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Billet de blog 11 juin 2024

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Dans le secret du défouloir

Tous pourris à mettre dans la même urne. Des millions de mains anonymes les ont balancés dedans. À la poubelle de la République. Qui sont tous ces jetés dans l'urne de la colère nationale ? Les arrogants adeptes du mépris vertical. Et les donneurs de leçons. La mauvaise réponse de l’électorat accusé de «  sale vote » ? Peut-être. Mais aujourd'hui la première colère de France.

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KENT - J'aime un pays © Chaine Officielle de KENT

« Ils sont marqués du sceau d'une angoisse sans nom et dépouillés de tout, même du sens de la pauvreté. » Le Livre de la pauvreté et de la mort, de Rainer Maria Rilke

 « Par ailleurs, la naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si l’on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l’enfant croit au Père Noël. L’adulte non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.» Pierre Desproges

           Tous pourris à mettre  dans la même urne.  Des millions de mains anonymes les ont balancés dedans. À la poubelle de la République. Qui sont ces jetés dans l'urne de la colère nationale ? La plupart de ces « mis dans la même urne » sont des méprisants donneurs de leçons. Préciser de qui il s’agit ? Donner des noms ? Peu importe le patronyme. Des individus interchangeables. Avec un point en commun : la plupart du temps issu des mêmes paysages d'enfance (quelques établissements scolaires de France).  Donner  un  exemple ? Celui qui, du haut de son arrogance dorée, trouve que ta minable retraite ou ton RSA coûte très cher à la société. Les mêmes qui, héritiers de génération en génération, avec des salaires à rallonges et jetons de présence dans de prestigieux conseils d’administration, vont culpabiliser le miséreux, très pauvre, ou le français galérant au quotidien pour ne pas glisser vers l’abîme social. Avec l’arrogance des arbitres des élégances démocratiques sachant à la place de l’autre (l’ idiot de pauvre ne sachant même pas traverser la rue pour réussir) ce qui est bon ou mauvais pour lui. Quelles sont leurs accusations contre les individus ou les familles qui se noient ou surnagent ? 

          De ne pas vouloir se serrer un peu plus la ceinture sur leur précarité. D’être des égoïstes n’ayant pas conscience qu’il devrait faire un effort pour l’autre et le pays en grande difficulté. De ne pas se convertir à l’ascétisme économique. Accusés d'être de grands profiteurs de la République déjà si endettée. Des individus et des familles incapables de la frugalité nécessaire pour que le pays et le monde aillent moins mal. Salauds de pauvres avec leurs yeux beaucoup plus gros que le « ventre économique » de leur pays souffrant et en plus assujetti à une telle concurrence planétaire. Quelques euros de moins sur son budget, c’est quoi au regard des difficultés du monde ? Si tout va mal, c’est à cause de vous :égoïstes de pauvres. En plus d’être centrés sur leurs petits bobos quotidiens, ils se mettent à « voter sale ». Les pauvres et miséreux n’ont vraiment plus rien dans le cœur et le cerveau. Leur égoïsme va ruiner notre pays.

           Manichéisme ? Populisme ?  Amalgame ? Peut-être. Les grands riches ont en effet aussi des fêlures. Bien sûr qu'un certain nombre d’entre eux ont des fragilités. Même les ultra-riches peuvent souffrir de dépression. Des êtres très mal dans leur peau. La richesse ne protège pas de tout. Ce qui n’empêche pas que certains d’entre eux peuvent être des pervers par ailleurs. Se servant d’un discours bien rôdé - des termes ronflants - en culpabilisant les plus usés et fatigués de France. Alors que si la misère gagne de plus en plus, c’est parce que ce genre de culpabilisateurs du haut du panier gagnent de plus en plus. Critiquant l’arnaque sociale - réelle - au RSA, à la sécu, etc. En oubliant l’évasion fiscale de certains d’entre eux. Sans oublier leur course à la niche fiscale pour ne pas partager - ou le moins possible - avec le reste du pays qui va si mal à cause des égoïstes au RSA.  La recherche de toujours moins d'impôt pour les mêmes profitant quand même des petites et grandes écoles, des hôpitaux, des transports en commun... Très à l'aise pour prôner le toujours plus de sacrifices pour une population déjà étouffée. Et des adeptes du toujours plus pour eux ayant déjà plus. Avec le profit comme horizon. Des dividendes à tout prix. Peut importe la destruction si ça rapporte.

