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Billet de blog 17 juin 2024

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Comme un lundi en France

Comment ça va ? Comme un lundi. Une expression populaire souvent entendue dans mon quartier d'enfance. La plupart du temps prononcée avec un profond soupir. A cette époque, la colère avait une couleur. Laquelle ? Rouge. La colère a changé de couleur. Désormais, c'est brun.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

            Comment ça va ? Comme un lundi. Une expression populaire souvent entendue dans mon quartier d'enfance. La plupart du temps prononcée avec un profond soupir. Je n'aimais pas du tout cette réponse. Avec chaque fois l’impression que la semaine à venir serait un calvaire. Guère un hasard si on disait aussi aller au chagrin. Par la suite, j’ai compris ce genre d’expressions. Liées à la réalité. Quasi tous les boulots de mes voisins étaient des tâches dures. Beaucoup d’ouvriers à la chaîne et dans le bâtiment. Des mains d’ici ou venues d’ailleurs. Avec un point en commun. Une grande majorité de ces mains ne profitaient pas longtemps de leur retraite. Morts très vite après leur annuité de comme un lundi.

         A cette époque, la colère avait une couleur. Laquelle ? Rouge. Certes, tout n’était pas rose. Mais les pauvres se déchiraient moins entre eux. Conscients qu’ils étaient du même côté. Entassés sur la rive de la République où l’on balance des miettes. Rien n’a changé sur le fond. Si ce ne sont les visages et éléments de langage. Gauche ou droite, le haut du panier se partage le meilleur de la République. Pour eux et leur progéniture. Les pauvres ne sont pas des abrutis. Ils sont aussi équipés d’un cerveau. Plus des oreilles et des yeux. Voyant bien que les lundis passent et se ressemblent. Rien de nouveau pour les plus démunis. Mais la colère est toujours là.

           Elle a changé de couleur. Désormais, c'est une colère brun RN. Elle n’est pas née d’un dimanche récent. Du brun FN au brun RN. Des décennies qu’elle revient dans les urnes à toutes les élections. Une colère instrumentalisée il y a une quarantaine d’années par quelques apprentis-sorciers. Dans quel but ? Que cette colère-légitime- soit repeinte en brun FN. Grand succès. Tous les dirigeants successifs de ce pays ont perpétué la tradition pour conserver le pouvoir. Faisant en sorte que les pauvres se battent pour leurs miettes. Suffit de leur lancer quelques leurres. Le meilleur est celui de l’immigré. Une valeur sûre et récurrente sur le marché de la division. Pendant que les pauvres se déchirent, les affaires continuent. Rien de nouveau. Matthieu Côte, un jeune chanteur- mort trop tôt - avait ironisé sur le sujet. Avec sa chanson. Provocation d’un jeune artiste voulant réveiller les plus démunis. Sans doute sincère dans sa démarche. Mais les pauvres ne sont pas cons. Ni les classes moyennes, et même plus haut dans l'échelle. Des pauvres au sens le plus large du terme. Mais tous et toutes des citoyens et des citoyennes très fatigués. Et toujours en colère.

          Comment continuer de diviser pour mieux régner ? Trouver de nouvelles sources de divisions. Une est arrivée à travers l'actualité. Terrible événement qui a été aussitôt exploité. Par les diviseurs de tout bord. Quelle est cette nouvelle division ? L’abominable du 7 octobre en Israël. Et la réponse qui a suivi : autre abominable à Gaza et ailleurs en Palestine. D’un seul coup, notre pays a été coupé en deux. À mon avis, nous avons rarement atteint un tel degré de division. Je sens des inquiétudes légitimes. Notamment de la part de certains copains et copines juives. Chaque Mohamed et Malika devenue antisémite ? La question n’est pas posée toujours directement. Mais elle flotte dans l’air. Dans une période où la méfiance s’est généralisée. Parano ou réalité ? Peut-être une mauvaise interprétation de l'air du temps. Mais la suspicion des uns vis à vis des autres est une réalité. Surtout entre les Mohamed et les Moise. Mais aussi entre d'autres prénoms. La division règne à tous les étages du pays. Le racisme et l’antisémitisme existent dans toutes les familles. Avec une indéniable augmentation des deux. Le pire n'habite pas que le camp de l'autre. Sans oublier le sexisme, l’homophobie, la transphobie… Plus d’autres fléaux de notre connerie humaine. Pas une famille ou un groupe n’y échappe. Parfois même dans son miroir...

          Que faire ? Un préambule justificateur avant toute conversation. Non, je ne suis pas antisémite. Même en me prénommant Mohamed, Abdel, Malika, et les autres.  Nous Judith, Sarah, Ariel; nous ne sommes pas antimusulman, ni d’accord avec le gouvernement israélien qui massacre des Palestiniens. Je suis ni anti blancs, ni sexiste, ni homophobe, ni violeur, ni tueur de femmes, etc. Non, je ne suis pas… Chaque individu doit apporter des justifications de sa non-appartenance au clan du pire ? Sortir et parler avec des étiquettes en bandoulière indiquant tout ce qu’on n'est pas ? Pour pouvoir entamer un dialogue plus ou moins normal ou même une polémique. Pour ma part, je suis déjà emmerdé par l’étiquetage musulman alors que je suis athée des pieds à la tête. Un athéisme de plus en plus mal vue dans une époque où la réligion - en plus de celle du fric à tout prix - a de nouveau le vent en poupe. Quel merdier dans lequel nous sommes. Je dois avouer ne pas savoir comment réagir. Paumé avec parfois du mal à penser notre époque. Dans un monde où l’empathie se cantonne de plus en plus aux souffrances de son camp. Avec obligation de ne se situer que d’un côté ou de l’autre. Sur la rive des méchants ou des gentils. Pas de doute et de pensée complexe. Ni la moindre empathie multiprise. Le cerveau et le cœur ne fonctionnent plus qu’en mode binaire ?

