Mèrechandisation ?

«Ici location-ventre». Certains corps bientôt négociés comme dans une agence immobilière ? Des couples, surtout les plus argentés, pourront louer «la première chambre» de leur enfant à venir. Ma fille ou mon fils sortira de ce ventre. Choisir sur catalogue le nouveau né de ses rêves. Le ventre de la femme: nouvelle ressource mondiale à exploiter ?

         

Eliette Abécassis s'oppose à la GPA dans son livre Bébé à vendre © lesvidéo d'actu

              Pour ou contre la GPA ? Je ne sais plus. Qui a raison ? Qui a tort ? Au début j’étais pour. Une belle avancée pour les femmes ne pouvant avoir d’enfants. Et aussi pour les couples d’homosexuels souhaitant devenir parents. « Pourquoi avoir recours à ce procédé alors qu’il y a tant de gosses à adopter. Encore un truc pour que des mecs se fassent du fric sur les plus pauvres. On en revient au moyen-âge avec les serfs. Quel recul juste pour le profit de quelques-uns. ». L’un des arguments d'un copain, très remonté contre ce procédé, qui m’avait fait quelque peu douter. Mais finalement pas assez pour me pousser à passer du côté des contre. Puis, comme beaucoup sollicité par de si nombreux sujets, je suis passé à autre chose. Une question de société effaçant une autre sur le fil de l'AFP et de notre quotidien. Et je dois avouer que la GPA n’est pas du tout ma priorité. Tant de problèmes plus urgents en France et sur la planète... D'autres préoccupations plus importantes. Jusqu’à cette interview de Éliette Abecassis. Elle et le copain qui ont raison ?

         «Ici location-ventre». Le corps de certaines femmes bientôt négocié comme dans une agence immobilière ? Des couples, surtout les plus argentés, pourront donc louer «la première chambre» de leur enfant à venir. Mon fils ou ma fille sortira de ce ventre. Choisir sur catalogue «le nouveau né de ses rêves. Presque tout s'achète et se vent. On a creusé la terre pour y extraire du charbon. Sans se soucier des hommes et des gosses au fond de la mine. Puis essoré le sable et les mers pour le pétrole. Peu importe les hommes, l’environnement, la faune, et toutes les guerres générées par cette course aux hydrocarbures. D'abord combien ça rapporte. Le reste étant non prioritaire. Le ventre de la femme, toutes proportions gardées, deviendrait-il à son tour une nouvelle ressource mondiale à exploiter ? Une question à se poser. Surtout quand on voit les trafics de ventres déjà en place dans plusieurs pays. Un trafic prospérant sur le terreau de la misère. Notamment des «ventres délocalisés».

        Bien sûr il y a de très beaux exemples de GPA réussis. On ne peut que s'en réjouir pour les parents et les enfants. Des exemples d'anonymes ou celui très médiatisé d'un animateur télé et de son compagnon. Visiblement leurs deux filles ont eu la chance de tomber sur une très bonne famille. Toutefois indéniable qu’ils font partie des privilégiés. Tant mieux pour eux et leurs deux filles. Une vie qu’on souhaite à la majorité des gosses de cette planète. Loin d’être le cas… En tout cas la même loterie familiale que pour n’importe quelle famille. GPA ou naissance classique, on ne choisit pas ses parents. À propos de choix, l’une des problématiques se situe aussi à ce niveau. Seuls celles et ceux ayant un bon compte en banque pourront se «payer» un enfant. Et les autres, sans le sou, consulter le catalogue de «ventres à louer» sans possibilité de s’offrir la vie de famille dont ils rêvent. Liberté, Égalité, Fraternité. Mais GPA que pour les plus nantis. Guère un scoop que le fric peut quasiment tout acheter. Désormais le ventre des femmes. Surtout les plus vides.

