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Billet de blog 14 octobre 2024

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Chaos sous la peau

Souvent rien de visible. C’est un corps comme un autre. Il se lève chaque matin. Avec son lot de petites joie et de tristesses qu’offre le chantier d’un jour sous le toit du monde. Avant de reprendre le chemin de son lit et de se coucher. Comme la majorité des passagers de la planète. Parfois même un corps très jovial. Jamais à la traîne pour rire. Et jouir. Pourtant le chaos sous la peau.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
© Marianne A

               Souvent rien de visible. C’est un corps comme un autre. Il se lève chaque matin. Plus ou moins du pied gauche. Puis, au rythme de ses habitudes, passe d’un lieu à l’autre dans la journée. Avec son lot de petites joie et de tristesses qu’offre le chantier d’un jour sous le toit du monde. Avant de reprendre le chemin de son lit et de se coucher. Comme la majorité des passagers de la planète. Parfois même un corps très jovial. Jamais à la traîne pour rire. Et jouir. Un corps soluble dans le manège des gestes quotidiens. Rien donc qui puisse le différencier de tous les autres. Pourtant le chaos sous la peau.

            Ce que je me dis lors de mes rencontres en milieu scolaire. Dans le cadre d’un atelier d’écriture ou juste pour une conversation autour des livres. Mon premier réflexe est de promener mon regard sur les visages des élèves. Avec une halte sur chaque paire d'yeux. Un moment important. Toujours frustré quand un enseignant ou un élève le perturbe en voulant plonger très vite dans le vif du sujet. La plupart du temps, je réussis à instaurer cette promenade de visage en visage. Avec souvent, le même genre d’interrogations. Des questions qui sont sans aucun doute liées aux problématiques – enfin –  extraites de l’ombre .  Qui, parmi ces élèves, subit l’inceste ? Qui prend des coups ? Qui est humilié et rabaissé tous les jours par un proche ? Qui se sent honteux d’être ? Ce moment d’échange silencieux me semble  très important. M’efforçant toujours de croiser les yeux de tous les élèves. Ne serait-ce qu'une fraction de seconde. Dans quel but ?

          Pour pouvoir lire dans chaque regard ce qui ne sera pas dit. L’inexprimable. La part de soi honteuse qu’on tente de cacher aux yeux des autres. Pas nécessairement de la honte. Ça peut-être aussi cette pépite de solitude qu’on protège des autres. Une beauté intérieure qu’on refuse de partager. Ce trésor unique à protéger de Papa, Maman, les profs, les psys, les hommes de religions, les politiques, les journalistes, les psys, les coachs en bien être, etc. Un instant fugitif où chaque élève peut aussi saisir ce que je ne peux exprimer. L’indicible de chaque histoire. Avant que les «  mots cache misère » puissent camoufler la réalité de l’intime. Unique et parfois inatteignable pour l’autre. Chaque être porteur de son propre coffre-fort ? Ce serait l'idéal. Une part de solitude dont on est le seul à avoir le code.

            La même promenade du regard avec les «  grands ». Pourquoi une préférence pour ce terme à celui d’adulte ? Sans doute plusieurs raisons mêlées. Dont celle de «  faut que tu deviennes adulte un jour ». En sous-texte, l’homme ou la femme qui me disait ça, pensait «  adulte comme moi ». Et souvent, pas un exemple qui me faisait rêver. Revenons à la promenade. Pas le seul à ricocher d’un regard à l’autre en public. C’est un réflexe naturel. Comme les animaux se sentent le cul. Les humains se reniflent les yeux. Même les Smartphones n’ont pas changé la donne. Certes, on se regarde moins directement dans les lieux publics. Nos nez souvent aimantés dans les écrans. Mais beaucoup de regards en coin. Se renifler les yeux est essentiel.

             Le Covid nous l’a rappelé. Jamais on ne s’est autant regardé qu’avec les masques. Redécouvrant d’un seul coup l’utilité des yeux. Et la part d’incontrôlable de chaque être. Personne ne peut tenir en bride ses yeux. Sauf à le planquer derrière une paire de lunettes noires. La bouche peut mentir. Ainsi que les doigts courant sur un clavier. Mais pas les yeux. Incontrôlables. Guère un hasard si on baisse la tête ou on la tourne quand on est submergé par une subite émotion. Un séisme en soi invisible des autres. Parce que soudain que ce qui se passe entre nos paupières est hors de notre contrôle. En tout cas quand il s’agit d’une remontée du plus profond de nos entrailles. Entre les paupières : dernier espace non balisé  ?

