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Billet de blog 8 juillet 2024

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Bar de l'humilité

Ego léger exigé au Bar de l'humilité. Pour la clientèle de passage et les habitués. Si votre ego est trop débordant ? Pas de souci, si vous le muselez. C'est trop compliqué ? Dans ce cas, ici, ce ne sera pas possible. Mais d’autres établissements peuvent vous accueillir avec votre ego. La grêle brune est passée... Et si nous mettions nos egôches sur la table.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La rose et le réséda © La Tordue - Topic

« Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles. »

La Rose et le Réséda, de Louis Aragon.

    Merci pour une très belle soirée sous un ciel redevenu républicain...

         Ego léger exigé au Bar de l'humilité. Pour  la clientèle de passage et les habitués. Si votre ego est trop débordant ? Pas de souci, si vous le muselez. C'est trop compliqué ? Dans ce cas, ici, ce ne sera pas possible. Mais d’autres établissements peuvent vous accueillir avec votre ego. Et moi le blogueur ? Pas sûr que je puisse entrer tous les jours au Bar de l'Humilité. Sûrement atteint de ce que je dénonce chez les autres. Parfois même sans m’en rendre compte. Cette arrogance tellement intériorisée qu’elle n’est visible que chez les autres. Toutefois, grâce à des piqûres de doute et de poésie, surtout la thérapie poétique ; je me soigne du mieux possible. Sans être à l’abri d’une rechute. En fait, ce billet s’adresse à tous ceux et celles qui ont une parole publique. À grande écoute ou à peine audible. Journalistes, artistes, politiques, humoristes, etc. Ce texte est une invitation à ne pas continuer nos mêmes erreurs. Lesquelles ?

           Nos certitudes d’être la bonne parole. Sans elle, le néant. Avec pour certains et certains, même du dédain vis à vis d’une parole qui n’est pas la leur ou celle de leur entre-soi. Comme les mots des milieux populaires. Regarde le beauf avec ses tongs, son verre de jaune ou d'une autre couleur, sa barbaque sur son barbecue, son 4x4, son « ça me casse les couilles » récurrents… Sans se rendre compte qu’il s’agit d’un délit d’être différent de soi et de ses proches. Une forme de racisme social. En plus, il n'est puni par aucune loi. Avec aussi cette facilité de cataloguer tous les individus des milieux populaires. Alors qu’il y a de nombreuses histoires très différentes. Et uniques. Comme dans n’importe quel milieu. Aimer et tout pardonner à celles et ceux issus de la « France dite du bas » ? Hors de question de mettre les plus démunis sur un piédestal de bienveillance aveugle. Même parmi les damnés de la terre, il y a des ordures détestables. Le fascisme, racisme, et autre saloperies, n'a pas qu'une couleur. Et la souffrance -réelle - ne doit pas rendre incritiquable.

        Comme dans les autres milieux de la France dite de l’élite. Dont une grande partie évolue dans les sphères culturels. Notamment dans les arts et journaux se réclamant de gauche. Plus difficile de se remettre en cause quand on est persuadé d’être du bon côté ? J’aurais tendance à répondre oui. Combien de médias et artistes dits de gauche à pouvoir se remettre en cause dans ce qui s’est déroulé ces dernières semaines ? S'interrogeront-ils sur leur focalisation quasi obsessionnelle sur les problématiques sociétales ? Cela dit, tout à l’honneur de ces médias d’accompagner ces combats légitimes. Même si ce n'était qu'avec quasiment le même genre d’invités en plateau : surtout le monde du spectacle et des médias ; le pays c'est que quelques quartiers parisiens ? Néanmoins très important d’évoquer ces sujets. Grâce à cet éclairage, les gardiens du temple du vieux monde patriarcal commencent à trembler. Et tant mieux que tout ça bouge. Mais pourquoi au détriment d’autres sujets ?

          Dont la frustration et colère de millions de « déclassés de la République » ? Celles et ceux ayant voté entre autres contre ce que représente nombre de rédactions de quotidiens et hebdos. Combien de « blancs  usés » des quartiers populaires en une de Mediapart, Libé, Le Monde, Télérama, et tous les journaux titrant « Non » à chacune de leurs trouilles électorales ? Ces « déclassés de la République » qui ne sentent pas écoutés ni représentés par tous les sujets sociétaux qui inondent les médias de gauche. Même un copain, très intéressé par les problématiques sociétales, m’a dit qu’il en avait marre d’entendre parler en boucle du genre, de la transition de genre, des racisés ( quel horrible enfermement sémantique à perpétuité) à la radio et sur ses journaux préférés. L’écrasement social toujours sous la pile des sujets à traiter ? Le vote est aussi contre toutes ces radios et journaux. Et indirectement contre mon tout petit blog de semi-nanti. La colère des urnes nous a tous collé dans le même panier de nantis devenus aveugles et sourds. Pour nous balancer dans la poubelle de l'isoloir.

