Homard et Kebab sont sur un plateau

Halte au feu Médiapart. L’homme est déjà à terre. Rengainez les claviers et les souris. Laissez-le désormais face à ses proches. Et devant son miroir: un regard beaucoup plus cruel que celui de tous les journalistes, flics et juges intègres. En plus la porte-parole de son ex- gouvernement en rajoute une couche. Combien de homards et de kebabs au menu du jour en France ?

      

LES PO LES POLITIQUES - CHANSON PLUS BIFLUORÉE © Magali Coudray

     

               Halte au feu Médiapart. L’homme est déjà à terre. Rengainez les claviers et les souris. Votre «client» à tout perdu. Laissez-le désormais face à ses proches. Et devant son miroir: un regard plus cruel que celui de tous les journalistes, flics, et juges. intègres En plus de vous, il est attaqué dans le dos par son propre camp. Notamment par la porte-parole de son ex- gouvernement qui rajoute une couche à la sauce déjà indigeste du feuilleton estival. Dans une espèce de fausse complicité avec le populo, elle nous explique que la majorité des citoyens de ce pays mangent plus de kebabs que de homards. Le Gorafi battu à plate couture. Désormais une grande partie de nos dirigeants ne dissimulent même plus leur condescendance et mépris de classe. Comme si nous étions leurs invités dans un «Dîner de cons» à échelle du pays. Combien de crustacés et de kebabs au menu du jour en France ?

         La réponse, chère porte-parole, vous la trouverez au fond d'un caddie du supermarché. Vous ne savez pas ou plus ce que c’est ? Seriez-vous plus proches des grands patrons que des caissières ?  Beaucoup plus de pâtes, de riz et autres aliments, que de kebabs et homards dans les caddies. Vous souhaitez visiter un supermarché et rencontre des pousseurs de caddies ? Aucun souci: demandez à Google ou à votre chauffeur de vous sortir de Paris, ses cantines à 100 euros, et vous y emmener faire un petit tour. C’est en général pas loin d’un rond-point. Fort heureusement le ridicule ne tue pas. Mais ce mépris à micro ouvert pose question. Nous, la majorité bouffeuse de kebabs du matin au soir, avons-nous l’air aussi con que ça ? Parce que force est de constater qu'un grand nombre de nos dirigeants se comportent avec nous comme ayant affaire à de sacrés abrutis. Des millions de crédules avec autant de mémoire qu’un poisson rouge ou un crustacé. Le poisson qu’on sort de temps en temps du bocal pour aller voter. Ou applaudir le nouveau monarque sur les Champs-Élysées.

       Ont-ils tort de nous prendre pour des idiots du village France ? Non. Puisque nous sommes, pour employer l’expression très à la mode; leurs millions d’idiots utiles. Dès qu’ils vont nous agiter un épouvantail bleu marine, nous allons tous cavaler ventre à terre dans les isoloirs. Ils nous tiennent par les urnes, soupirait un pilier de comptoir avant d’aller voter. La culpabilisation fonctionne parfaitement bien à chaque élection. Ne pas voter c’est faire le jeu de Le Pen. S’abstenir c’est une honte quand on pense à celles et ceux qui sont morts pour que nous ayons le droit de vote. Ont-ils donné leur peau aussi pour que Messieurs dames de la République fassent des overdose de homards et grands crus classés au frais de la princesse trésor publique ? À mon avis, ces morts pour le droit de vote, déchireraient leur carte électorale. Honteux et très en colère de voir ce qu’est devenu leur combat. Toute leur lutte pour aboutir à un tel spectacle affligeant vu en direct. La même saga pathétique depuis des décennies.

       Populiste ! Complotiste ! Beauf raciste, antisémite, homophobe, sexiste… Qui dit pire ? Toute critique de certains dirigeants et médias est retournée contre celui qui la prononce. Indéniable qu’ils opèrent avec un très grand brio. D’excellents communicants formés dans de grandes écoles à enfumage. Des femmes et des hommes spécialisés dans le retournement de veste et de l’opinion. Pas un scoop. De nombreux commentateurs, anonymes ou pas, dénoncent cette manipe. Celle d’ escrocs se drapant dans leur morale soit-disant bafouée. Toujours prêts à dénoncer avec des trémolos dans la voix tout ce qui remettrait en cause leur probité et grande vision de la chose publique. Une chose qu’ils confondent très souvent avec leur poche privée. Que faire contre contre ces nouveaux prédateurs de la démocratie ?

        Chacun sa façon de réagir ou pas. Certains manifestent les samedis et les jours dédiés à battre le pavé. D’autres continuent de voter et y croire. Tout à fait leur droit de pisser dans les mêmes urnes-violons. Pour ne pas trahir ceux qui sont morts pour le droit de vote ? C’est compréhensible et tout à leur honneur de penser à cette héritage. Surtout que les morts ne peuvent pas juger les vivants. Et une nouvelle fois, je persiste et signe: ces morts si souvent appelés à la rescousse contre l’abstention, doivent se retourner dans leur tombe à chaque fois que nous remettons de nouveaux escrocs au pouvoir. Pour ma part, j’ai pris la part de ne pas déshonorer la mémoire de certains anciens en ne votant pas. Et aussi d’en rire. Quitte à être impuissant, confiné dans un constat lui aussi confortable et critiquable,  autant se marrer devant cette comédie du pouvoir. Un rire bien sûr cache-misère devant une guignolade aussi pathétique et désespérante. Loin, très loin de l’enseignement de nos instits s’échinant à nous transmettre des valeurs républicaines. D’aucune et d’aucunes ont remplacé le «a» de valeurs par un «o». La République est-elle devenue une gigantesque télé-réalité ?

         Pas entièrement. Elle a des ressources pour ces indigestions à la chaîne de magouilles de toutes sortes. Combien de temps encore le foie républicain va tenir le choc ? Un organe qui a de plus en plus de mal à filtrer les colères et laisse des traces de plus en plus brunes dans l’isoloir. Un jour, le corps social, poussé à bout, va imploser. Pour ne laisser que des lambeaux d’une démocratie que la majorité s’est laissée piquer par des technocrates, des financiers, des communicants, des médias la voix de son maître actionnaire… À qui la faute ? Nous, nous, encore nous. Qui leur a offert des homards sur un plateau ? « Vous rependrez bien de ce Château Yquem en mémoire de feue notre couche d’ozone. Et aussi à la santé de nos chers électeurs nous offrant tous ces moments formidables entre amis. Tu as que deux chauffeurs, toi ? Mais comment fais-tu pour t’en sortir ?». Pourquoi se priveraient-ils de nos cadeaux ? Pas sûr du tout qu’à leur place nous les refusions. L’habitude du luxe peut anesthésier n’importe quel individu. Suffit en tout cas de voir leurs larges sourires pour se rendre compte des bienfaits de notre République. Ses palais sont très bien garnis de la cave au dressing.

        Et une superbe vue du haut du panier de crabes dorés.

 

 

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