            Certaines douleurs du monde sont visibles et palpables. On peut donc tenter de les soulager. Voire les combattre, comme le racisme, l’antisémitisme, les féminicides, le viol, le sexisme, l'homophobie, la transphobie… Avec plus ou moins de résultats. Mais les causes à défendre sont bien balisées. Et il y a de moins en moins de honte à se déclarer victime de telle ou telle saloperie dont notre humanité a le monopole. Tant mieux que la parole se soit libérée. Et que la honte pèse désormais sur les épaules des ordures. Tout en rappelant – radotant – qu’un être blessé, quelle que soit sa souffrance, ne devrait pas être enfermé dans une identité de victime à vie. Certaines profondes blessures ont eu plus de mal à se désengluer de la honte. Comme l’inceste qui a eu le plus de mal à s’approcher de l’oreille du monde. Pas facile de balancer la chair qui nous a mis au monde ou un autre de ses « trop » proches. Se plaçant dans le rôle du traître à sa famille. Fort heureusement, le silence et la honte ne sont plus de mise en termes d’inceste. Les victimes osent en parler. Toutes les souffrances ont droit aujourd’hui à la parole. Excepté une. Laquelle ?

         La honte de l’écrasement social. Un sujet de moins en moins dans les radars des médias. Excepté en quelques lignes ou de temps en temps à travers une fiction ou un documentaire. Mais indéniable que les rédactions des journaux et autres médias s’intéressent très peu à ce sujet. Voire pas du tout. En tout cas, la presse que je consulte en priorité. En majorité des ondes et des écrans parisiens roulant plutôt à gauche. L’écrasement social ignoré de tous les médias ? Pas du tout. Certaines chaînes de télé et radio s’y intéressent beaucoup. N’hésitant pas à inviter en plateau des «  écrasés sociaux ». Certes pas pour les aider. Au contraire. Des animateurs et animatrices les méprisant. Mais les flattant dans le sens de leur souffrance réelle pour les manipuler et les envoyer déposer un bulletin précis dans l’urne. Des flatteries qui ont obtenu de très bons résultats. Et ce n’est pas fini.

          Le pire ne peut pas arriver. Il est déjà là. Mais rien ne change sur le fond. Surtout du côté de mes médias préférés. Priorité encore au sociétal. Certes des sujets importants à traiter. Ne surtout pas les négliger. Sans pour cela oublier la misère réelle et symbolique de dizaines de millions d’habitants et habitantes de ce pays. Plus des milliards d’autres dans le même cas sur la planète. Que faire pour que Mediapart, le Monde, Libé, l’Obs, Radio France , et d’autres voix publiques, sortent de leur entre soi. Pas uniquement quand ça chie dans les urnes. Et que, d’un seul coup, les bobos (je me mets dans le lot.) et autres bénéficiaires de la « social-démocratie, se mettent à avoir la trouille pour leur statut de plus ou moins privilégiés. On l’a constaté avec les gilets jaunes ; pour ma part, un mouvement qui m’a réjoui. D’un seul coup, l’arrogance et le mépris - de gauche ou de droite - ont tremblé sur leur piédestal. Même si, bien sûr, il y avait des racistes, des antisémites, des sexistes, des homophobes, dans leur rang. Même proportions d’ordures que dans tous les partis, les syndicats, les associations. Et d'autres milieux. Aucun groupe n'échappe au pire de son époque.

             Bref ; que faire pour que le pire déjà là ne s’implante pas plus ? Comme toujours, que de la «  gueule numérique ». Et aucune solution à proposer. Juste un énième constat impuissant. Sommes nous face à une irrépressible chute dans la nuit comme au siècle dernier ? Oui, au contraire, y a-t-il une possibilité d’éviter une confiscation de l’aube par les obscurantistes de la «  race pure » ou de la religion tombée du camion ? Pour ma part, et bien qu’impuissant, je ne suis pas entièrement pessimiste. Pourquoi ? D’une part, pour éviter de polluer l’optimisme et l’enthousiasme de celles et ceux qui luttent et croient encore à un monde meilleur. Ne pas saborder les rêves des plus jeunes parce qu'on a pris un coup de vieux au cœur et à l'âme ? Et en plus, sans espoir, pourquoi se réveiller chaque matin ? Et à quoi bon continuer d’être et faire ce qu’on pense utile à soi et aux autres ? Certes, le désespoir est plus simple d’accès. On a l’a tous les jours au menu. Rien de réellement original. On en bouffe à tous les repas. Contrairement à l’espoir. Une denrée rare pour menu de fête ?


E pour être.

S pour sauver ce qui est sauvable.

P pour une paix mondiale durable.

O pour oser.

I pour ivresse.

R pour rêver.

E pour écrire…

S pour sexe…

P pour poésie…

O pour oublier…

I pour intime…

R pour Rock'n'roll.

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E pour ...

            Vaste programme en six lettres.

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