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« En vérité je vous le dis, [...], ne pas haïr importe plus que l'illusoire amour du prochain. »
« Ô vous, frères humains », de Albert Cohen
Même la haine a eu une enfance. Qu'elle soit bonne ou mauvaise. Parfois, en croisant son rictus sur écran, j’essaye de l’imaginer gosse. Ses premiers pas, sa cour de récré de l’école maternelle, le collège, sa première branlette, ses clopes en cachette, sa première histoire d’amour… Toute cette part de lui se trouve aussi sur son visage, lèvres pincées et écumant de bave à certains de ses propos. Un sujet fait naître une irrépressible jouissance sadique sur ses traits. Quand il évoque une population. Développant des arguments pour la salir aux yeux de l’opinion publique. Avec un désir de la « génocider » ? Je ne crois pas que ça aille jusque-là. En tout cas, on le sent jouissant intérieurement, même à l’idée de gosses transformés en êtres de chair et de gravats sous un immeuble bombardé. Chaque mort de la population haïe semble le faire bander. Pas que les gosses. Une éjaculation de haine à combien de cadavres d’Arabes ?
D’autres ont le même genre de haine. Contre les Juifs. La plus vieille haine récurrente ? Suffit de se promener sur la toile pour constater le grand retour de l’antisémitisme. Et pas uniquement dans les milieux populaires. L’homme évoqué dans ces lignes est loin d’être le seul à haïr une population dans son ensemble ; peut-être quelques exceptions, mais elles doivent s’autoflageller et abonder dans son sens haineux. Il a de nombreux clones ne jouissant que sur la mort ou la destruction de tel ou tel autre. Pas que les Arabes, les Juifs, et les métèques de toute sorte, à se trouver dans le collimateur de ce genre de personnes- publiques ou non. Leur cible peut être les femmes, les homos, les LGBT… La haine des blancs existe aussi. Une liste de cibles non exhaustive. La haine est multiprise. Certains cumulent. Mais, en général, la haine va de pair avec une obsession. Être toujours à l’affût de ce qui peut alimenter sa violence contre une population précise. Avec une veille quasi-mentale sur l’objet qui fait vivre leur pulsion monomaniaque contre un groupe d’individus dans leur mire quotidienne. Très important de recharger sa haine. Lui ne paraît jamais en panne de batterie. En plus, il a un grand accès aux micros et caméras. Pour jouir en direct de la mort violente de certains de ses semblables.
Pas le seul dans ce cas ? C’est vrai. Surtout en ce moment où l’on assiste à une explosion du racisme, de l’antisémitisme, de l’homophobie, de la transphobie, et d’autres haines. Des femmes et des hommes comme lui sont très nombreux sur la planète. Avec ou sans accès aux caméras. Mais certains porteurs et porteuses de cette haine sont beaucoup plus déroutants que la majorité habitée par la même violence. Fort différents de la majorité des « bas du front et du cœur » voulant casser de l’arabe-musulman ou non, du Juif, du PD, parce qu’un animateur et influenceurs cathodico-numériques leur a désigné le « gibier contemporain » à chasser. Quelle est la différence avec cette majorité ? Leur cerveau et trajectoire. Les haineux déroutants sont plutôt des érudits et érudites avec nombre de livres au compteur. Ce que d’aucuns qualifieraient – avec parfois une forme de mépris - d’intello-bobo. En bref, des êtres qui savent parfaitement faire fonctionner leur cerveau et penser normalement plus loin que des émotions- même légitimes. Et, cerise sur leur gâteau à la haine, des hommes et des femmes pétris auparavant d’humanisme. Et donc d’altérité.
Comme lui. Sa façade humaniste n’était donc qu’un leurre pour coller à l’air du temps des années 70 ? Ses grands discours finalement que de l’esbroufe commerciale pour accéder à tel ou tel poste dans les médias et la culture ? Je n’ai pas la réponse. Peut-être était-il réellement sincère au départ de sa course vers les sommets. Pour être franc, j’ai toujours eu une réticence avec cet homme. Un délit de faciès ? On peut en effet l’apparenter à ça. D’autres évoqueraient les ondes ou l’instinct. Mais c’est comme ça ; il y a des têtes qui nous reviennent et d’autres pas du tout. Notre gueule à chacun d’entre nous ne fait jamais l’unanimité. La sienne m’a toujours rebuté. J’ai senti une profonde haine inscrite sur ses traits. Mais chaque fois à me dire que j’avais tort. Notamment au regard de ses textes. La plupart d’entre eux étaient fort pertinents et toujours cherchant à élever le débat. Au fil du temps, ses mots sur papier ou à la radio ont fini par ressembler à son visage-rictus. Désormais, il ne cherche plus à camoufler sa haine d’une population en particulier. Et, à mon avis, une détestation du monde entier. Sauf de sa personne ? pas si sûr. Sa première haine contre lui ?
