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Billet de blog 12 juin 2024

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De notre bêtise...

J’ai raison. Pourquoi avez-vous raison ? Parce que j’ai raison. Pourquoi ? Parce que j’ai raison. Mais pourquoi ? Puisque j’ai répondu, on peut donc passer à la deuxième question. Pourquoi ce refus de répondre à la question de « pourquoi vous avez raison » ? Parce que je refuse de répondre. Pourquoi ? Parce que je refuse de répondre.

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                    J’ai raison. Pourquoi avez-vous raison ? Parce que j’ai raison. Pourquoi ? Parce que j’ai raison. Mais pourquoi ? Puisque j’ai répondu, on peut donc passer à la deuxième question. Pourquoi ce refus de répondre à la question de « pourquoi vous avez raison » ? Parce que je refuse de répondre. Pourquoi ? Parce que je refuse de répondre.  Quelle est la raison de votre refus de réponse ? On peut passer à la prochaine question.  Pourquoi voulez-vous passer à la prochaine question ? Parce que j’ai déjà répondu à la deuxième. Pourquoi avoir dit la prochaine question au lieu de la troisième ? Parce que…

*

              Les ??? souffrent plus que les ???  Non. Les ???  souffrent plus que les ???. Extrait d’un débat télé.  Dans la saga de la  course à qui souffre le plus. Qu’il s’agisse d’une population ou d’un être. Avec comptabilité à l’appui. Pas mal de temps qu’on assiste à ce genre d’échange. Que ce soit à la radio, sur des plateaux télé, dans les transports en commun, sur un bord de comptoir, sous son toit… Rien de nouveau donc.   Si ce n'est que  désormais, il y a un changement d’importance. Lequel ? Tout le pays va souffrir. Une souffrance sans discrimination.

*

        Vous êtes ici. Désolé, mais ce n’est pas exact. Comment ça, vous n’êtes pas ici ? Non. Vous êtes quoi alors ? Je suis là. Mais c’est bien stipulé sur votre bio. C’est une erreur. Jamais je n’ai été ici. Vérifiez vous sources avant d’interviewer quelqu’un. Pourtant, certains  vous qualifient de ici. C’est normal. Comment ça ? Je vais vous expliquer. Les ici et les là sont des adversaires. Je ne comprends pas. Quoi ? Vous êtes bien des ici et là ? C’est une vieille histoire. Je vais vous expliquer… Ça suffit !

*

          Votre roman est très sexiste. Pourquoi ? Pas une seule femme ne prend la parole. Ni aucun LGBT. Vous êtes resté dans une fiction très normée. Mais il n’y a pas du tout de dialogues dans mon roman. Ce n’est pas une raison. Je ne comprends pas où vous voulez en venir. C’est simple pourtant. Le silence a un sexe. Et même un genre. Comment arrivez-vous à décrire  le sexe du silence ? On voit bien à la lecture de votre texte que vous avez voulu donner la part belle au masculin. Même vos silences sont masculinisés.  À mon avis, vous n’avez pas lu mon… Si, je l’ai lu dans les détails. C’est bizarre votre lecture. Pourquoi ? Pas un seul personnage de l’espèce humaine dans mon roman.

*

       Vous n’êtes pas français. Mais c’est écrit sur ma pièce d’identité. Non. Mais vous le voyez bien puisque vous l’avez entre vos mains. Vous croyez à ce qui est écrit ? Oui, bien sûr. Vous êtes d’une grande naïveté. Je sais juste lire. Bien, bien… Alors que lisez-vous là ? Police nationale. C’est en effet ce qui est écrit. Vous avez contrôlé mon identité. Je suis en règle avec la loi. Est-ce que je peux partir ? Bien sûr. Mais sans votre pièce d’identité. Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas français. C’est écrit. Vous croyez à tout ce qui est écrit. Je vais me plaindre. Nous sommes prêts à prendre votre plainte. Quand ? Quand vous voulez. Mais une chose est importante pour le dépôt de cette plainte. Laquelle ? Impératif de venir avec votre pièce d’identité.

*

      Un Premier ministre en visite dans une école de la deuxième chance. Visiblement, certains élèves mécontents de s’y trouver. Ici, vous ne serez pas tout le temps sur vos portables. Vous allez voir que c’est bien d’en être sevrés. Ça vous fera un grand bien fou de ne pas être tout le temps sur vos portables. J’ai souri intérieurement en regardant la vidéo. Me remémorant une scène qui s’était déroulée quelque temps auparavant. Dans quel lieu. À l'Assemblée nationale. Le même Premier ministre était penché sur son portable pendant les questions des députés. Un message urgent ? D'une extrême importance. Le Premier ministre montrait la photo de son nouveau chien. 

*

         Vous ne m’avez pas tenu la porte. Ce n’est pas la fin du monde. Facile comme réponse. Et si je vous avez fait la même chose, comment vous auriez réagi ? On vit vraiment une période d’incivilités. Les gens n'ont plus aucune valeur morale.  Mais… Il n'y a pas de mais. Vous pourriez au moins vous excuser. Ce serait la moindre des choses. Je refuse de m’excuser. Et pourquoi ce refus d’excuse. Je suis aveugle. Prouvez-le-moi. Vous n’avez pas de canne blanche. Je fais ce que je veux chez moi. Comment ça ? Vous êtes chez moi, Cher Monsieur. Mais je ne suis bien au 12 de la rue ? Non. Au 14. Vous devriez changer vos lunettes.

*

         Pas un métier de femme. Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Conduire un camion, c’est un métier d’homme. Surtout en transport international avec de très gros bahuts. Je vous assure qu’avec moi, vous aurez un vrai chauffeur. La patronne de la société de transports le dévisage. En effet, j’ai lu votre CV. Vous avez une très bonne expérience. J’ai d’ailleurs travaillé dans plusieurs des sociétés où vous étiez en poste. Incroyable ! Mais je vous ai jamais vue dans les bureaux. La patronne  esquisse un sourire. Normal puisque je conduisais des camions. Bon, je vais étudier votre candidature. À très bientôt. 

        NB : Premiers fragments d’une série de fictio-réalité  autour de notre « absurde contemporain ». Une grosse matière. Des sortes de micro-caricatures de notre époque parfois très pathétique.  Notre siècle n'en a pas la monopole. Sans doute que chaque époque a généré sa bêtise systémique. Personne n’y échappe. Parfois, nous pouvons être risibles, même dans nos indignations et combats légitimes. Se moquer des autres et de soi est une bouffée d’oxygène pour tout le monde. Surtout par les temps qui courent vers le mur... de la connerie de notre espèce.

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