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Billet de blog 5 mai 2024

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Planète de dégénérés

Des gosses élevés à la ceinture rouge. Depuis, ils ont vieilli. Dépassant pour beaucoup le cap des soixante piges. Certains et certaines affichent encore plus ou moins la couleur rouge. D’autres ont basculé vers le drapeau noir. Et celles et ceux qui se sont jetés dans les bras de la nuit brune. Quel est leur sujet de conversation en se croisant ?

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            «.Je veux vivre dans un monde
           Sans chichis
           Et où...
           Les cons font pas du bruit »

            Arno

                Des gosses élevés à la ceinture rouge. Depuis, ils ont vieilli. Dépassant pour beaucoup le cap des soixante piges. Tandis que d’autres sont déjà arrivés sur la rive des soixante-dix printemps et des poussières. Certains affichent encore plus ou moins la couleur rouge. D’autres ont basculé vers le drapeau noir. Bien sûr, les plus déçus des promesses, fanées à peine écrites ou au micro, se sont jetés dans les bras de la nuit brune. Et il y a les plongés ou replongés dans la religion, moderne ou obscurantiste. Tous et toutes ont désormais une couleur commune : le blanc des cheveux quand ils ont persisté sur le crâne. De temps à autre, ces vieux gosses se croisent dans les rues ou d’autres espaces publics. D’un bord à l’autre de leur solitude.

          Quel est leur sujet de conversation ? S’adressent-ils encore la parole ? Plusieurs d’entre eux, par trouille de bouger, impossibilité, n’ont pas quitter le carré de leurs premiers pas. Parfois habitant à quelques centaines de mètres de leur école primaire. Parmi ces femmes et hommes, restés à domicile, il y en qui l’ont choisi. Fidèles à un lieu devenu en quelque sorte le temple de leur enfance qu’il honore chaque jour et nuit de leur présence. Celles et ceux ayant choisi de rester semblent plus joyeux – qu’en apparence ? - que les autres - restés par contrainte. Non frustrés comme d’autres d’un ailleurs jamais atteint. Si ce n’est par le rêve jamais réalisé. Leur choix les rend moins fragiles. Une forme de victoire. Même s’il n’est jamais tout rose, un présent choisi. Ici, parce que je le veux bien. Et heureux d’y être.

         Pourquoi repenser souvent à ces gosses élevés à la ceinture rouge ? Parce ce qu’ils sont mes frangins et mes frangines. Même si j’ai quitté ma ville natale depuis deux décennies. Mais j’y reste attaché : mon pays d’origine, ce sont quelques rues. De nombreuses comme elles dans tous les quartiers populaires du pays. Des rues en souffrance. Même sous un ciel ensoleillé, on sent la glace dans les regards qui y vivent. Chaque corps avance écrasé sous le poids d’une inquiétude diffuse. Laquelle ? Elle ne circule jamais seule. La noblesse populaire, debout droit dans ses idéaux, rêveuse et drôle, a-t-elle perdu le nord de son grand cœur et de sa tête aussi bien faite et bien pleine que dans d’autres quartiers de la République ? Dans les périphéries du monde, les rayons des jours heureux ne traversent-ils plus les têtes et les poitrines usées par la course à la survie quotidienne ? Des questions qui peuvent se poser. Avec l’urgent de trouver des réponses.

       Surtout avec les prévisions d’une nuit annoncée dans les urnes. En France et en Europe. Récemment, j’ai vu un film : le défilé encadré par la police de néo-fascistes; des hommes et des femmes levant le bras comme à l’époque du nazisme. Pourquoi évoquer le cinéma alors que ce n'est pas de la fiction ? Mais ça semblait tellement irréel. Notamment dans un pays où on trouve des plaques avec des noms de femmes, d’enfants, d’hommes ; un hommage officiel aux victimes du fascisme au pays où il est né. Cette même patrie de Primo Levi, auteur de «  Si c'est un homme ». Tous les métèques, quelle que soit leur religion, leur origine sociale, leur couleur politique, ont plus que des inquiétudes à se faire. De nouvelles ratonnades européennes et mondiales en perspective. D’abord les métèques d'où qu'ils viennent, puis les homos, les LGBT, les femmes, les intellectuels, les poètes… La liste n’est pas exhaustive. Elle peut à tout moment intégrer un nouveau bouc émissaire. Les saluts fascistes fleurissant officiellement au pays du fascisme sont avec d'autres éléments une très bonne prise de température du fond de l’air du siècle. Avis de très forte fièvre planétaire.