         Dimanche, la colère a débordé encore plus fort. Cette fois, les digues n’ont pas tenu. Contre qui une telle colère ? Sans doute qu'elle est partie dans plusieurs directions ; chaque bulletin voyant galère à sa porte. Parmi toutes ces colères, une est très importante. Laquelle ? La colère contre le mépris et l’arrogance. Des années à être regardés de haut et vus comme des riens - taillables et corvéables à merci - par une poignée de « privilégiés de la République ». Considérant la majorité comme juste bonne à voter et à consommer. Ces méprisants sûrs de leur fait, souvent parmi les mieux nantis de la République, veulent que les plus «  maigres socialement » se serrent encore plus la ceinture. Dégraisser encore plus le pauvre. Bien à l’abri derrière une barrière de fric, de niches fiscales, de carnet d’adresses, ils pointent l’index sur le petit populo très égoïste, incapable de faire des efforts pour la communauté nationale. Les mêmes, gavés de génération en génération, demandant et imposant la « frugalité économique » aux déjà à la diète. La première des colères des urnes est contre ce mépris. Autrement dit, pas un vote de facho (un mot fourre-tout qui arrange bien pour ne pas creuser plus profondément). Ce serait trop simple. Un raccourci. Comme ceux que nous détestons quand ils nous concernent.

           Toutefois indéniable qu’il y a d'irréductibles fachos (racistes, antisémites, homophobes, transphobes….) parmi les citoyens et citoyennes votant RN et Reconquête. On les entend ici et là dégueuler leur haine. Mais le pire ne se décline pas qu'à l'extrême-droite. D'autres partis de gauche et de droite ont aussi le pire à domicile.  Même si ce n'est pas la majorité de leurs adhérents ou sympathisants, tous les courants politiques ( même progressistes) ont des membres qui sont racistes, antisémites, homophobes, transphobes, sexistes, etc.  Nul parti ou idéologie n'échappe à ce phénomène.  Une lapalissade que que de dire que la connerie humaine touche tous les groupes humains; même celui que nous préférons. Revenons au vote d'extrême-droite. À mon avis, c’est surtout un vote de fatigue. Une grosse usure.  Le vote d'une population extrêmement fatiguée.

          Ce qui n’excuse en rien. Pas du genre à mettre le pauvre sur un piédestal. Ni à croire que la  pauvreté rend pas plus ouvert sur le monde et subtil ; chercher à survivre au quotidien peut transformer n’importe quel être en pire des individus. Une extrême fatigue sociale poussant aux extrêmes. L'une des réactions d'une population usée au quotidien. Et assez lucide pour se rendre compte du mépris vertical. La pauvreté n’empêche pas d’avoir un cerveau, des yeux, et des oreilles. Conscients d’être des paillassons sur lesquels s’essuient quelques mocassins de cuir de luxe issus de grandes écoles et beaux quartiers. Guère un scoop. Mais désormais, la colère s’est mue en une tornade. Avis de grande tempête dans les urnes. Et bouleversement et trouilles sous nombre de crânes. certains persuadé que c'est le vote blanc ou l'abstentionniste qui sont responsables.  N'interrogeant la responsabilité de leur « vote contre » récurrent ; une sorte de fuite en avant électorale qui, depuis des décennies a conforté  des apprentis- sorciers offrant aujourd'hui ce pays sur un plateau à l'extrême-droite. Et moi; quelle est ma part à tout ce qui se passe en ce moment en France et ailleurs ? Coresponsable de notre responsabilité collective de cette « nuit en suspens » sur l'Europe et le monde  ? En tout, impossible de dire que je ne savais pas. Le chaos contemporain en boucle sur nos écrans.

       Une tornade brune qui va détruire encore plus les individus qui ont voté pour elle. Et tout un pays au passage. Après avoir connu la peste, certains êtres fatigués votent pour le choléra. Marre de voir toujours les mêmes gueules, dit-on ici ou là. Les commerciaux de la vague brune ne changeront en rien le statut des plus démunis en colère légitime ; ils continueront d’être pauvres et méprisés par leurs nouveaux représentants - clones sans doute en pire de ceux actuels. Cela dit, il peut y avoir un changement. Lequel ? Des pauvres atteint d’une nouvelle maladie. Inoculé par qui ? Les commerciaux d’une nouvelle division des pauvres ; Blancs contre Noirs, Musulmans contre Chrétiens, Orangina contre Binouze, Halal contre Cochon, etc. De nouveaux pervers de la République à qui ils offrent la chair de leur histoire déjà fort blessée. Diviser les pauvres pour mieux RNgner ?

