La tête baissée. Face à lui, une foule hurlante. Balançant des salves d'insultes. Qui est cet homme ? Peu importe. Ça pourrait être une femme. Ou un autre genre. Où se déroule cette scène ? Peu importe aussi. Elle pourrait se dérouler n’importe où sur la planète. Avec ce regard au sol, pour ne pas croiser les yeux de la foule. Une meute vociférant. Qui a raison ? Le regard baissé ? La foule hurlante ? Chacun et chacune choisira son camp. Mais, quelles que soient les idées défendues, se méfier de la foule quand elle pointe son index sur une cible. Que des mots jetés à la gueule. Certes pas mort d’homme, comme on dit. Et la tête baissée est peut-être une vraie ordure. C’est possible que nous puissions nous retrouver dans cette foule. Le poing levé à hurler sale… ou sale… Que de la colère verbale. Le pire de notre humanité a toujours débuté par des mots.
Et la pensée ( son absence ?) en meute. Celle qui balance des anathèmes derrière une haie de poings levés. L’index pointé ou une arme sur un individu ou un groupe. Les hooligans ne sont pas que dans les stades de foot. On en a de plus en plus derrière des banderoles de manifs ou les débats (débâcles) d’idées. La meute me semble être le rendez-vous de la connerie humaine. Les gens qui ne doutent pas. La meute ne se nourrissant que de ces certitudes et d’une ou plusieurs voix. Quel que soit son mot d’ordre et les « gourous » qu’elles vénèrent. Les voix peuvent émaner aussi de la radio, de la télé, et autres médias de tout bord. Dès que je croise la pensée au pas, je change de parcours. Pour ne pas aller à la curée.
Préférant les rues et ruelles de pensées solitaires. Même si elles mènent parfois nulle part. Ou à des impasses. Ça m'est souvent arrivé de me tromper de voix. Et ce n'est pas fini de m'égarer. Mais chaque fois, je me plante seul. Sans entraîner d’autres dans mon sillage. Et refusant de suivre les joueurs et joueuses de flûte numériques. Plus nombreux que dans toutes les autres périodes? Je n'ai pas la réponse. Mais une chose est sûre de nos jours concernant ces adeptes de la flûte publique. Indéniable que leur pouvoir de nuisance est plus fort. Le son délétère de leur flûte porte plus loin. Avec beaucoup plus de cerveaux à noyer dans la confusion.
Une méfiance des embrigadements dès mon plus jeune âge. Qu'il s'agisse de religion ou d'idéologies. J’ai toujours été méfiant - à tort ? - des mots d’ordre en chœur. Qu’ils soient raccord à une pensée proche de mes idées ou aux antipodes. Dans tous les cas, la meute ne se nourrit jamais de pensée complexe. Elle a juste besoin de slogans et d’ éructations de cerveaux. Rien d’autre. Sans doute pour ça que je n’ai jamais voulu être encarté. Ni assujetti à la parole de ma radio et autres médias préférés. Mes oreilles et mes yeux ont besoin de douter. Avec peut-être une tendance à me méfier du ronronnement mental généré par mes sources d’informations récurrentes.
Essayer de revenir toujours aux fameux « esprit critique » que nous ressassait un instit de l’école primaire. Nous exhortant quasiment à même remettre en cause sa parole. Toutefois, certains et certaines ne pensent pas en meute, même dans des manifs. Se regroupant autour de combats et de convictions pour apporter leur pierre au progrès. Mais pas soudés par le désir d’anéantir l’autre.Contrairement à meute animée par la haine. Avec des œillères mentales. La meute a juste besoin d’un os à grignoter et défendre. Jeté par tel ou telle gourou. Pour tenir et exciter la meute.
Comment conclure ? Pourquoi pas avec le « je est un autre ». Les mots d’un abominable humain et immense poète. Tout est dit, si bien. Un poète ayant réussi à synthétiser nos existences en quatre mots ? On pourrait même dire « je est des autres ». Ça grouille plus ou moins en nous. Sans que tout soit visible. Chaque individu serait comme un mur ou un sol. Derrière la façade, de nombreux tuyaux alimentent une histoire unique. Avec son meilleur et son pire. De l’autre côté des apparences, la présence de tous les autres qui nous habitent ou nous traversent. Être multiple.
Solitude tissée des autres. Pour pouvoir œuvrer dans le chantier de nos existences. Avec nos boues et beautés. Et ce qui est indicible. Chaque être soumis aux variations saisonnières de sa nuit sous la peau. Ce lieu dont nous ne savons pas tout. Ou un savoir qu’en éclaircies. Quelle que soit son intelligence, ses moyens ; personne ne peut tout éclairer de soi. Sans doute cette impossibilité qui nous rend réellement égaux sur le plan de l’humanité. Chaque histoire traînant sa part d’ombre. Sous le soleil de l'éphémère.
Pour un passage unique.