La Pousseuse d'eau

Large sourire en une du journal. Celui d’une comédienne et présentatrice de télé. Elle a écrit un livre. Classique geste de communication quand on a quelque chose à vendre. Elle décline entre autre les lieux qu'elle fréquente dans sa ville. Pas le premier ni le dernier article évoquant le quotidien urbain des «vus à la télé». Quel est ce magazine people ?

 © Marianne A © Marianne A
       

            Large sourire en une du journal. C’est celui d’une comédienne et présentatrice de télé. Elle vient d’écrire un livre. Classique communication quand on a quelque chose à vendre. Rares les auteurs et autres artistes refusant de jouer le jeu de la promotion. Un jeu apprécié ou pas mais qui ouvre des portes et peut remplir son frigo. L'auteure décline les lieux où elle se rend dans sa ville. Pas le premier article ni le dernier papier sur le quotidien urbain des «vus à la télé». Généralement avec plus ou moins de retombées économiques et médiatiques pour les commerces évoqués. Des riverains, pas vus à la télé, seront heureux de fréquenter le même lieu que tel ou tel personnalité connue des médias. Parfois quelques-uns s’y rendent juste pour croiser et partager le même mètre carré d’oxygène que le people. « C’est quelqu’un de vachement sympa et très simple. Jamais à se la jouer. ». Les propos d’un copain de cette ville me montrant d’un index discret une star du cinoche. Je ne l’avais pas reconnue. En effet, elle correspondait à sa description. Pour résumer: une commune où il fait bon vivre pour ses habitants. Avec toutes sortes d’endroits très agréables à fréquenter. Et moult activités sportives et culturelle à pratiquer. Quel est ce magazine people ? Gala ou un autre hebdo sur papier glacé ?

    C’est le journal municipal d’une ville du 93. Je n'ai pu réprimer un sourire en lisant l'article. La ceinture rouge et ouvrière a bien changé de look. Toutefois il est important de remettre l’article dans son contexte. Ce bimensuel ne traite pas uniquement d’une partie de la population étiquetée sous le terme de «Bobo». Il évoque aussi la vie d’autres habitants et met en lumière des initiatives de terrain par des citoyens non médiatisés. Très loin de n’être que la ville des start-uper et intermittents du spectacle. Suffit de consulter la liste d’attente à rallonge des demandeurs de HLM pour s’en rendre compte. Plus d’autres difficultés auxquels les employés municipaux, de la voirie ou d’autres secteurs, sont confrontés au quotidien. Quel pourcentage d’imposés sur la fortune se soignant en centre de santé municipal ? Nous ne sommes pas à Neuilly ou Passy. Pourquoi alors se focaliser sur un papier finalement sans grand intérêt ?  La catégorie d'article qui s’autodétruit normalement après lecture. Ce qui se serait produit sans la scène qui a suivi. La rencontre avec une autre habitante de la ville.

        Juste après avoir reposé le bimensuel sur le comptoir et être sorti du café. Froid mordant sur un quartier où j’ai vécu de nombreuses années. Dans ma ville natale quittée depuis une vingtaine d’années. Je passe devant un des commerces cités par la comédienne. Qui je croise ? Une célébrité ? Un vieux pote ? Non. Une autre réalité de la ville. Elle passe lentement, très lentement, à quelques centimètres de la vitrine fort bien décorée et avec des affiches de spectacles. Une fille de dix sept-dix-huit ans qui pousse une sorte de caddie avec deux énormes bidons remplis d’eau. Elle a un mal fou à avancer sur le trottoir. Télescopage de deux mondes. Du papier presque glacé à la réalité glaçante. Je ne peux m’empêcher de penser à ce que je viens de lire. Évident que la comédienne n’est nullement responsable de la misère de cette gamine. Bien vivre ne rajoute pas à la douleur du monde. Essayons d’être heureux ne serait-ce que pour donner l’exemple, écrivait Prévert. Sûrement qu’elle est aussi très indignée de croiser une gosse de rues peut-être du même âge que ses enfants. La comédienne et cette gamine ont un point en commun: toutes les deux vivent sur le même territoire. Qui rédigera un article «Ma ville à moi» de cette jeune fille ? La suivre dans son périple quotidien. Raconter la ville de la Pousseuse d’eau.

