Sexe-trappe

La chausse-trappe était nommée aussi pied de corbeau. Une arme apparue dès l’antiquité. Les corbeaux ont désormais d’autres machines de guerre. Plus rapides et dégommant à distance. En se servant des erreurs de ses ennemis. Désormais les attaques sous la ceinture sont monnaie courante. L’entre-jambe comme théâtre d'opération. Et la sextape une arme de destruction.

        

             La chausse-trappe était nommée aussi pied de corbeau. Une arme apparue dès l’antiquité. Les corbeaux ont désormais d’autres machines de guerre. Beaucoup plus rapides et capables de dégommer à très longue distance. Une nouvelle technique consistant à se servir des erreurs de ses ennemis. Le dégommé du jour aurait-il agi de la même manière contre un adversaire politique ? Seul lui et ses proches le savent. En tout cas, les attaques sous la ceinture sont devenue monnaie courante. L’entre-jambe comme théâtre d'opération. Et la sextape une arme de destruction par l'intime. Une grenade dégoupillée par la victime elle-même. L'amour de soi rend aussi aveugle.

       Plaindre la victime de ce lynchage? Certains le font en boucle, avec plus ou moins de sincérité. Mais à juste titre. Qui aimerait voir sa vie intime dévoilée sans son consentement dans l’espace public ? En effet, ce genre de saloperie 2.0 peut faire imploser l’existence d’un individu et de sa famille. Peut-être même conduire au suicide. La solitude de cet homme en ce moment n’est pas du tout enviable. Pour autant une souffrance médiatique ne doit pas cacher toutes les autres douleurs anonymes se déroulant en même temps. Notamment celles de ceux qui se serrent de plus en plus la ceinture au moment où tous les regards sont braqués sur une queue et une main. Eux, ici ou là, sont moins sensibles à leur sexe ou nombril qu’à leur estomac. Ils ont d’autres chats à fouetter, pour ne pas dire rien à branler de cette affaire  et d'autres du même calibre ; concentrés sur un loyer à payer et un frigo à remplir. Permettez à chacun d’avoir ses priorités empathiques.

      En réalité, nous sommes tous victimes de cette part nauséabonde du virtuel. Inconnu ou personnalité publique. Rares les contemporains qui échappent à la tentation de partager l’image de soi ou de ses proches. D’aucuns mesurant la taille de leur ego ou de leur part dans une assiette de telle ou telle cantine. Un partage souvent en direct et sans le moindre recul. Contrairement aux diapos qui ne sortaient pas du cercle familial ou amical. Le partage, geste très noble et louable, serait-il devenu la plaie du siècle ? Comme tous ces amis qui ne sont peut-être que des figurants et stock de pouces levés sur notre propriété virtuelle. Nous sommes donc aussi complices de ce déballage d’un magasin ouvert non stop. Qui ne fait pas joujou avec le petit instrument numérique dans sa poche ? Naissance, anniversaire, soirée entre amis, paysages visités… La liste est longue de cet «intime voyageur» de tablette en I-phone. Pour quelques fois se rendre compte qu’il n’y a pas que des amis sur la toile. Quand les pouces soi-disant amicaux se retournent. Plus que ses yeux, avec de vraies larmes salés, pour chialer quand la toile se referme sur soi. Prisonnier de son désir d'être au centre de l'écran. La rançon de la gloire numérique ?

      Des gamins et des gamines se foutent en l’air à cause d’images baladeuses. Moins grave mais tout aussi dégueulasse l’employé photographié à son insu pendant une sieste et licencié. La liste est longue de ce genre de lynchage à distance. Fort heureusement la majorité des échanges virtuels ne conduisent pas au pire dans la réalité. La plupart du temps ils sont ludiques et bienveillants. Mais la bête à nuire et détruire a élu domicile sur la toile. Elle œuvre nuit et jour. Un monstre alimenté par nos soins. Que faire pour éviter de l’engraisser ? Une question qui se pose à l’aune de cette nouvelle histoire des égouts du Net. Moins jouer avec notre joujou numérique en public ? Retrouver des joies et tristesses éphémères échappant à la touche «envoyer»? Fermer les volets de tous ses écrans et jouir sans inviter tout son réseau ? La réponse se trouve sur notre clavier individuel. Le XXIième siècle sera-t-il de Sexe et Attrapes ?

      Pendant ce temps, la réalité continue son petit bonhomme de chemin. Moche ou belle. Sous la ceinture et au-dessus. Pour le pire et le meilleur. Un quotidien qui nous paraît de temps à autre insipide au regard des lumières papier glacé ou plasma. Notre cher réel, si souvent négligé, qui vaut parfois nettement plus que des millions de retweet et de vues. Notre temps d’existence disponible ( le stock s’épuise à chaque souffle) trop souvent phagocyté par les frasques ou-et baratins de la bande de grands ados nous dirigeant ; des hommes et femmes, encore dans la cour de récré de grandes écoles à mesurer la taille de leur égo et de leur portefeuille clients. Pourquoi pas cesser de regarder leur spectacle pathétique de gosses gâtés pourrissant la vie des autres et de la planète. Quitte à être naïf et hors-réalité. Surtout hors de leur réalité. Stupide de continuer à s'y intéresser. Libre à nous de regarder ailleurs. De plus en plus loin. Jusqu’à revenir à soi. Ne plus fixer le doigt, ni la lune. Mais notre réalité passagère.

       Sous les écrans, la page de notre histoire ?

 

 

 

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