des causes plus que légitimes : Urgentes. Avec des tics et des réflexes hérités de ceux qu’on veut combattre - à juste titre. La reproduction de l’intolérance, de la quête effrénée du pouvoir, de l’écrasement de toute pensée différente… Certaines militantes et militants n’ont rien à envier à la connerie des hommes du vieux monde.  Fort heureusement, c'est une minorité. Et tant mieux pour la cause.

           La violence verbale et connerie de cette minorité est -elle un passage obligé pour qu’il y ait un vrai changement ? Un mauvais moment à passer pour nous tous les «  faciès de patriarcat »? Des questions qui peuvent se poser. Mais, quoi qu'il en soit, ce n'est rien au regard de ce que les femmes ont subi depuis des millénaires. Même si chaque homme ne peut être comptable de tout un système. Et devenir le bouc émissaire d'un combat légitime. Dans tous les cas, l'objectif  à atteindre est  que l’égalité entre les hommes et les femmes ne soit plus un idéal. Mais une réalité quotidienne.

         Comment y parvenir ? Sans doute plusieurs réponses.  Dont d'abord de peut-être redonner à la femme - plus vieille damnée de la terre - ce dont elle a été spoliée. Une spoliation depuis des millénaires. Les hommes n’auraient pas grand-chose à perdre. Et les femmes tout à gagner. Pourquoi ne pas partager et profiter ensemble du temps qui reste à notre espèce. Pas redonner ? Quoi alors ? Ce n’est pas un don, mais le fruit de luttes et combats. Comme lors de la décolonisation. C’est vrai que partager n’est peut-être pas le terme le plus adéquat. Surtout au regard du combat des femmes, anciennes et nouvelles combattantes pour leur liberté. En tout cas, quel que soit le terme, la moitié de l’humanité a le droit à la même chose que l’autre moitié. Et sur toute la surface du globe. Pas de monde meilleur tant qu’une moitié de la population n’est pas libérée.

 « Car le féminisme ne se résume pas à une revendication de justice, parfois rageuse, ni à telle ou telle manifestation scandaleuse ; c'est aussi à la promesse, ou du moins l'espoir, d'un monde différent et qui pourrait être meilleur. » Benoîte Groult

        Le jour vient de se lever. Le verra-t-elle aussi nue ou vêtue, sous sa parcelle de ciel ? J’aurais sans aucun doute des nouvelles en me connectant à nouveau au réseau. Face à cette journée qui débute, je pense à elle qui a brandi son corps face à l'ignoble.  Immense courage.  Son corps est habité de toutes les femmes victimes de la folie de certains hommes à travers la planète. Que ce soit à cause d’une religion, d'un régime politique, ou d'un compagnon-bourreau. Notre planète est en danger. De plus en plus de monde le sait et le répète. Toutefois important de se rappeler aussi que la moitié de l’humanité est aussi en danger. Surtout dans certains territoires. Comme l’Iran, etc. Les territoires les plus dangereux pour les femmes. Néanmoins – bien sûr toute proportions gardées -le danger existe aussi ailleurs. Dans des pays qu’on ne soupçonnerait pas. Comme celui où sa statue de la liberté victime de viol ne pourrait avorter dans  tel ou tel état. Danger partout pour la moitié de l’humanité.  Plusieurs milliards de femmes sont plus ou moins sur le qui vive. Avec une forme d'irrépressible appréhension. Mais encore plus dangereux d'être moitié de l'humanité en certains endroits du globe. Comme pour cette résistante. Une femme qui a un visage et un corps. Mais aussi un nom.

         Ahou Daryaei encore vivante ou morte ?

        Ouverture du radio-réveil.

         Comment va aujourd'hui notre planète ?

        De mauvaises nouvelles de  Ahou Daryaei : étudiante-résistante sur un campus iranien.

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