       Où va-t-elle ? Sans doute regagne-t-elle un squat dans un lieu en suspens. Une friche urbaine en attente de récupération par un promoteur immobilier. Dort-elle sous une tente ? L’eau à peine déposée, elle ira au marché. Pas pour y faire des emplettes. Elle étalera son stand sur le marché que certains nomment d’un raccourci « Marché aux voleurs». Nombre d’objets, fringues, etc, s’y vendent. Et très vite. Le plus vite possible. Comme les traders à la Bourse. La grande différence est que les transactions de ce marché se font avec de l’argent visible. Ici, à ras du sol; quelques euros de plus pour survivre moins mal la journée ou la semaine. Rien à voir avec les enjeux des places boursières. Enfonçage de portes ouvertes ? Qui n’a pas croisé ces poussettes sans bébé mais avec eau, bouteille de gaz, vêtements, etc. Loin d’être un scoop. Une raison pour ne pas l’évoquer une énième fois ? Même si ça ne changera en rien l’existence pourrie de la « Pousseuse d’eau». Et celle de milliers d’autres comme elles venus d’Europe de l’Est ou de Méditerranée. Plus tous  ceux nés ici qui se battent pour survivre. Les ombres des grandes ville et leur périphérie. Gala croisant de loin en loin la galère sur le même trottoir.

      Extérieur nuit de l’autre côté du Pérife. Un beau quartier de la capitale. Des sons se rapprochent. De plus en plus fort. Une bande de jeunes d’une trentaine d’années dans un car roulant au pas. Des jeunes filles et garçons qui boivent et dansent. Beaux sourires et regards «Happy hour» comme nombre d’autres de la même génération qu’eux un samedi soir. Ils font des signes amicaux derrière les vitres de leur boite de nuit mobile. Pas radins de leur joie. Je n’avais jamais vu ce genre de bus nocturne. Ils ont l’air de bien s’amuser. Des touristes ou des parisiens ? Dans les deux cas une jeunesse avec un bon portefeuille. Sûrement très cher ce très lent voyage dans les zones huppées de la capitale. Néanmoins très sympa de croiser des jeunes en goguette nocturne. Ils ne risqueront pas de finir leur soirée incarcérés dans un linceul de ferraille. Et qui je vois arriver sur la même avenue ? Une autre réalité de la Ville Lumière. Cette fois sous les traits d’un trentenaire.

      Sans caddie ni poussette bricolée. Avec juste un sac à dos. Un français de souche rajouteraient d’aucuns pour le décrire. Il s’est agenouillé sur le trottoir. Les sons et lumières de la discomobile s’éloigne sur l’avenue. Je passe devant lui. Il a réussi à soulever une sorte de trappe métallique sur le trottoir. Après la Pousseuse d’eau, le Leveur de trappe. Donne-t-elle sur les égouts ? Une bouche d’aération ? Un local technique pour canalisations ? L’homme glisse la tête et inspecte l’espace sous le bitume. Vraisemblablement un repérage pour y passer la nuit. Dormir à l’abri d’une agression ou du regard à uniformes sillonnant les rues. Je continue mon chemin. Que va-t-il faire ? Je me retourne. Il a disparu du champ. Caché sous les pas des fêtards parisiens ou provinciaux en visite ? Dormira-t-il en compagnie de rats ? Sur la belle avenue de l’Opéra. Sa nuit très proche du Palais Garnier. Près d’un lieu prestigieux avec d’autres petits rats. Lui dans le premier rôle d’un opéra noir pour sans dents.