        Indéniable que le bas du front, identitaire ou intégriste religieux, a repris du poil de la bête. Les obscurantistes de la race ou les fous de Dieu occupent de plus en plus d’espace. Et pas uniquement par leur vomi numérique sur la toile. Ici et là, ils n’hésitent pas à défiler. Sous le regard haut, très haut, d’une poignée d’hommes et de femmes, d’autres genres, noirs, blancs, jaunes, métisses ; ils observent à distance le monde horizontal se déchirer. Ne leur manque plus que des lunettes de théâtre pour assister au spectacle des pauvres se déchirant sur toute la planète pour quelques miettes balancés à la populace planétaire. Peu importe le sang, la haine, si les actionnaires du «  Made in Monde » sont satisfaits. Pas du tout un scoop que de dire que le fric est la religion la plus dangereuse et violente du globe. Sans pitié pour celle ou celui refusant de lui obéir. Et de consommer. Leur réussite est d'avoir transformer le monde en un vaste supermarché où nous achetons les mêmes uniformes mondialisés. Une consommation de préférence sans penser. Juste dépenser.

       La terre est une planète de dégénérés. Sûr que je peux l’écrire sans être attaqué. Nul crainte d’une cyberattaque mondiale. Une référence en écho à  un tweet qui a récemment défrayé la chronique. Quel que soit le propos, personne ne mérite des attaques racistes, antisémites, homophobes, etc. Le débat est-il désormais de la débâcle d’idées et de haine ? Quoi qu’il en soit, nul individu ni population ne mérite non plus l’amalgame et la stigmatisation. Pour ma part , la France n’est pas un pays de dégénérés ou de racistes. Même s’il y a des bas du front et du cœur, les identitaire et leurs clones les intégristes religieux, tous les porteurs et porteuse de «  ma vérité est unique et incritiquable ». Où les trouve-ton ? Parmi les blancs, les noirs, les jaunes, les métisses, les hommes, Les femmes, et d’autres genres. A quoi les reconnaît-on puisqu'ils ne portent pas tous et toutes le même masque ? Reconnaissable grâce au moins à deux points en commun. Lesquels ? D’abord la pensée en meute. Quel est le deuxième  point commun? De tirer sur tout ce qui ne leur ressemble pas et ne pense pas dans la même direction qu’eux. Qui est leur cible ? Tout être qui est hors cadre de leur miroir ?

       Revenons à ce pays. Le nôtre, le mien, le vôtre, celui de tout ceux et celles qui le traversent.  Une France avec ses défauts et ses qualités. Ce pays, comme tout individu, est bien entendu imparfait. Autrement dit, la France est une portion perfectible de planète dans un siècle déboussolé. Ce n’est pas le seul pays dans ce cas. Partout sur la planète, des milliards d’êtres paumés sur des territoires plus ou moins blessés par la main de notre espèce. Rares celles et ceux qui peuvent affirmer aujourd’hui être sûrs de la direction que prend le monde. Excepté les êtres et les groupes -cités plus haut - qui ne doutent pas et veulent imposer leur signalétique à tous les autres. La technologie nous a apporté le GPS pour pouvoir circuler. Sauf à l’intérieur de soi. Chaque individu peut se perdre dans les routes sous sa peau. Certains êtres auront du mal à retrouver leur route. Et il y a les plus paumés qui se jetteront à corps perdu dans le premier raccourci- menant à une impasse. Même la plus forte des IA ne pourra inventer GPS pour le cerveau et le cœur. C’est le travail de chaque solitude de se chercher. Sans certitude de se trouver. Surtout dans un monde confus.

