Mouloud Akkouche (avatar)

Mouloud Akkouche

Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...

Abonné·e de Mediapart

1808 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 septembre 2024

Mouloud Akkouche (avatar)

Mouloud Akkouche

Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...

Abonné·e de Mediapart

Cours de honte

Tout s’apprend de nos jours. Du yoga aux éléments de langage. À tous les coins de rue, on a des propositions de coaching. Sans oublier toutes les devantures pour apprendre à se faire du bien par tous les pores de sa peau. L’apprentissage en tout genre a le vent en poupe. Avec ses enseignants sincères et ses charlatans. Mais un domaine ne s’enseigne pas. Celui de la honte.

Mouloud Akkouche (avatar)

Mouloud Akkouche

Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Honte © Pierre Alechinsky

          Tout s’apprend de nos jours. Du yoga aux éléments de langage. À tous les coins de rue, on a des propositions de coaching. Sans oublier toutes les devantures pour apprendre à se faire du bien par tous les pores de sa peau. L’apprentissage en tout genre a le vent en poupe. Avec ses enseignants sincères et ses charlatans. Mais un domaine ne s’enseigne pas. Difficile d’imaginer ce genre de cours. Et c’est sans doute dommage. Cela dit, ça ne s’est jamais enseigné. Mais, me semble-t-il, ce serait un enseignement important de nos jours. Voire salutaire pour nous tous et toutes. Quel est ce domaine ?

         La honte. Suffit de regarder son écran ou écouter la radio pour s’en rendre compte. Des hommes et des femmes n’ont pas du tout honte. N’hésitant pas à affirmer tout et son contraire. Avec souvent des tremolos dans la voix et le front plissé du sérieux. Capable de dire tout autre choses dans les jours qui suivent. Sans oublier les promesses non tenues et autres magouilles. Néanmoins, tous et toutes ne sont pas tous et toutes pourries. Ici, sera évoqué, celles et ceux qui le sont plus ou moins. Et en plus, sans la moindre honte.

           À leur place, nous serions très nombreux à chercher à nous planquer. Ou au moins, faire profil bas. Ne pas la ramener et donner des leçons de morale. Mais elles et eux ne quittent pas la lumière. Continuant d’occuper le terrain comme si de rien n’était. Pas de mensonge, pas de détournement des fonds publics, pas de parole donnée et repris en tour de veste, etc. L’escroc et le menteur, c’est toujours l’autre. La vraie info, c’est la mienne. Tandis que mes adversaires distillent de la propagande. Certes pas un scoop. Réinventer l’eau chaude. Mais une question peut se poser de nos jours.

         La honte est-elle devenue un luxe ? Sans doute, puisqu'elle est de plus en plus rare. Ou extrêmement bien camouflée, réservée qu’à son miroir et ses très proches. Un certain nombre de personnalités publiques ne semblent pas y avoir accès. Nous avons des exemples au quotidien. À leur place, je me planquerais dans un trou de souris, toute lumières éteintes, et sans connexion. Les propos d’une femme après avoir lu le journal sur un comptoir. Je l’ai pris et me suis plongé dedans. Une énième magouille financière. J’avais observé en coin ma coloc de comptoir. Une femme en colère. Son café avalé très vite avant de courir au boulot. Sans doute pour un salaire de misère.

          Que les politiques à mentir et trahir ? Non. Serveur, plongeur dans un resto, archiviste (sortant et entrant des dossiers de retraite poussiéreux dans un immense hangar), vendeur de bagnole sans avoir le permis, animateur-éduc, télé-surveillance, secrétaire de CE en centrale nucléaire, etc. Mais quel est le milieu où la parole donnée était la moins tenue ? Dans la culture. Je ne parle pas des réponses négatives. C’est le jeu. Tout le monde ne passe pas le casting. Mais que de promesse, la main sur le cœur à convoquer les «  vraiment une belle rencontre et votre travail est remarquable », se terminant par «  le directeur de prod est en rendez-vous toute la journée ». Ou parfois une fin de non-recevoir sur une boîte vocale. Désormais, la nouvelle réponse négative est l’absence de réponse. Nombre de copains et copines artistes n'ont fini pas décrocher. Dont certains avec beaucoup de talent. Mais usés par le mépris et la parole non tenue.