     Leveur de trappe ou discomobile ? Quelle jeunesse privilégierait la presse municipale parisienne. Y a pas photo comme on dit. Ou plutôt si, y a photo : en une celle des jeunes fêtards dans leur boîte mobile. Le trentenaire au sac à dos laissé dans les oubliettes de Paris. Qui jettera la pierre en cette ère de communication à une municipalité mettant le focus sur une artiste « vue à la télé» ou une jeunesse dorée ? Mettre en une la misère existante sur son terrain d’élection c’est se tirer une balle dans le pied de sa réélection. Être maire d’une petite ou grande commune» équivaut à piloter un bateau avec des avaries permanentes. Colmater sans cesse pour ne pas sombrer. Surtout en cette période d’accumulation de pauvreté à ciel ouvert. Aucun photographe de la ville de Paris ne prendra de cliché du Leveur de trappe. Les communicants préfère se nourrir de lumière que d’ombre. Et l’électeur a une préférence pour les belles images. La com plus forte que les convictions et l’indignation ?

     Critiquer ces jeunes polluant la ville avec leur discomobile ? Leur foutre le nez dans les égouts du monde moderne ? Les faire descendre de leur car pour visiter une autre ville que celle vendue par les vendeurs de cartes postales ? Comme la comédienne de l’autre côté du pérife, ils ne sont pas responsables. Ces jeunes n’ont pas créé la Pousseuse d’eau et le Leveur de plaque. Culpabiliser et s’empêcher de vivre ne changera rien à l’affaire. Mais il n’est pas interdit de constater qu’on porte moins d’intérêt à un homme ou une femme en galère sur les trottoirs de sa ville qu’à la couche d’ozone. Plus facilement culpabilisé par son urgence à elle que celle des contemporains à la rue. L’idéal serait de s’intéresser autant à la couche d’ozone qu’aux ombres urbaines. Certes plus facile d’être empathique avec la couche d’ozone. Pas elle qui tend la main à tous les coins de rue. Elle ne fouille pas dans les poubelles devant chez soi et ne laisse pas non plus des papiers gras sur la voie publique. Aucun ours polaire ou représentant d’une espèce en voie de disparition ne pisse devant notre portail. La pétition «L’Affaire du siècle» a fait environ 1,6 millions de signatures. Et tant mieux. Comme toutes les actions individuelles et collectives pour tenter de sauver la planète. Combien de signatures pour les innombrables pétitions «Un toit pour tous» ?

      Étrange traversée de la ville lumière. Avec en écho une lueur dans les yeux d’un gosse qui a perdu. Il a longtemps sillonné Paname en rêvant de changer la vie et transformer le monde. Ne reste plus que le U de son utopie. Les quatre dernières lettres remplacées par Ber et ses vitres teintées. Proposer au Leveur de plaque de fracturer des portes de bureaux vides pour y dormir ? Le gosse sous ma peau piaffe d’impatience. Il est resté en colère. Plus la même que celle m’habitant désormais. Une colère devenue moins réactive. Se battre contre l’empire du fric et la société du spectacle ? C’est fait. Les deux ont gagné. Que faire alors de son échec ? Vieillir du mieux possible dans son coin ? S’occuper de son jardin et de ses proches ? S’abonner à des magazines engagés et signer des pétitions ? Manifester ? Voter ? Regarder des films de fiction ou documentaires avec du sens ? Anesthésier sa révolte dans la course à pied ou à grandes doses d’alcool ? Se plonger dans la poésie ? Suivre le vol des oiseaux ? Une série de questions que nous nous posions avec un vieux copain; lui aussi a quitté la ville et, après le boulot alimentaire, passe de plus en plus de temps avec son piano. Un fils de pauvres qui a décidé de se privilégier- pour une fois- à soixante ans. Comme beaucoup d’autres de son âge. Fort heureusement, en France et partout dans le monde, issues de toutes classes et âges, nombre d’indignations continuent d’éclore et donner des fruits. De beaux fruits de révolte. Je gamberge, je gamberge… En attendant, j’ai raté le dernier métro. Trop d’images en quelques jours. Ça confusionne sous mon crâne. Décidément le cocktail « Ville Nuit» me joue des tours. Quelle rue prendre pour rentrer ? Je m’arrête face à la vitrine d’une banque. Deux hommes dorment devant l’entrée. Un corps à deux têtes. Rien ne ruisselle sur leur matelas de fortune. Je tourne la tête à gauche et à droite. Prêt à traverser Paname. Revenir par la rue des perdants ou des perdus ?

