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Billet de blog 16 mars 2024

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Quelle connerie la paix ?

Le sang qui va couler n’est pas le mien La chair écrasée sous un obus n’est pas la mienne. Notre guerre à la majorité d'entre nous se fera d’écran en écran. Avec des mots et sans doute des anathèmes - la marque de fabrique du débat actuel?Dans tous les cas,ce n'est pas notre sang qui coulera. Non. Devenir un héros avec le sang des autres ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                  Je ne veux plus mourir. Qui a écrit cette phrase ? Un rescapé des tranchées de 14-18. Qui était ce soldat ? Un écrivain aussi talentueux qu’abominable  pamphlétaire antisémite. Vous aurez deviné son nom. Louis-Ferdinand Céline écrivait ça dans « Le Voyage au bout de la nuit » . Son livre est paru en 1932. Une quinzaine d’années après l’armistice et le « plus jamais ça ». Sa phrase évoque un siècle qui a commencé pire que le nôtre. D’autres militaires que cet auteur auraient pu aussi la dire ou l’écrire. Toutes les chairs ayant vécu l’abominable de la Première Guerre mondiale au fond des tranchées. Des hommes qui avaient réussi à sauver leur peau en sortant de l’enfer. Mais nombre d’entre eux étaient morts sous la peau.

           Comme la majorité de ceux qui ont fait la guerre. Gosse, je croisais des rescapés de la première et deuxième guerre mondiale, de l’Algérie, de l’Indochine… Très rares ceux qui en parlaient. Préférant noyer l'horreur dans les verres de jaune ou de blanc. Mais tout était inscrit entre leurs paupières. Des décennies plus tard, j’ai croisé un jeune soldat américain rescapé de l’Irak quasiment en larmes sur un comptoir toulousain.  La plupart de ces soldats portant une nuit profonde dans le regard. Comme dans une espèce de survie en attendant leur disparition officielle. Aujourd'hui, le bruit des bottes partout sur la planète. Et à nouveau en Europe. De 1914 à 2024. Deux jeune siècles avec la même demande à la jeunesse de verser son sang ? 

             Envoyer des hommes et des armes en Ukraine. Certains sont pour. D’autres contre. Avec nombre de polémiques sur la toile et ailleurs. Faut absolument aller aider ce peuple envahi par un dictateur. Envoyer aussi des hommes et des armes au Yémen, à Gaza, etc ? Ce n’est pas pareil. Tu avais manifesté pour la paix au Vietnam ? Ça n’a rien à voir. Tu as manifesté contre l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan ? Tu mélanges tout. Va t’en guerre ! Munichois ! Un sujet tout aussi difficile à aborder que le vaccin contre le Covid ou le conflit israélo-palestinien. Je dois avouer l'éviter à table. L'amitié me semble - à tort ? - plus importante que des querelles autour des actualités. D’autant plus que je me sens parfois confus par rapport à ce sujet. Dépassé par la masse d'infos contradictoires. Avec quand même une inclination pour la recherche de la négociation en vue de la paix. Surtout que les enjeux ne sont pas les mêmes qu'au siècle dernier. Quelle est la différence avec aujourd'hui ? La technologie de destruction est beaucoup plus puissante.

           Hiroshima et Nagasaki ont été les « horreurs-témoin » de ce qui peut arriver sur toute la surface du globe. Deux champignons qui vont se multiplier ? L’arme nucléaire est dissuasive. Personne ne s’en servira. Parfois, je pense la même chose. Et à d’autres moments, à la vue de nombre de dirigeants de ce monde, je ne suis plus si sûr. Qu’en pense un très grand scientifique et spécialiste de la fission nucléaire  ?  Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais ce dont je suis sûr, c´est que la quatrième guerre mondiale se résoudra à coups de bâtons et de silex. Albert Einstein nous mettait déjà en garde. Sans doute un des mieux placés pour tirer le signal d'alarme planétaire. Bientôt tous et toutes avec nos bâtons et nos silex ?

        Ce billet n’ a aucune prétention géostratégique. Et même si je tentais – comme beaucoup sur les plateaux télé ou radio, au comptoir à la machine à café au boulot – de m’autoproclamer expert,  le résultat serait pathétique au regard de mes connaissances dans les domaines militaires et politiques. Un texte donc empreint sûrement d'une part de naïveté. Et ce que je sais provient de mes lectures et des radios que j’écoute. Avec, peut-être à tort, l’impression d’un consensus des ondes publiques et de la majorité des médias pour partir en guerre. De plus en plus de voix pour envoyer des armes et des soldats en Ukraine. Et de moins en moins de parole pour l’ouverture d’un « chantier de paix ». La plupart du temps, les voix contre la guerre sont cataloguées dans le rang des lâches et des pro-Poutine. Vous justifier en crachant toute votre venin sur le dirigeant de la Russie ? Inutile : l’étiquette est déjà posée sur votre front. Circulez, il n'y a plus rien à dire et penser ; je ne veux voir qu’une seule tête et un seul cerveau.  Pour ou contre; pas d'autres pistes ? Tout ne devrait pas être aussi binaire. Sauf pour les vendeurs de raccourcis. Posons-nous des questions. Sans donner de leçons. S'interroger sans le filtre de nos radios et journaux préférés. Même si on n'a pas de réponses. Même si on se plante. Même si tout est déjà plié dans les hautes sphères. Même si... Ça vaut le coup de réfléchir, écrire, échanger. Surtout quand on peut encore le faire bien au chaud devant notre écran. Contrairement à d’autres... Pourquoi continuer de s'interroger, douter, et ne négliger aucune piste de paix ?  

