Aïcha et Édith ont vécu en France. L’une était chanteuse et artiste de cirque. L'autre chantait uniquement. Deux femmes artistes. Avec sans doute leurs lumières et zones d’ombre. Et les doutes rongeant nombre d’artistes. L’une des deux a été inconnue. Excepté de son entourage et de spectateurs de cirque. Une artiste restée dans l'ombre. Contrairement à l’autre qui a été très connue. Même considérée comme une artiste phare de la France. Encore aujourd’hui où l'une de ses chansons doit faire l’ouverture d’un événement international de très grande importance. Sa voix habitée continue de faire vibrer nombre de français et de françaises. Et des oreilles par delà nos frontières. Une chanteuse connue dans le monde entier.
Quel est le lien entre ces deux femmes ? Sans doute plusieurs éléments à relier ces deux êtres ayant eu une grande intimité. Entre autres le lien du sang. La grand-mère et sa petite-fille. L’une est issue de tribu berbère de l’autre côté de la Méditerranée. Mais elle est née en France à la fin du 19e siècle. Comme sa petite-fille Édith. Chacune dans un siècle différent. Édith est née au début du vingtième siècle. Son histoire a été écrite, réécrite, à travers de nombreux livres, documentaires, et fictions cinématographiques. Une histoire où se mêle l’intime et l’inconscient collectif de tout un pays. La trajectoire brûlante d’une femme surnommée la « Môme Piaf ».
Aïcha et Édith ont vécu ensemble quelque temps. Certains affirment que la grand-mère ne s’est pas du occupée de sa petite-fille. Ou très mal. D’autres ne sont pas du d’accord avec cette version. Mais le temps est passé. Chacune se trouvent dans l’au-delà. Mortes et enterrées sur leur territoire français. Inhumées sous le ciel où elles ont vécu, souffert, jouit, créé, etc. Malgré leurs dépouilles reposant dans la terre de la « douce France, le sang ayant coulé dans leurs veines pose encore problème aujourd’hui. De quel façon ? Un problème à travers le corps d’une femme vivante. Qui est-elle ? Aya Nakamura, une chanteuse ; elle doit interpréter une chanson de la « Môme Piaf » pour l’ouverture des Jeux olympiques 2024. Et ça pose un souci qui ricoche sur la toile et les autres médias. Avec de nombreuses attaques contre sa personne. Dons plusieurs d'une extrême-violence verbale. Remise en question de son talent d’interprète ?
Ce ne serait pas un souci. On peut ne pas du tout l’apprécier comme chanteuse. C’est le lot de tous les artistes d’être critiqués. Leur travail peut déplaire. Toutes les œuvres d’artistes, quels qu’ils ou qu’elles soient, sont critiquables. Sans doute que les chansons de la « Môme Piaf » ne plaisaient pas à tout le monde à son époque. Guère un hasard si elle n’a pu bénéficier d’une grande messe à l'église et un hommage national. Pourquoi une inhumation sans grandes pompes comme Johnny et d’autres stars ? C’était à cause de ses « mœurs dissolues ». Revenons à la chanteuse du jour. Le souci n’est pas lié à son talent. Je répète : on a tout à fait le droit de la critiquer en tant que chanteuse et même s’interroger sur le choix artistique de lui donner le « micro d’ouverture des JO » en chanson. Chacun chacune aurait vu peut-être quelqu’un d’autre. Mais, qu’on l’apprécie ou non, le choix officiel s’est porté sur cette chanteuse. Un interprète très appréciée notamment de beaucoup de jeunes issues des milieux populaires ; les même origines sociales que Édith Piaf. Quel est alors le problème pour un certain nombre de regards ?
Sa couleur de peau. Et son sang qui serait en quelque sorte impur aux yeux de certains. Une espèce de contrôle artistique au faciès ? Pas le bon sang de France ? Des questions qui peuvent se poser. Pourtant son sang mêlé d'ici et d'ailleurs est semblable à celui ayant coulé dans les veines d'Aïcha et d’Édith. La grand-mère et la petite-fille. Deux femmes artistes, nées et mortes en France. Mais ni l'une ni l'autre avec du « sang pur » : le nouveau passeport français sous la peau qu’une minorité - un jour, la majorité ? - rêve d’imposer. Dans quel but ? Filtrer la République. Pour ne pas laisser passer un sang impur - impureté à leurs yeux fermés sur la beauté multiprises du monde. Trouvant indigne de la France tout ce qui ne leur semble pas pur. Comme le sang d'une chanteuse très populaire morte en 1963 ?
Laissant des traces dans son sillage. Une émotion intemporelle gravée dans les mémoires. Son « sang impur » a abreuvé les sillons de dizaines de millions de disques. Pour le bonheur d'oreilles de France et partout sur la planète. Avec sa voix d’ici et d'ailleurs. Ses mots ne s'arrêtent pas aux frontières. Ils voyagent sur toute la surface du globe. Une ambassadrice porte-chant des femmes et des hommes qui ont un cœur d’humanité. Comme sous la poitrine de son histoire blessée. Une femme qui a brûlé ses ailes fragiles sous le ciel de Paname. Elle nous a légué sa voix unique. Un grand merci à une chanteuse au talent planétaire. La « Môme Piaf » continue d'irriguer les sillons du présent.
Avec sa voix universelle.