     Néanmoins, toute face sombre a son revers. Même si ça paraît utopique, la nuit, aussi obscur et épaisse soit-elle, a toujours une fin. Même la plus obscur. Suffit de regarder le siècle précédent. Qui aurait pu croire que la poésie, l’espoir, et tout le reste, auraient pu renaître de la boue des tranchées, des cendres de la Shoah, De Hiroshima, des Goulags, des colonisations, du Rwanda, et de toutes les abominations de l’imaginaire très fort de l’humanité pour la destruction de son prochain et-surtout- sa prochaine ? Pourtant, l’espèce humaine est encore là. Certes pas pour un temps élastique. Mais, en attendant, nous sommes là. Même si le fond de l’air pue des odeurs du passé et que le bruit des bottes donnent le tempo de ce siècle. Indéniable que des nuages sombres embouteillent notre ciel quotidien.

         Est-ce une raison pour se jeter dans les bras de la nuit ? Sommes-nous condamnés à alimenter le tiroir-caisse du désespoir ? Ou, au contraire, essayer se relever. Prendre exemple sur notre vieille terre qui continue de tourner jour après jour. Malgré les douleurs que notre espèce lui a infligé. Elle continue sa tâche quotidienne. Nous supporter. Et si on lui filait à coup de main. Au lieu de la rouer de coups. Et de nourrir des divisions dont se nourrissent les ventres de toutes les bêtes immondes  sans frontières. Un coup de main à son petit ou grand niveau. Tout un chacun chacune et autres genres. Même le vieux gosse élevé à la ceinture rouge qui mérite mieux que de laisser glisser dans les mains du brouillard brun. Tourner son bulletin de vote plusieurs fois dans la main avant de rajouter de la nuit sur sur le pays et la planète. Que faire si la colère-légitime- est trop forte ? Ne pas perdre un dimanche de juin à se salir les mains et le cerveau. Ou balancer un carré blanc au fond de l’urne. Qui-suis je pour donner la moindre consigne de vote ? Aussi paumé que la majorité. Chaque colère libre de son choix .

       Revenons à notre chère planète. Pourquoi donner un coup de main à cette vieille dame qui nous trimballe sur son dos depuis si longtemps ? Parce qu'elle le vaut bien. Et que notre espèce lui doit tant depuis des millions d'années.

     Notre planète à régénérer.

« Régénérer », définition dans le dictionnaire Littré

  • 1Produire par une nouvelle génération. Le procédé vital qui régénère les chairs. C'est de cette terre, de cette poussière que nous foulons aux pieds, que la nature sait tirer ou régénérer la plupart de ses productions en tous genres, Buffon, Min. t. II, p. 160.

  • 2 Terme mystique. Donner une nouvelle naissance. De là vient qu'autrefois ceux qui avaient été régénérés par le baptême, et qui avaient quitté les vices du monde pour entrer dans la piété de l'Église, retombaient si rarement de l'Église dans le monde, Pascal, Pensées sur le pape et l'Église, Réflexions, etc. éd. FAUGÈRE.

  • 3 Fig. Réformer, améliorer. Ce projet généreux dont il fut le martyr Vengerait la nature en régénérant Rome, Chénier M. J. Gracques, I, 5. Il y eut un moment où je me crus appelé à régénérer le monde, à lui prêcher un évangile nouveau [l'évangile saint-simonien], Reybaud, Jér. Paturot, I, 2.

  • 4Se régénérer, v. réfl. Être régénéré. Combien de nerfs se régénèrent dans les différentes opérations qu'on fait subir à la salamandre ! Bonnet, Paling. X, 6.

  • 5Être renouvelé en devenant meilleur. Un peuple qui se régénère. Les mœurs s'étant régénérées.

Arno & Sofiane Pamart - Je veux vivre (Clip Officiel) © Arno

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