          Parce que le sang qui va couler n’est pas le mien. La chair écrasée sous un obus n’est pas la mienne. La majorité des va t’en guerre et des pacifistes restera loin de la zone de conflit. Notre guerre à nous se fera d’écran en écran. Avec des mots et sans doute des anathèmes- la marque de fabrique du débat actuel ? Dans tous les cas, ce n’est pas moi, ce n’est pas vous, qui se chiera dessus, se pissera dessus, verra sera tripes à l’air ou celles de son voisin de boue, sera bouffé par le froid, voudra retourner dans le ventre de sa mère… La « vraie guerre » n’est pas un jeu vidéo. Des jeunes hommes et femmes vont crever. C’est leur choix, dira-t-on. Bien sûr. Ils se sont engagés dans l’armée en connaissant les risques. Est-ce une raison pour ne pas essayer de leur éviter le pire ? Pourquoi ne pas faire en sorte qu'ils ne perdent pas leur vie à peine débutée ? En tout cas, tout faire pour ne pas les entendre un jour nous dire «  je ne veux plus mourir ». Des rescapés aux yeux perdus. Avec des nuits traversées de fantômes. La jeunesse de leurs camarades gravée sur des monuments aux morts. Tandis que nous, les pour la paix ou va t’en guerre, sommes des héros en distanciel. Sans avoir versé la moindre goutte de trouille.

          Sûrement pas un billet d’humeur qui va changer quoi que ce soit. Ce n’est pas un scoop que tout se décide en haut du panier. Que ce soit en temps de guerre et de paix. Toutefois, il n'est pas interdit de s’interroger. Écrire, parler, frotter les idées, pour tenter de comprendre. Quelle serait la meilleure solution ? Partir en guerre ? Chercher la paix ? Les avis divergent. Mon inclination reste encore du côté de la paix. Même si je ne suis pas entièrement sûr, depuis que de vieux copains et copines, avec qui je partage beaucoup de points vue, sont devenus des «  pro-guerre ». Avec pour certains des discours quasi martiaux, le doigt sur la couture de l’uniforme qu’ils ne porteront pas. Passés de «  quelle connerie la guerre » à «  quelle connerie la paix » ?

        Peut-être qu’on réussira à me convaincre que ma position est mauvaise et me faire changer d’avis. Et que, comme certains réformés et ex antimilitaristes, je deviendrai plus va-t-en guerre que des  militaires. Ne jamais dire jamais... Toutefois important de rappeler que les militaires,  qui ont apporté leur sang sur des  théâtres d'opérations, ne sont pas toujours les plus pro guerre. Connaissant le sujet de l’intérieur et avec leur chair. Des soldats et soldates qui ne veulent plus mourir ?  Dans tous les cas, la guerre est déjà présente dans de nombreux endroits de la planète. Avec des visages d’Ukraine, de Gaza, du Yémen… Et sur d’autres zones de conflits. Selon nos trouilles, la proximité géographique de la guerre, ce que disent nos chroniqueurs préférés, nos solidarités prioritaires vont pour telle ou telle population. Mais toutes ont un point en commun : l’horreur au quotidien. Que nous dit le regard de chaque « gosse en guerre » face à nos écrans ? Une question dans l’abîme entre ses paupières. 

           Est-ce que je vais encore mourir ?

             En guise de conclusion, la parole à un autre auteur qui a aussi connu l’enfer de la guerre :


« Je trouve que personne ne respecte plus l'homme. De tous les côtés on ne parle plus que de dicter, d'obliger, de forcer, de faire servir. On dit encore cette vieille dégoûtante baliverne : la génération précédente doit se sacrifier pour la génération future. On le dit même de notre côté, ce qui est grave. Si encore nous savions que c'est vrai ! Mais, par expérience, nous savons que ce n'est jamais vrai. La génération future a toujours des goûts, des besoins, des désirs, des buts imprévisibles pour la génération présente. On se moque des diseurs de bonne aventure. Il faut sinon se moquer, en tout cas se méfier des bâtisseurs d'avenir. Surtout quand pour bâtir l'avenir des hommes à naître, ils ont besoin de faire mourir les hommes vivants L'homme n'est la matière première que de sa propre vie. 
Je refuse d'obéir.»
Jean Giono

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