              Et, cerise sur le gâteau de la confusion, la possible arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en France. Celle que certains arabes, juifs, musulmans, noirs, et autres métèques, vont alimenter de leurs voix. Comme me dit avec une grande ironie un copain : c’est comme si un sanglier ou un chevreuil votait pour le parti des chasseurs. On aimerait en rire si ce n’était pas aussi dramatique. Aujourd’hui, que quelques-uns à se frotter les mains. Nos gouvernants balançant une grenade dégoupillée entre les pieds de la démocratie. Leur geste est réfléchi. Avec sans doute l’idée d’un profit à la clef. Quels sont les autres qui vont engranger sur les dégâts de ce jet de grenade diviseuse ?

             Les dirigeants d’extrême-droite. Ils vont tirer un gros profit de toute la haine et la division. Force est de reconnaître la belle manœuvre du RN ; pour une grande partie de la population, ses dirigeants n’apparaissent plus comme antisémites ni racistes. Sauf si on gratte derrière le sourire du gendre idéal et de la belle-fille parfaite. Toutefois ne pas confondre les cadres de ce parti et leurs électeurs et leurs électrices. La majorité d’être eux n’est pas antisémite, raciste, etc. Ce ne sont pas tous et toutes des fachos : un terme réducteur pour éviter de s'interroger sur l'histoire d'individus en colère. Notamment contre l’arrogance des élites de gauche et de droite. Avec leur regard vertical de mépris de celles et ceux qui pensent bien. Regardant de haut «  les beaufs » ; un autre raccourci. Dans cette folie en cours, n’oubliez pas non plus les obscurantistes islamistes, toujours sur le front pour recruter de la chair à ténèbres. Ils n'ont pas dit leur dernière haine. Qui sera le perdant dans tout ça ?

         Une perdante. La démocratie. Autrement dit, nous tous et toutes. D’abord les plus démunis. Puis peu à peu, tous les autres refusant de marcher au pas de l’ordre nouveau revenu d’un passé sombre. La perte sera totale. Sauf pour les jeteurs de la grenade et leurs associés. En tout cas, pour tordre le vieil adage ; on pourrait dire que, à certaines choses, extrême-droite est bonne. Puisque sa possible arrivée remet de la politique (pas son spectacle pathétique), du débat, et même du sens. Assistons-nous au retour du frottement des idées ? De nouveau, de vrais débat et pas des débâcles avec anathèmes ? La crainte de l’avenir a-t-elle réveillé les esprits assoupis ? L’avenir nous le dira… En attendant ; à plein de choses, l’extrême-droite est néfaste. Je ne suis pas le premier ni le dernier à le radoter. L'histoire nous enseigne l’extrême danger de l'extrême-droite.

         A ce propos du passé historique, laissons la parole à quelqu’un qui en dira plus et mieux qu'un billet d'humeur. Un  homme dont l’arrière grand-père a souffert dans sa chair de l’extrême-droite - déjà essayée par le passé dans ce pays. À l’époque où certains préféraient Hitler au Front populaire. Son aïeul se nommait Léon Blum ? Un homme politique très courageux  qui a combattu l'extrême-droite de l'époque. Bien sûr, les maux et les mots ne sont plus les mêmes de nos jours. Comparaison n'est pas raison. Toutefois, on peut trouver quelques similitudes avec les années sombres de la France et de l’Europe. Plutôt Bolloré que le Nouveau Front populaire ?

        Pour conclure, revenons à lundi. Quel visage aura celui du 8 juillet ? Celui qu’on lui donnera. Le visage de la nuit et du repli ? Celui que le dégoupilleur de grenade de l’Élysée et le RN rêvent en commun pour Marianne ? Un voile brun -pas que les islamistes à vouloir voiler la liberté - sur le visage de la République. L’alliance du dégoupilleur et du RN changera la face du pays. Pas pour l’améliorer. Au contraire. Pour l’assombrir. Mais un autre visage est possible à proposer à Marianne. Surtout en ce moment où elle affiche une face tendue. Inquiète de la situation. Redonnons au visage de Marianne ses belles couleurs. Celles des lumières et de l’universalisme.

         Tout faire pour que Marianne ne se réveille pas un matin du pied extrême-droite. Elle et nous méritons mieux.  Même si la réalité n’est jamais un tapis de pétales de roses. N'occultons pas les problèmes réels du pays et du monde. Sans pour autant nous rajouter des embûches en optant pour le pire. Revenons à un futur dimanche butoir de notre République. Ce jour-là, en s’y mettant à plusieurs millions, on peut offrir un cadeau à Marianne. Digne de tout ce qu'elle nous donne depuis si longtemps. Quel est ce cadeau collectif ?  Un beau réveil lundi 8 juillet pour Marianne.

            Sur une aube républicaine.

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