      Les pour et les contre continuent de polémiquer. Et il y a ceux qui, dont je fais partie, ont du mal à se prononcer. Qui suis-je pour parler au nom des femmes ? Elles font ce qu'elles veulent (ce qu'elles peuvent ?) de leur corps. Volonté de certaines femmes ou ventres bradés sur l'autel de la misère ? Créer des règles juridiques et éthiques pour réguler la «location de son ventre pour un tiers» ? Interdire complètement la GPA? Ça polémique sec en ce moment. Pour ou contre ? Heureux les indécis ? Ça ne dure pas longtemps. Il faut choisir à un moment ou l’autre. Au moins par défaut. Même si on sait que notre opinion ne pèse pas lourd dans la balance. Et qu’elle est souvent peu documentée et très intuitive. Mais pas une raison de ne pas la partager à qui désire la lire ou l’entendre. Frotter des visions différentes. Donner son avis au comptoir est un de nos sports les plus populaires. Une multitude de commentateurs de bar disant tout et son contraire. Bon sens, générosité, haine, cohabitant parfois dans la même bouche. Sans oublier la poésie de quelques pépites de bistrot. Bloguer ou commenter sur la toile remplace sans doute en partie le lever de coude à l’heure du café ou de l’apéro. Refaire le monde d'écran en écran ou sur un comptoir enflammé. Qui ne l'a pas fait ? Même en donnant des opinions qui ne tiennent pas du tout la route. Suffit s’écouter certains, qualifiés de représentants de l'élite, pour se dire que nos échanges du bar du coin ou sur tweeter n’ont pas le monopole de la connerie. Revenons à notre sujet du jour. La GPA est-elle un recul ou une avancée ?

     L’interview d’Éliette Abecassis me fait vraiment douter. Contrairement à ce billet d’humeur, elle a des arguments étayés et une projection sur les effets dévastateurs de la GPA. De quoi se mêle-t-elle ? Pas une scientifique ni une politique. Les écrivains et artistes en général, leur regard légèrement sur le bas-côté de la société, nous proposent de faire évoluer notre point de vue sur tel ou tel sujet. Parfois nettement plus en profondeur que des journalistes liés à l’actualité par des liens professionnels qui peuvent les enfermer dans une vision mécanique et répétitive. L’assurance des techniciens de d’actualité. Pour ça qu’il me semble intéressant d’écouter la voix de certains artistes, des piliers de comptoir, ou lire des commentaires sous les articles des journalistes. Tendre l'oreille aux non professionnels de l'info. À-t-elle plus raison que les politiques et scientifiques ? Je n’en sais rien. Toutefois elle a le mérite de semer du doute dans les crânes. Et c’est salvateur en ces temps de «moi je détiens la vérité et sais pour les autres». Elle rappelle aussi que le fric carnassier, celui qui dévaste les peuples et la planète, cherche toujours plus de débouchés pour engranger et s’étendre. Son appétit jamais rassasié. Et sa morale est encore plus et le plus vite possible. Avec le profit pour seul horizon. Comme avec les petites mains des gosses confectionnant des jouets ou creusant dans les mines de cobalt pour nos portables. Pourquoi pas aussi le ventre de leurs mères.

    Contre ou pour la GPA ? Cette interview (pas encore lu l’essai) me fait peu à peu basculer du côté des anti. L’auteure, très engagée contre, anticipe sur ce qu’une bonne idée - généreuse - peut devenir quand des hommes et des femmes de chiffres décideront (les investisseurs ont déjà pris des parts de ce nouveau marché) de s’en occuper. Business is business. Le trafiquant de base faisant du trafic de ventres au coin de la rue pour s'acheter une nouvelle bagnole de luxe. Et ceux, en haut de l'échelle de la marchandisation, industrialisant les utérus comme n’importe quel autre produit rentable. Tous, dealers de ventres de bas étage ou dans les hautes sphères de l’économie, ont un point en commun: s’en mettre plein les poches sans se soucier des femmes et des gosses à venir. L’auteur de l’essai nous l’explique très bien. Est-elle catastrophiste ? Réactionnaire contre les progrès scientifiques ? Ma première impression n'est pas d'avoir affaire à une rétrograde voulant nous replonger au temps des cavernes. Mais la lecture de son livre doit sans doute apporter plus d'éléments qu'un passage radio. En tout cas, pour celles et ceux qui le souhaitent; à nous de fouiller les dessous de cette GPA pour avoir plus d’éléments susceptibles de nous éclairer. Aller plus loin que le bout de notre nez virtuel ou certitudes bien-pensantes. Penser aussi contre soi. Et tenter de comprendre.

     Écouter les pour et les contre.

NB : Peut-être aussi lire ou relire une superbe conférence de Marcel Cohen pouvant apporter un autre point de vue sur la marchandisation des corps et du reste. Le texte «À des années lumière »traite entre autre de ces nouvelles «ressources humaines». Une conférence très simple -sans être simplificatrice - et d’une grande profondeur. Sans oublier une part de poésie.

    

 

 

 

             

           

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.