           Une partie du vote d’extrême droite, c’est contre nous. Confinés dans notre bulle de certitudes. Nos radios, nos télés, nos journaux, nos livres… On sait, on sait. Et parfois, on sait qu’on sait. Toujours plus et mieux que les autres. Qu’est-ce qu’on est formidable d’avoir une telle profondeur de pensée. Extraordinaire. Une caricature ? À peine. Suffit de nous lire et écouter. Une grande partie d’entre nous à se lancer des fleurs de « bonne pensance », c’est moi le premier qui a écrit ou dit ça ; des selfies devant notre bibliothèque avec la main sur l’épaule de notre culture générale. Combien vous avez eu de livres ? Euh… Disons que… Désolé, on aurait bien aimé vous inviter à ... Comment vous dire ? Vous n’avez pas assez de « poids de lecture » pour être admis à notre table. Non, ne partez pas : asseyez-vous là sur le côté ; regardez-nous manger, mais sans interrompre, et surtout pas de vannes douteuses ; nous sommes entre gens de bonne compagnie et arbitres des élégances. Vraiment une caricature ? Ces rédactions et autres artistes se réclamant de gauche ont une part de responsabilité dans cette mise à l’écart du banquet républicain. Ce blog aussi. Trop d’ego et de nombrilisme dans nos mots ?

         Tout ça est jeté sans doute abruptement. Mais pas de gants en temps d’urgence. Ce qui s’est passé ces derniers temps risque de se reproduire. Et on ne pourra pas dire que nous n’étions pas au courant. Que faire ? Pour ma part, toujours pas de réponse miracle. Encore et encore dans le camp des impuissants. Néanmoins une p’tite intuition. Juste un ressenti. Peut-être que la gauche et tous les autres républicains devraient changer un peu leur point de vue. Laisser un peu de côté le sociétal. Sans pour autant le négliger ; encore beaucoup de boulot, notamment pour les droits des femmes. Que proposer ?

            Revenir plus au social. Si occulté depuis des années. Quasi un gros mot. Du social sans vouloir séparer les pauvres (classes moyennes, etc.) en sous-catégories. Instinctivement, il se retrouvent tous et toutes sous une bannière de la même couleur. Sans distinction de sexe, de genre, de couleur de peau, d’orientation sexuelle, du menu dans son assiette, etc. Redevenir des familles et des solitudes sous la même bannière. Laquelle ? La bannière des écrasés du monde. Avec petit ou grand écrasement. Mais l’index pointé sur les mêmes écraseurs.

          Après ce billet, tu vas être tricard dans les médias et les milieux culturels de gôche. La réaction d'un copain avec qui j’en parlais. S'il a raison, ça n’a guère d’importance. Comme toutes les petites querelles d’egôche et de nombrils qui ont favorisé la cassure du pays. D’innombrables fêlures dans nos murs porteurs de la démocratie. Pourra-t-on les combler ? L’avenir le dira. À chacune et chacun, à son petit ou grand niveau, d’apporter son mastic personnel. Sans se prendre pour le sauveur ou la sauveuse. Juste faire. Ni le claironner en boucle. Pour autant, ne pas négliger son ego.

         Sans lui, rien. L'ego est toujours présent dans chaque œuvre humaine. Qu’elle soit visible ou invisible. Mais trop d’ego met en péril la construction. Difficile de trouver l’équilibre. Surtout en un siècle de toujours plus de je et encore plus de soi. Notre défi à relever me semble être de sortir de son entre-moi et nous qui sait. La France et le monde ne s'arrêtent pas au seuil de sa radio préférée. Ouvrir ses oreilles sur d'autres ondes. Sans attendre les prochaines élections et la grêle brune dans les urnes. Et remettre un nouveau « C'est encore encore Non» en une. Bref ; trêve de yaka et faukon donneur de leçons inutiles. Pas sûr qu’avec ce genre de billet, je sois accepté au Bar de  l'humilité. En tout cas, une chose est importante : ne pas bouder son plaisir ( encore des bulles sous le crâne en compagnie de l'amitié). Heureux de vivre dans ce pays. Certes perfectible. Mais capable du meilleur. À nous de l’aider à continuer de s’améliorer.

       Une petite pensée à un homme mort en 2000. Sans doute que sa moustache souriante aurait été très en colère durant ces élections. Et inquiète comme la majorité du pays. C’est un écrivain qui a eu un énorme succès. Un sourire toujours en coin, pour ne pas laisser percer la noirceur de ses pensées et de sa littérature. Rarement croisé un homme avec autant de succès et aussi humble que Jean-Claude Izzo. Parfois, en période d’excès d’ego et de connerie, je repense à lui. Et à ces longs silences tout ouïe. Un modèle pour moi en termes d’humilité. Et l’auteur entre autres du superbe « Les marins perdus ».

       Après ses obsèques, une grande partie des gens présent est allé dans un bar. Pas n’importe lequel. Celui qu’il avait délocalisé dans ses polars. Évidement, les verres ont été vidés et remplis à la chaîne. Personne ne l’a vu. Mais il était là dans un coin. Attablé avec sa bouteille de whisky. Son éternelle moustache souriante très discrète. Il a dû lever son verre avant de rejoindre son absence. Très bien de boire à volonté, mais arrive toujours l’heure de régler l’addition. Tout le monde a dégainé ses billets ou sa CB. Laissez tomber, c’est Jean-Claude qui a payé la tournée générale. Légende urbaine ou non ? Je n’en sais rien. Mais l’histoire est belle. Patron, tu remets une tournée aux beaux et beaux fantômes. Un verre pour elles et eux dans l’au-delà. Et bien sûr la même tournée pour les amitiés d’ici.

           Au Bar de l'humilité.

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