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Billet de blog 11 mars 2024

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Angles morts

Penser souple. Comme on parle d’une conduite. Réussir à penser souple. Malgré l’arthrose des neurones et du cœur. Certains êtres continuent d’avoir une pensée et une manière d’être le plus souple possible. Vivre dans sa maison, avec ses petites habitudes, mais sans fenêtres murées. Capables de voir plus loin que leur propre histoire. Pour un voyage au-delà de son point de vue.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

             Penser souple. Comme on parle d’une conduite. Réussir à penser souple malgré l’arthrose des neurones et du cœur. Mais ce n’est pas une question d’âge. On peut être jeune et en être atteint. Comme par exemple, la jeunesse se jetant à QI perdu dans les bras de toutes sortes d’obscurantismes : du nationalisme à l’intégrisme religieux à tous les délires de terre plate, d’illuminati, etc. Inutile de s’étendre sur le sujet ; il est et a été largement décortiqué. La raideur, le manque d’humour, le repli sur soi, sont plus en vogue en notre jeune siècle que la souplesse. Pourtant, certains jeunes ou plus vieux, continuent d’avoir une pensée et une manière d’être le plus souple possible. Sans nécessairement chercher le grand écart. Juste assez de souplesse pour dialoguer avec l’autre, notamment avec des us et coutumes différentes des siens. Vivre dans sa maison, avec ses petites habitudes, mais sans fenêtres murées. Capables de voir plus loin que leur propre histoire. Pour un voyage au-delà de son point de vue.

          Difficile d’ouvrir son champ mental de nos jours. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans une période de raccourcissement de la pensée. Les images et les mots sont très souvent extraits de leur contexte. Le moindre raccourci devenant très rapidement un boulevard souvent ponctué d’insultes et fake news. Penser vite, plus vite. Réagir avant la réaction de l’autre bord. Toujours plus vite. Gagner du temps sur le temps virtuel. Accrocher en premier sa réaction ou son commentaire sur l’un des fils de la toile toujours en ébullition. Être le plus visible possible. Peu importe le fond, si on a le buzz. Vite pensé, vite écrit ou dit. Cliquer plus vite que son ombre. Plus, toujours+++, etc. Pour gagner la course. Laquelle ? La course à la pensée vide.

          C'est toujours l'autre qui ne vit pas et ne pense pas comme moi - à être englué dans cette course ? Bien sûr que ce serait plus simple. Pas du tout le cas. Rares les individus hors de cette course. Ce blog est dans le peloton, parmi les centaines de millions d’internautes à la fenêtre de leur écran sur le monde. Pourquoi écrire autant ? La question se pose pour ce blog et tous les autres espaces sur le Web où l’on peut déposer ses mots et images ? Pourquoi la «  fébrilité de dire » ? Sans doute pour rester dans cette course. Ne jamais sortir des « JO de l’instant ». Toujours dans la quête d’une performance. Ce phénomène est dû à l’arrivée d’Internet ? Je ne crois pas. Même si la course s’est, en effet, intensifiée. Et surtout démocratisée. Toutes sortes individus peuvent part à la course. Suffit d’un smartphone, une tablette, pour pouvoir participer à la foire internationale du commentaire à chaud. Autrefois, une minorité à être visibles et entendue de la majorité. En général, c’étaient des journalistes, des politiques, des auteurs-autrices, des acteurs-actrices, et autres personnalités invitées des quelques chaînes et journaux à forte audience. Désormais, on peut tous avoir un « canal de diffusion » de sa pensée. Sans même se déplacer ; des outils sont disponibles à domicile pour faire circuler ses réflexions et interrogations. Ou la diffusion du vide de sa pensée. Tout en restant persuadé d’être utile à l’autre. Et à son époque.

