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Billet de blog 6 avril 2024

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Le fond de l’air est susceptible

De l’électricité dans l’air de proximité. Et sur toute la planète. Aucun lieu ne semble échapper à cette tension. Tout va mal, répété en boucle sur la toile. Ainsi que dans la bouche de ses proches. Et la sienne. Relayant les uns et les autres que le chaos règne en maître sur une grande partie de la surface du globe. Et sous nombre de crânes. Réalité ou interprétation mortifère ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                 Plus  du tout d’humour noir. Ni blanc, ni jaune, ni métisse. De l’humour incolore. Et inodore. Pas la moindre tache. Rire tous et toutes dans la même direction. Ce n'est pas une problématique datant d’aujourd’hui. Nombre d’engueulades à cause d’une plaisanterie pas appréciée de la même manière par toutes les oreilles présentes. Vulgaire pour l'un, drôle pour l'autre. Rire et faire rire n’a jamais été un exercice simple. L’humour n’est pas la chose la mieux partagée du monde. Pourtant un bel outil pour faire un pied de nez à notre condition de mortel. Rire avant de mourir. Radotant que l’humour est une façon de chialer sans déranger les larmes. Indéniable que en notre période de haute susceptibilité, rire est de plus en difficile. Pas que l’humour qui bat de l'aile en ce moment. Un jeune siècle très tendu.

       De l’électricité dans l’air de proximité. Et sur toute la planète. Aucun lieu ne semble échapper à cette tension. Tout va mal, répété en boucle sur la toile. Ainsi que dans la bouche de ses proches. Et la sienne. Relayant les uns et les autres que le chaos règne en maître sur une grande partie de la surface du globe. Et sous nombre de crânes. Réalité ou interprétation mortifère ? Sans doute les deux. Indéniable que notre siècle n’est pas au meilleur de sa forme. Mais, au même âge que lui, son prédécesseur avait vécu la « boucherie des tranchées » et dirigeaient vers les camps de la mort. Autre temps, autre chaos.

        C’est la faute aux écrans. On entend très souvent cette critique. Notamment à chaque violence perpétrée entre jeunes, et en plus filmées. Sûr qu’il y a un lieu de causse à effet. Sans téléphone, pas de harcèlement, insulte, et films à faire circuler sur les réseaux sociaux. Quelle serait donc la solution ? Le téléphone portable interdit aux mineurs. Comme l’achat des boissons alcoolisées dans les bars ou magasins. Mais nombre de parents râleraient car ils ne pourraient pas «  pister » leur progéniture. Problème complexe. Bien sûr inimaginable une interdiction des portables aux mineurs. Et tant mieux.

          Le problème ne me semble pas être les écrans. Plutôt les utilisateurs. Et de tout âge. Même si certains jeunes ont des conduites à risques avec cette machine à être ici et ailleurs en même temps. Le problème ce n’est pas l’outil. Mais la main qui s’en sert. Plus exactement le cerveau commandant à l’index se promenant sur l’écran. À vrai dire, c’est comme beaucoup d’objets. Et d’invention. Pas le travail de recherche sur la fission nucléaire qui était un problème. C’est quand ça devient des armes de destruction mondiale. Nombre d’exemples de ce genre. Bref, on en revient toujours à la même problématique. Laquelle ? La mauvaise éducation de l’espèce humaine.

           À force de se croire l’espèce supérieure à toutes les autres, on a fini par devenir aveugles. Et sourds. Imperméable à la planète que nous avons bien usée à force de la considérer comme une surface commerciale en orbite. Notre suffisance a sans doute augmenté avec ce fantastique outil entre nos mains. Comme une espèce de baguette magique. Depuis l’apparition de ces téléphones dits intelligents, nous sommes somme tous devenus des magiciens. Suffit de quelques doigts sur un clavier pour faire apparaître ce qu'on veut. Merci les moteurs de recherche qui nous rendent si intelligents en un clic. Quelle puissance au bout des doigts. Nous manions très bien l'outil. Alors que ça semble de plus en plus  le contraire. Nous appartenons en fait à l’outil. Sans doute la première fois que ça arrive dans l’histoire de l’espèce humaine. Devenir l’objet de son outil.

            Certes pas un scoop. La dangerosité des écrans est un des marronniers de notre siècle. Des inquiétudes et des interrogations légitimes. Tout à fait naturel que des parents s’inquiètent de ce nouvel objet entre les mains de leurs gosses. Surtout quand on assiste à des scènes de violence conduisant à la mort de jeunes. À mon avis, il faudrait aussi se méfier des adultes équipés du même joujou. Autrement dit tous et toutes balayer devant notre seuil numérique. Le mal élevé ce n’est pas toujours l’autre. Et il y a quelques adultes encore plus dangereux que tous les jeunes réunis. Les «  maîtres de ce monde », persuadés d'être les meilleurs et les plus intelligents, se croient dans un immense jeu vidéo planétaire. De grands gosses qui peuvent tout faire sauter. Et se faire disparaître dans leur foulée mortelle. Que va devenir notre espèce entre les mains de ce nouvel outil ? Affaire à suivre sur twitter, FB, Tik Tok, Instagram, Telegram, etc.

            Et la susceptibilité ? On ne peut aussi l’imputer aux écrans. Aujourd’hui, nous sommes une majorité à en être plus ou moins atteints. Une espèce de virus consistant à scanner chaque mot dans une conversation, décider de la validité ou non d’une plaisanterie, d’une caricature, d’une fiction… Un contrôle permanent de l’autre. Dans quel but ? Le ramener dans le droit chemin de sa vérité à soi, son humour, ses idées, ses us et coutumes… Miroir numérique, dis-moi qui a la douleur la plus importante en ce bas monde. C’est moi. Merci beaucoup mon Cher Miroir. Peux-tu dire au monde entier que ma souffrance est prioritaire ? Je suis le plus sincère. Mes adversaires ne cessent de mentir et de manipuler. Moi, je dis la vérité. Je...Moi, je... Le fond de l’air est susceptible ou juste doulorocentré.

        Une question du bac que je n’ai pas passé. Néanmoins toujours heureux d’apprendre dans notre université à ciel ouvert. Avec des rencontres de tout bord. Aimant frotter mes idées avec certaines aux antipodes des miennes. Un diplôme me semble extrêmement important à décrocher. Mais très difficile d’accès. En plus, il faut sans cesse le repasser. Quel est ce diplôme si important ? L’empathie. Si possible le coupler avec les diplômes du doute, de l’auto-dérision, et de la pensée contre ces certitudes congelées. Visiblement pas les cursus les plus recherchés de notre ère. Toutefois, restons optimistes. L’humanité peut nous réserver de bonnes surprises. Essayons de lui filer un coup de main. En essayant de privilégier la beauté et l’intelligence. Avant extinction totale de notre espèce.

           Beau baroud d’honneur d'humanité.

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