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Billet de blog 16 avr. 2015

Long comme un jour sans Radio France

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 Retour des ondes. L’océan Atlantique s’absente plusieurs fois par jour. Contrairement à la Méditerranée qui est  toujours présente. Les ondes de la radio publique ressemblent  par certains points à cette mer, disponible à chaque seconde. On peut s’y baigner tous les jours, de l’aube à la pleine nuit. 28 jours d’absence, sa plus longue grève depuis la création de la maison Ronde, nous ont mis les oreilles à marée basse. Baignade à nouveau possible sur les plages de Radio France.

On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en partant, écrivait Jacques Prévert. La radio publique et tous les autres services publics nous manquent quand ils décident de cesser leur activité habituelle. Ne plus bouger. Un immobilisme qui, paradoxalement,nous rappelle leur utilité. Comme dans un vieux couple, la promiscuité peut, au fil de temps, nous faire oublier les qualités de la compagne ou compagnon. Sans ces services, pas de mouvements quotidien pour le boulot ou les loisirs. Villes et campagnes en apnée. Morne plaine. Pareil pour la radio, pacsée avec des millions d'individus,  quand elle décide de se taire. Ne plus nous parler. Silence radio.

 Pas un billet d'humeur qui peut rentrer dans les détails de ce conflit. Rares ceux qui se mettent grève juste pour manger des saucisses grillées autour d’un brasero. Auront-ils gain de cause ? Frustrés de cette fin de conflit ? Espérons que notre radio préférée nous donnera des détails sur le moral des troupes. En tout cas, ces journées de grève  ont permis d’éclairer ce monde magique de la radio. Ouvrir les portes de la maison Ronde.

 L’absence d’un être cher nous permet souvent de nous interroger sur les liens qui nous unissaient et continue de nous unir. Pareil pour cette fugue des ondes publiques. Un avis de recherche placardé sur tous les postes de radio. Que représente Radio France ? Sans doute des choses différentes pour chaque auditeur. Surtout que, avec les bars populaires, les transports en commun, les médiathèques, et de rares autres endroits, la radio reste un des derniers lieux de mixité sociale, avec tous ces auditeurs venus de différents horizons. Nombriliste, je vais dévoiler l'intérieur de mon oreille. 

 Qu'est-ce que Radio France et la radio en général ? Un témoin invisible qui rentre chez moi depuis quasiment une quarantaine d’années. Chaque jour, il vient se loger dans le pavillon de mon oreille.  Très discret, il respecte mon intimité et n’interrompt aucune de mes activités. Sauf si je décide de suspendre un geste pour n’écouter que lui, rester concentré sur ses propos. Boire les paroles du poste. Ce témoin avec des voix différentes, contradictoires, drôles, tristes, agaçantes, réconfortantes, etc, m’apporte des nouvelles du monde. Malheureusment pas souvent réjouissantes. A-t-il un corps de femme ou d’homme ? On s’en contrefout du sexe et de la plastique du messager. Circulez, y a rien à voir. L'image au creux de l'oreille.

Parfois ce témoin de chair et d’ondes réveille en moi des mondes ensommeillés.  Un mot, une chanson, peut enclencher la machine à démonter le temps de l’auditeur qui, à la manière de Pérec, se souvient. Voyage immobile dans son histoire personnel, l'histoire avec son grand H  juste là comme papier peint du temps officiel qui passe.  Jamais ce "conteur du dehors" ne s’incruste chez l'auditeur. Il sort de notre pavillon dès que l’on le lui demande.

De temps en temps des émissions  nous contraignent à secouer nos neurones. Nous sortir les doigts du cerveau pour que nos neurones prennent un peu l’air et se confrontent à d'autres atmosphères. Avec lui, pas facile de rester con. A moins d’une grande volonté de fermer ses oreilles sur le monde. Radio France reste l'université populaire la plus fréquentée de France. Pas besoin du Bac ou des habitus Sciencepolicés pour la fréquenter. Juste une tenue correcte exigeante.

 En s’éloignant,  ce témoin très bavard laisse toujours derrière lui, sur la plage abandonnée de la cuisine ou d’ailleurs, des interrogations, des doutes,  des plaisirs…  Fidèle compagnon de  notre tour de Radio France quotidien. Ces échappées solitaires qui, depuis si longtemps, nous font visiter la planète. Avec notamment  Les pieds sur terre  qui nous fait voyager, sans impudeur ni voyeurisme ( facile en radio ?) à bord d'histoires individuelles; pas les voix habituellement invitées des médias. Une espèce de voyage dans l'histoire des autres. Si loin, si proche à la radio.

 Après 28 jours d’arrêt, le tour de Radio France a repris. Chacune et chacun choisit son étape, passer de l’une à l’autre, rester fidèle au même parcours… Personne n'est enfermé derrière la grille de la maison Ronde. On et Off nous obéissant au doigt et à l’œil. Tendre l'oreille quand bon nous semble. Ecouter la planète tourner.

Pour conclure sur le retour de la fugueuse, laissons la parole à Yves Jamait. A propos de ce chanteur, je trouve que France Inter ne le passe pas assez. Et France Culture pourrait offrir de temps en temps des vacances à Denis Podalydés ( excellent et en plus - à l’entendre parler de son boulot- très sympathique comédien) pour embaucher d’autres voix… Ca y est, la grève à peine finie, l’auditeur moyen se met à râler. Chassez le naturel, il revient à l’antenne.

Bonne baignade à tous les auditeurs !

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