« Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver ». La Parole en archipel, de René Char
Rue du Silence. Des êtres y ont leur adresse. Avec un facteur qui vient garnir les boîtes aux lettres. Des existences au quotidien dans un village. Où se situe-t-il ? Sous le ciel de l’instant. Pour y accéder ; d’abord se perdre. En tout cas, quand on ne dispose pas de GPS . Le silence et l’égarement sont-ils les derniers grands luxes du siècle ? Une question qui peut se poser ; si on lui en laisse le temps, avant de la donner en pâture à un moteur de recherche. Pour une réponse instantanée. Plutôt un moteur de « trouve tout » sans chercher ? Une autre question. Revenons à notre égarement.Nous finissons par trouver le village. Après la Rue du Silence, celle des couleurs. Et de la matière.
Dehors, soleil écrasant. Dedans, un homme assis dans la fraîcheur d’une grange. Elle appartenait à un médecin et peintre. Désormais un lieu d’expo. Aujourd’hui dédié à André Nouyrit : un artiste-peintre local. Ou, comme on dit en cyclisme, le régional de l’étape. L'homme-artiste attend les visites. Un carnet posé devant lui. Et un livre. Pourquoi local ? Je m’interroge sur ce terme. « L’universel, c’est le local moins les murs. ». La phrase de Miguel Torga remonte à la surface. Il est écrivain et oto-rhino-laryngologue. Toujours le retour à la parole et l’écoute. Et donc à la chair.
Comme celles des toiles et des sculptures exposées. Les décrire ? Je ne saurais le faire. En plus, pas spécialiste de l’Art. Juste un œil lambda. Peut-être que ces œuvres n’ont pas toujours besoin de qui que ce soit pour se présenter. Elles le font toutes seules. Face aux regards. Et au ressenti de chaque individu. Dans un moment unique. Un face-à-face entre des yeux et un paysage humain. Deux trajectoires en écho. Personne entre elles. Si ce n’est un pont invisible. Sauf pour deux individus. Qui sont-ils ? L’artiste et l’œil qui a fait le chemin vers l’œuvre. Une route pour découvrir quoi ?
La solitude en pays de chair. Lieu unique et universel. Chaque individu y habite à sa manière. Comme il peut. Huit milliards de pays incomparables. Certains passagers de la planète sont plus sensibles à cette solitude. Comme cet artiste. Et d’autres. Que les artistes à percevoir cette nuit nichée au creux de notre naissance ? Non. Sans doute que chaque être la perçoit plus ou moins à tel ou tel moment de son histoire. Mais certains artistes en ont fait leur pain quotidien. Se nourrissant de cette nuit. La leur. Et celle du monde. Une nuit qu’ils tentent d'éclairer de quelques traces. Sans penser détenir une quelconque vérité. Au contraire. Un être qui doute.
Agrandissement : Illustration 3
Dans le rétro, une nuée de couleurs. Sans réponse. Sous un ciel étoilé de questions. Reparti avec une multitude de points d’interrogation colorés. La bagnole repasse devant la Rue du Silence. Seul le bruit du moteur dans l’air très chaud. Nous nous éloignons. Derrière nous, un monde. D’ici et d’ailleurs. Des mains œuvrent pour créer des liens entre visible et invisible. Une poignée de doigts tachés de peinture qui tentent de relier absence et présence. Dans un dialogue sans mots. Une conversation avec l’innommable. Dans la langue de la nature et de l’humanité. Celle qui continue de s’étonner. Même du cycle des saisons. Qui est cet éternel étonné dans son local sans les murs ? Difficile de l’enfermer dans une réponse.
Un traducteur de solitude ?
NB : Pour en savoir plus sur l'artiste, voici son site.