       Personne, même la plus grande intelligence, n’y échappe. À un moment, il y a toujours un ou plusieurs angle mort de sa pensée. Comme ceux indiqués désormais par un dessins sur les bus et les camions. Un angle invisible de la conductrice, conducteur, ou un autre genre. Même avec une excellente conduite de route de sa pensée, on ne le voit pas. Persuadé d’avoir tout sous-contrôle. Pourtant ce qui n’est pas le cas. Ne pas être conscient de cet angle mort de sa pensée, réflexion, ou une autre dénomination, est le début de la fermeture de ses fenêtres. Et l’érection de murs protecteurs. Rester dans l’entre-soi de ses certitudes. Je pense, donc je pense bien. Et votre bus ou camion vient de renverser un piéton ou un cycliste. Trop tard. Parfois, on continue sa route sans s’en rendre compte. Ma conduite est parfaite. Ça n’arrive qu’aux autres de mal penser… Pourtant des dégâts dans l’angle mort de sa pensée. Parfois légers. Juste un petit froissement. D’autres fois, des dégâts plus importants. Surtout quand notre pensée atteint beaucoup de monde. Des noms ? Peu importe les visages et identités. Le plus dangereux est la vente de leur produit : une pensée vide. Pour se remplir les poches. Et obtenir de la notoriété en vidant le cerveau des autres. Dont des jeunes. Vente de vide pour aussi remplir les urnes électorales ? 

           Donner des exemples ? Vous en avez à disposition. Mais où ? Dans notre quotidien. Pas que les élites, dites – souvent à raison - hors-sol et entre-soi, a avoir des angles morts. Ni que les marionnettes de la télé réalité et autres youtubeurs et youtubeuses. La pensée vide n’est pas uniquement où ça nous arrange qu’elle soit, pour ne pas voir sa part plus ou moins active à une forme de nivellement, où tout se vaut- si ça nous rapporte ; quête d’un gain différent selon son histoire et ses désirs. Tous, toutes, et les autres, triballons en nous cet espace qu’on ne voit pas. Ou plus. Si près, si loin. Invisible en tout de sa place. Même avec un grand nombre de rétros et de caméras à bord de son véhicule. Avec le temps, on se conduit quasiment en automatique. Sûr de soi, de son véhicule, et de son trajet. Jusqu’à «  l’accident de pensée ». Certains s’enfuient. D’autres, après le constat, reprendront leurs habitudes de conduite. Comment faire pour ne pas occasionner trop d’accidents avec ses proches ou des rencontres de passage ? Parler, penser, se taire, à l’arrêt. Cesser de rouler. Pour aller se garer face à son miroir. Et le laisser vous dévisager. Sans un mot. Entre quatre z-yeux. Écouter ce qu'il a vous dire.

           Si votre miroir vous tourne le dos, posez-vous des questions. C’est une bonne prise de température de votre ego. Ça arrive qu’il nous tourne le dos. Aucun être n’est parfait au point d’avoir l’assentiment permanent de son miroir. Parfois, il me tourne le dos ; je sais alors que j’ai été con ou très con. M’efforçant de me rattraper, sans y parvenir tout le temps. Certains et certaines ont de très mauvaises relations avec le petit ou grand carré de soi dans sa salle de bains ou un autre lieu. Comme nombre de donneurs de leçons, de grands humanistes, de bons citoyens et citoyennes, des votant bien, des rêvant bien parlant bien, des vannant bien, qui se lavent les dents, se rasent, se maquillent face à un dos de miroir. Refusant de refléter leur histoire. Et de surtout la cautionner. Son miroir peut mordre.

        Tout ça pour dire quoi finalement ? Ce billet de blog illustre bien le vide de la pensée qu'il tente de décrire. Juste une présence par des mots sur la toile. Qu’est-ce que ce texte apporte aux autres, au monde, à la pensée ? Tout compte fait, pas grand-chose. Rien de nouveau et pertinent. Une pensée qui s’autodétruira dans le panier à éphémères sans fin du virtuel. Remplacé aussitôt par un autre texte. Une forme de videtuel tournant ? Je me pose la question. Sans réponse. Moi, je l’ai, intervient mon miroir. Je sursaute. C’est quoi ? Il sourit et me tourne le dos. Rideau. Il me laisse face à ma nuit. Mais pas seul. Comme chaque individu sur la planète. Une solitude habitée.

        Avec toutes sortes d'angles.

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