      Retour intérieur matin 93. Dans un bar de la ville de la comédienne et de la Pousseuse d’eau. « Tout ça c’est les Bobos ! ». Nul besoin de tendre l’oreille pour entendre les propos du couple. Je les connais de vue. Un homme et une femme croisés depuis mon adolescence. Nous nous sommes jamais adressés la parole. Chacun sur les rails de son histoire. Des gosses de prolos devenus sexagénaires dans une ville leur échappant. Comme mis sur le côté. Avec la sensation que l’époque leur échappe aussi. Pris dans la tenaille du mépris-humiliation resserrée depuis quelque temps. Ils n’en veulent pas qu’aux Bobos. Les barbus voulant islamiser leur quartier d’enfance en prennent aussi pour leur grade. Ils ne supportent plus du tout la prédominance des boucheries halal autour de chez eux. Qui les fera quitter cette ville qu’ils aiment et détestent avec quasi la même énergie ? Les intégristes de l’islam ou les Bobos de la société du spectacle ?  Le couple se sent coincé entre ceux qui ont du fric, une existence plus choisie qu’imposée, et les obscurantistes nourris  à l’islam cathodique de la télé-réalité. Sans oublier les identitaires d'extrême-droite ne voyant pas plus loin que le bout de leur souche. Plus les vieux copains qui font chier. Parce qu’on les connaît par cœur. Et inversement. La promiscuité pollue-t-elle plus rapidement les amitiés très anciennes ? Sûrement la même érosion que dans les vieux couples. L’érosion ordinaire. S’accélère-t-elle plus quand la vie est dure ? Plus usés ceux qui ne peuvent pas déplier leurs ailes ? Difficile à dire. Sauf en croisant tel ou tel regard. La fureur de vivre remplacée par la fatigue de survivre sur certains visages. Mais beaucoup reste toujours debout et évite les raccourcis de notre époque de confusion. La rancune contre les Bobos a pris le pas ce jour là sur toutes les autres.

     Le ressentiment contre les nouveaux arrivants des villes en périphérie parisienne est-il semblable à celui contre ceux qui se prénommaient Carlos, Lino, Mohamed, Mamadou, Rachel, Fatima, etc, ? Tous ces métèques venus manger le pain de vrais français. Des vagues d’immigration au gré des périodes historiques. Nombre de Bobos que le couple rhabille pour l’hiver sont là depuis plus d’une trentaine d’années. Seront-ils dignes d’être de la ville qu’en devenant résidant au «Boulevard des allongés» de la commune». Ne pas oublier non plus que la majorité de ces nouveaux arrivants n’avaient plus assez de moyens ( pas des miséreux) pour rester à Paris. Beaucoup ne rêvaient pas d’une installation dans des villes à la mauvaise réputation. La plupart étaient des artistes ayant par la suite tissé beaucoup de liens dans les quartiers. Bien entendu ils n’ont pas eu les mêmes conditions de départ et douleurs vécus par les immigrés venus d’autres pays. « Les Bobos sont en quelque sorte des pieds-noirs de proximité. Ils veulent les territoires de nos enfances et nous contraindre à vivre comme eux. Des missionnaires venus en quelque sorte civiliser les beaufs que nous sommes pour eux. ». C’est la réflexion d’un copain sur le sujet. Lui est très remonté. Avec un sentiment de dépossession. Autant sur le plan moral que matériel.