        Un dimanche est passé, l’autre pointe son nez. Que faire aux futures élections ? Chacun et chacune libre de penser et d'agir à sa guise. L’idéal démocratique est un vote sans la trouille au ventre qu’on nous impose depuis des décennies. Avec depuis ce week-end, cerise sur le gâteau brun, la dissolution de l’assemblée. Très joueurs, nos dirigeants jouent avec le feu extrémiste. Un jeu sans grands risques pour eux ; contrairement à tout ceux et celles qui ont déjà beaucoup perdu. Quel bulletin mettre dans une urne ? Pour ma part, je vais aller voter pour. Même en ayant l'impression d'être comme dans la citation de Desproges: un gosse croyant au Père Noël ou à un conte de fée. Cela dit, vaut mieux le vote blanc ou l'abstention que le pire... De quoi je me mêle ? Qui suis-je pour donner une quelconque leçon de « bon vote » ? Sans doute même disqualifié dans le rôle du «  bobo » qui a le temps de poster un billet d’humeur. Pas de donnage de leçons. À chaque conviction, son bulletin ou son abstention...

        Petite anecdote de lundi post-électorale. Dans le métro aux premières heures, une femme de milieu populaire affiche un large sourire. Répétant à un homme assis à ses côtés qu’elle avait voté et gagné. Visiblement, une des premières fois qu’elle se sentait gagnante. Sa joie irradiait. Une femme du populo heureuse. Et toi, demande-t-elle à l’homme. Avec un sourire en coin, il avait répondu à voix basse « moi, j’ai revoté Coco ». Avec une légère honte sur son visage. Contrairement à elle déclamant sa voix d’extrême-droite. Tous les deux heureux de leur choix. Comme deux gosses venant de récupérer un peu de leur dignité bafouée. Une sorte de pied de nez à tout le mépris et les humiliations de certains (pas tous pourris ) qui ont pris les clefs de la République pour rouler carrosse de l’entre-soi. Deux populistes en face de moi voulant plonger le pays dans le chaos ? Non. Qui était ce duo ? France touchée. Un duo qui n’a plus rien à perdre. Touché et presque coulé. Mais avec un petit plaisir de dimanche des urnes.

         Un duo heureux de ne plus avoir peur du mépris. Et même de lui rentrer dedans. Le duo, comme les nantis du pays, fait partie du même pays. Bien que ne vivant pas le même Liberté Égalité Fraternité Sororité. Le duo se sent libéré. Et ça faisait plaisir de les voir ainsi. Nulle trouille dans leur regard. Et fier de leur vote pour. Peu importe, si selon d’aucuns, c’est un « vote sale ». Il a le mérite d’être celui de leur choix. La voix de deux citoyens adultes. Un choix aussi respectable que tous les autres. Même si c’est un leurre. L’extrême-droite ne résoudra pas leurs soucis.  Le duo et des millions de Français s’en foutent. Pourquoi un vote kamikaze ? En partie pour se sentir encore quelque peu libre. Une liberté citoyenne de choisir. Se mettant eux aussi a rêver du matin du grand soir. L'espoir de jours meilleurs. Prêt à voter pour le matin de la grande nuit ? Des désillusions à de nouvelles illusions. D'une impasse l'autre. Avec toujours sa solitude dans le secret de l'illusoire. Bientôt France coulée ?

          Pourquoi écrire ce genre de billet ? C'est du pissage dans un violon numérique. Des mots et du temps perdus. Pourquoi alors continuer en vain ? Parce que j’aime un pays, comme chante Kent. Sa vision d'une autre « douce France » ? Certes un pays perfectible et critiquable. En tout cas, il vaut le coup de le protéger des arrogants, de l’extrême-droite, des intégristes religieux, et autres destructeurs bien ou mal élevés.  Nulle envie que le Pays des Lumières devienne celui de l'obscurité et de la fermeture au monde. Avec l'extinction programmée d'une des plus grandes « patrie-phare » de l'ouverture au monde. Pays des Lumière ou des ténèbres ? Éteindre complètement et s'enfoncer dans une profonde nuit ? Tenter de rallumer notre beau pays ? Affaire démocratique à suivre durant deux dimanches...  Avec un lundi 8 juillet dans un pays dépouillé de ses Lumières  ?

           Chaque main libre de son choix sur l’interrupteur…

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