           Sans doute la même chose dans d’autres milieux. Une réalité liée à notre époque de précarité. Quand celles et ceux, détenteur du pouvoir ou d’un pouvoir, opèrent sur un terreau de trouilles. Celles de perdre son boulot, ne pas être engagé à tel poste, être rétrogradé, mis au placard, ne pas décrocher le rôle… Des trouilles qui accentuent les soumissions à l’autorité. Chacun et chacune dans l’inquiétude de l’avenir. Son avenir. Les unes et les autres tentant de tirer son épingle du jeu. Pour essayer d’être présent dans la machinerie. Ne pas être exclu. Rester dans le circuit.

          Encore un enfonçage de portes ouvertes. Tout est déjà dit dans : beaucoup d’appelés et peu d’élus. Rien n’a changé. Si ce n’est que la brutalité des comportements du passé est tempérée par les éléments de langage. On ne dit plus une charrette, mais un plan social, etc. Seul l’enrobage est différent. Le but est toujours le même. Toujours plus pour quelques-uns, toujours moins pour la majorité. Mais tout ça avec le tutoiement, le coolisme, et bien sûr «  désolé, mais j’étais sous l’eau quand tu as essayé de me joindre. Mais vraiment, note rencontre m’a beaucoup apporté. Elle a du sens et… Désolé, j’ai un double appel. Je reviens très vite vers toi. Ciao, ciao. Et surtout porte toi bien. ». Rien de nouveau. Mais une nouvelle donne. Elle me paraît le reflet de notre époque. L’absence de honte.

          Pas uniquement dans le haut du panier. Nombre de nos mauvais comportements (je me mets dans la boucle.) est sûrement lié à l’absence de honte. Dans un grand nombre de situations au fil d’une journée qualifiée d’ordinaire. Que ce soit dans la sphère publique ou privée. Capable du pire professionnellement ou dans l’intimité familiale ou même amoureuse. Perdre d’un seul coup ou peu à peu la notion d’empathie. Ne plus s’intéresser qu’a son gain : matériel ou émotionnel. Prêt à tout pour gagner, sans se soucier des dégâts sur l’autre. Le tout sans éprouver la moindre honte. Où, s’il y en a une, de se défendre en disant «  j’assume » ou «  désolé, mais j’allais très mal. ». Puis on passe à un autre sujet. Le mal-être est souvent une réalité indéniable dans ce genre de rapport. Ainsi que l’orgueil.

         Un des grand cache-honte. Se planquer derrière l’affirmation de sa certitude d’être dans le vrai. J’ai raison, point barre. Et même si c’est faux, de conserver la maîtrise du terrain et interactions. Quels que soient le prix et les dégâts occasionnés sur les autres. Surtout ne jamais perdre la face. Donner toujours l’impression d’être droit dans ses bottes et dans son cœur. J’ai raison, j’ai raison… Mais quand même, tu as déconné là et… Non ! J’ai raison, j’ai raison… Mais… Non et non ! Ne dévoiler sa honte qu’à son miroir.

           Après tout, peut-être tant mieux. Si la honte redevenait une valeur cotée, une partie de notre personnel politique, du monde des médias, et d’autres personnalités publiques resteraient sous leur couette chaque matin. Pas sûr que ça change grand-chose en termes de faire tourner le pays et le monde. Mais beaucoup d’autres honteux, sans aucune visibilité, des honteux lambda, se cloîtreraient aussi sous leur couette. Pour qu’on ne croise pas leurs regards. Si les petites mains se mettent à avoir honte et se mettre en retrait, ce serait réellement inquiétant. La honte serait-elle dangereuse pour notre société ?

         Une question du bac, mais pas pour un blog. Parfois honteux. Pourquoi ?  De finalement ne rester qu’à la surface. Très rarement à naviguer en profondeur. Et en plus de ne jamais apporter de solutions concrètes. Se contentant juste de constats récurrents. Ne pas apporter une eau nouvelle au débat. Que des mots inutiles dans la marée des commentaires.

              Les limites du billet d’humeur passagère  ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.