     Indéniable que l’arrivée de plusieurs «vagues bobo» a changé notamment la donne immobilière. Plus leurs us et coutumes et manières différentes d’envisager la vie en ville. Surtout avec l’arrivée récente d’une jeunesse parisienne plus accès sur le fric et le numérique que sur les arts et le social. Des cols blancs consommateurs de services de proximité plus que des créateurs de solidarité. Sont-ils pour autant responsables de l’explosion des prix du mètre carré? Certains bénéficient du système et d’autres en pâtissent. Doit-on basculer pour autant dans le «Ma ville à moi d'abord » ou le refrain des nés quelque part ? Personne, même le plus vigilant et intelligent, ne peut-être à l'abri d'une bascule. Être né dans une ville ne donne pas plus ni moins de droits ou devoirs que tout nouvel arrivant. Revenir toujours à la case doute, même à domicile. Sans pour autant minimiser la cécité de certains nantis installés depuis plus ou moins longtemps. Incapables de sortir de leur pré-carré culturel. Et persuadés de détenir la bonne parole. Pourront-ils dire qu’ils n’ont pas vu la Pousseuse d’eau passer devant leur loft ?

        M’immiscer dans la conversation du couple ? Je descends du tabouret de bar et me ravise. Qui suis-je pour leur donner la leçon ? « Beauf, Bobo… c’est pas beau les étiquettes. Faut être tolérant.». Les mots sont prêts à être dégainés. Mais je suis très mal placé pour l’ouvrir et balancer des sentences et formules tarte à la crème. La critique est plus facile de son clavier. Comme à travers ce texte de blog. Les mots d’un touriste avec toujours un billet de retour. Reparti chaque fois se mettre au vert; loin de la dureté urbaine, loin des comptoirs populaires où l’âge et les difficultés sociales et intimes mêlées pèsent de plus en plus lourds sur la balance face à son miroir, loin de la ville qui ne laisse plus que la chair sur un corps social affaibli et en engraisse un autre se portant déjà très bien…. Paraît que c’est beau une ville la nuit. Visiblement pas pour tous. Plus belle pour les possesseurs des codes d’entrée ? En tout cas plus facile. Mais la beauté sait se frayer d’autres chemins, sans CB bien fournie ni carnet d’adresses. Parfois des rires, des silences, des mots, de très haute volée, dans des lieux excentrés et sans vernis culturel. Une beauté aussi rugueuse qu’élégante qui sait se tenir sans code d’entrée. Aller parler avec le couple ? Évoquer ensemble une ville qu’il connaisse désormais mieux que moi ? Inutile de les emmerder. Eux ne romantisent pas sur leurs premiers pas; ils vivent dessus. Ferme la et retourne à ta fiction. En essayant de parler le mieux possible du monde et notre époque. Sans oublier l'auto-dérision et le rire. Pour ne pas finir prof de yaka ou faukon, désabusé, et tous ces petits ou gros dégâts ébranlant le panthéon de chair et d’os de chacun. En plus le temps n’aide pas à protéger ce frêle édifice. Au contraire. Un panthéon éphémère et unique. Son histoire.

      La roue tourne. Pour tous. Elle tourne souvent sur les mêmes. Notamment sur les gosses d’écrasés qui seront à leur tour écrasés. Six générations pour sortir de la pauvreté, affirme une affiche dans le métro. Une gamine avec un post-it «Pauvre» sur le front regarde les passagers. Pourquoi rajouter une telle phrase et comptabilité ? Comment affirmer qu’il faut six générations ? Sur quelles critères se basent-ils ? Sans doute qu’un technocrate ou un algorithme pourra l’expliquer. Et, si ça ne rentre pas dans nos crânes, insister pour que ce soit compris. La machine ou le communicant a réponses à tout. Même avant la question. Combien de litres d’eau va trimballer la Pousseuse d’eau avant de pouvoir respirer ? Toute son énergie dans les muscles de ses bras. La tension lisible sur son front plissé et vieilli en accéléré. Elle pousse, pousse l’eau de la famille… On l’attend pour se laver ou faire le repas. Combien de générations pour que la Pousseuse d’eau puisse enfin souffler ? S’asseoir et regarder à son tour les autres passer. Sans penser à rien d'autre qu'elle. Comme quelques-uns d’entre nous derrière les carreaux de chez soi ou de vitres de cafés. Bavards ou silencieux. Contradictoires et impuissants. Mais s'efforçant de ne pas être trop indifférents. Comme avec la Pousseuse d'eau. Et tous les autres écrasés dans les villes et villages du monde.

      Patienter six générations pour avoir le droit à son enfance ?

 

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