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C'est un peuple qui a souffert. Beaucoup plus que tous les autres réunis. La plus ancienne souffrance. Elle continue. La plus longue souffrance du monde. Celle de votre peuple ? Non. La souffrance du mien ? Non plus. Si vous connaissez ce peuple ? Bien sûr. Impossible de ne pas le connaître. Même si ce n’est pas un peuple au sens habituel. Sa présence sur terre remonte à la nuit des temps. Une population ici-bas depuis la naissance du monde. Quelle est sa localisation géographique ? Aucune. Un peuple partout sur la surface du globe.
À quoi le reconnaît-on ? C'est très difficile. Car c'est une population semblable en apparence à toutes les autres. Avec la même proportion d’intelligence et de bêtise qu’ailleurs. Pareil pour la beauté et la laideur. Quoi que ces deux aspects sont en réalité d’ordre très subjectif. Ce qui est beau pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Même si la beauté comme l’intelligence sont souvent soumis à des canons et à des critères. Pas les seules similitudes avec d’autres populations. Dont un don commun à tous les habitants et habitantes de la planète. Lequel ? Le don de l’imperfection.
Inutile donc de mettre cette population sur un piédestal. Pas pire ni meilleure. Banalement humaine. Avec bien sûr son cortège de petites et grandes mesquineries, de jalousies, de mensonges, de traîtrises, et autres saloperies en magasin de notre humanité. En termes de cruautés, l'espèce humaine est championne toutes catégories. Plus forte que tous les animaux qualifiés de bêtes sauvages et féroces. Même les pires des prédateurs du règne animal n'ont pas réduit ses congénères en esclavage, massacré à cause d'un dieu, déporter des millions d'êtres dans les camps de la mort, balancer deux bombes atomiques, envoyer au Goulag, épurer au Rwanda... La liste n'est pas exhaustive. Et elle continue de se remplir.
Notre espèce est-elle la pire ordure de la l’univers ? Doit-on la balancer à la poubelle pour libérer la terre de son pire prédateur ? Non. Tout n’est pas jeter de notre humanité. Elle n’ a pas que des aspects sombres. Même si elle a fait beaucoup souffrir et humilié nombre de populations. Dont celle évoquée à travers ce billet. Malgré tout ce qu’il a subi, ce peuple n’a jamais baissé les bras. Ni le cerveau et le cœur. Toujours sur le pont. Indéniable que c’est une population qui a beaucoup contribué à l’humanité. Et dans nombre de domaines. Indispensable.
Toutefois impossible de ne pas évoquer la souffrance de ce peuple. Inséparable de son histoire. La violence inscrite dans sa chair. Certes, la marchandisation de la souffrance est très côté en ce moment. Certains membres de peuples différents, des minorités, des individus, cherchent à tirer la couverture doloriste à eux. Pour concourir à la course de la « souffrance la plus forte ». Le plus souvent, c'est une douleur réelle. Mais toujours exploitée à des fins de pouvoir, dont celui d’être incritiquable. Ce qui à mon avis ne me semble pas être le cas de cette population. Très nombreuse. Sa douleur fissure le monde en deux. Même si parfois, elle la maquille. Pour camoufler sa douleur.
Un peuple qui a mal depuis bien longtemps. Trop. Longtemps silencieux avant de se mettre à parler. D’abord à voix faible. Puis un peu plus fort. Sans hausser le ton. De plus en plus fort. Jusqu’à hurler. Gueuler sa douleur à la face du monde. Que toute la planète écoute la souffrance si longtemps tues sous des centaines de millions de poitrines. Un hurlement avant le combat. Celui d’un peuple. Une lutte de libération. Mais aussi pour toute l’humanité. Et un monde meilleur pour tous les individus et les peuples du globe. Quelle est cette population en résistance planétaire ? Sans doute l’avez-vous deviné.
Le peuple des femmes.