Un costard pour plusieurs saisons. Suis-je en train de le haïr ? La question que je me pose en écrivant ces lignes. Même rictus que lui sur ma face en l’évoquant ? Tout ça parce qu’il ne pense pas comme moi ? Je ne crois pas que c’est de cet ordre. Adepte de « penser contre soi », j’apprécie au contraire d’écouter et de lire celles et ceux me sortant de l’entre-soi anesthésiant. Des copains et des copines me reprochent souvent de me faire l’avocat du diable. Et ils n’ont pas tort. Si intéressant de glisser sous la peau des autres pour se rendre compte que chaque solitude est plus complexe que son apparence. Une façon aussi de se rappeler sa propre imperfection pour éviter de s’ériger en « juge de bonne conscience ». Et rien de tel que le frottement avec des idées contradictoires pour faire fonctionner le muscle sous le crâne. D’ailleurs, je continue de l’écouter. Comme d’autres chroniqueurs avec qui je suis en désaccord sur nombre de sujets. Avec chaque fois une interrogation récurrente. Que s’est-il passé au plus profond de son être pour en arriver à jouir en direct sur des cadavres ? Seul son miroir et certains de ses proches ont la réponse.
Un lieu commun de dire que ça vient de l’enfance. Frappé par un Arabe dans la cour de l’école maternelle ? Sa première histoire d’amour partie dans les bras de Mohamed ? Dribblé par Djamel qui a fait gagner l’équipe adverse ? Les poèmes de Mahmoud plus applaudis que les siens ? Peut-être rien de tout ça. Sa pulsion haineuse aurait pu se cristalliser sur les Juifs, les noirs, les homos… Fallait qu’elle trouve un espace ou s’épanouir et essaimer. Et si possible pouvoir rapporter et lui offrir une visibilité. Lu, je ne sais plus où, que le patron et créateur du FN aurait changé son fusil antisémite d’épaule pour cibler les Arabes (d’autres Sémites?) parce que ça rapportait beaucoup plus dans les urnes. Une info à vérifier, car parfois, la mémoire a des trous ou nous dirige vers telle ou telle pensée qui nous convient plus. Revenons à lui. Indéniable qu’il a atteint son objectif. Sa haine est très visible. Donner l’identité de cet homme ? Pas son nom qui compte. Mais ses propos. Comme les mots d’autres qui lui ressemblent. Qui sont ces collègues en haine et division ? Vous les connaissez. Des femmes et des hommes crachant leur haine tous les jours dans un micro.
5673 caractères de foutus en l’air. Je viens de me rendre compte du temps perdu à évoquer ce sinistre personnage. Et celles et ceux qui nous alimentent en boue quotidienne. Le seul gagnant c’est lui. Et tous les hommes et femmes habités par la même haine transmise ici ou là. Combien de pollueurs et de pollueuses de présent de ce genre ? Beaucoup trop. Certaines et certaines déversent au quotidien leur boue dans des millions de cerveaux. Intégristes religieux ou cathodique même combat ? Certes pas avec les mêmes moyens et arguments. Toutefois des similitudes et toujours agissant sur des cerveaux plus fragilisés par l’existence et réceptif au dernier qui a parlé. Leurs proies sont souvent jeunes. Rien de nouveau depuis la nuit des temps de la manipulation. Toutes proportions gardées ; une pollution poussant les plus fragilisés à se kamikazer dans les urnes ou avec une ceinture d’explosifs. Indéniable que la grenade du « a voté » est préférable à celle de « a tué ». Un bulletin de vote n’a jamais assassiné personne, en tout cas directement ; juste permis l’accession au pouvoir d’idéologie destructrice de population (jugée indésirable) et de démocratie. 6589 caractères pour enfoncer des portes ouvertes. Et offrir une nouvelle petite fenêtre aux haineux et haineuses qui disposent déjà de larges baies vitrés pour afficher leur bave. Stop !
Désormais plus de pub pour la haine. Elle a déjà tellement de temps d’antenne. Inutile de lui en rajouter, même un blog avec visibilité confidentielle. Ne plus évoquer ces haineux et haineuses - de tout bord - n’est-ce pas jouer la politique de l’autruche ? Se taire sur leur propos et actes est leur laisser tout le territoire pour polluer notre jeune siècle ? C’est vrai. Mais les évoquer, c’est alimenter leur pollution quotidienne. Que faire ? Continuer d’évoquer les vendeurs et vendeuses de « glyphosates mentaux » sans leur accorder toute l’attention. Savoir détourner le regard. Pour se ressourcer. Remettre en exergue la beauté et générosité de notre espèce. Pas que des ordures chez les hommes, les femmes, et autres genres. Même s’il y en a un paquet. Et parfois, on se trouve parmi les gens détestables. Pas toujours l’autre qui a un rictus et promène sa haine en bandoulière. Important de savoir balayer devant son miroir. Savoir respecter sa colère pour ne pas la transformer en haine. Pas une tâche simple. La lucidité sur son imperfection et celles des autres n’empêche pas de voir les belles choses du monde. Et de rester curieux de l'autre. Il y a aussi des gens bien sur cette planète. Comme qui par exemple ?À nous de les trouver. Et d'essayer de leur ressembler. Le plus possible.
Un chantier au quotidien.