Annus horribivirus

Une année de merde. Rare de trouver un tel consensus. Nul besoin d'un sondage pour connaître l’opinion des Terriens sur 2020. Fuir la pandémie comme d’autres une dictature ou -et- la faim ? Personne ne peut s’exiler pour y échapper. Nous sommes tous logés à la même enseigne «Incertitude & trouille». Toute la planète attend le matin du grand vaccin.


 

 © Marianne A © Marianne A

         

               

             Une année de merde. Rare de trouver un tel consensus. Dans les regards et sur les langues. Pareil pour les écrans et le papier quotidien ou hebdomadaire de la presse. Nul besoin de commander un sondage pour connaître l’opinion des habitants du pays et de la planète sur 2020. Une année carnassière qui doit être très bien placée au top des périodes noires depuis que les hommes et les femmes savent se haïr et s'entre-tuer. Même si d’autres époques ont fait exploser beaucoup plus la courbe des morts et blessés par barbarie humaine. En effet, le Covid fait petit tueur face aux guerres de religion, camps de la mort, goulags, esclavagisme, Hiroshima, Rwanda… Néanmoins, il a tué des centaines de milliers d’individus à travers le monde, laissant dans son sillage des millions de malades plus ou moins touchés, et tous les dégâts visibles et invisibles en cours ou à venir. Fuir la pandémie comme d’autres telle ou telle dictature ? Personne ne peut s’exiler pour tenter d’y échapper. Il a élu domicile sur toute la surface du globe. Sa présence nous logeant tous à la même enseigne « Incertitude & trouille ». L’espoir des lendemains qui chantent est remplacé. Toute la planète attend le matin du grand vaccin. Sûrement pas que des perdants avec ce virus. Qui pourra tirer des profits de l’année Covid ?

   Amazon, les vendeurs de masques, les commerciaux de libertés découpées sur le billot sanitaire, les complotistes (ne pas confondre avec l’esprit critique nécessaire et vitale), les labos, plus tous les commerces avec des reins solides. Sans oublier la déferlante de haine, de connerie ( tous milieux confondus ; avec palme d’or pour certains politiques et médecins censés être au-dessus de la masse pour nous éclairer), et bien sûr des km de fake-news sur les réseaux sociaux et les médias. Il me semble que notre bêtise individuelle (je m’inclus dans le lot.) et collective a rarement pu autant s’exprimer. Open bar pour les coqs et poules gonflés de leurs certitudes notamment médicales et paradant dans le poulailler des studios télé et radio. Le doute et le recul devaient se trouver en coma dans la même chambre, atterrés par nos réactions. Que du nul et sombre dans cette pandémie ? Non. Important de ne pas négliger pour autant les éclats de rires, de musique, de beauté, d’intelligence, de solidarité, de poésie, etc, qui ont fait office de respirateurs sous la couche de boue et inquiétudes légitimes. Malgré ces pépites ici ou là, une majorité d’entre nous, des plus faibles aux plus forts, se trouve affaibli. Entre résignation et anxiété de l’avenir. Fort heureusement des pointes de colères nous réveillent sous le joug de l’anesthésie et confusion en cours. Certains bien sûr sont plus déglingués que d’autres ; souvent les mêmes traversant déjà les jours et nuits sur un fil en espérant ne pas s’écraser avant la fin du mois. Plus de fil et qu’un mois sans fin ni sens ? Il y aussi des individus, de tous horizons, bouffés mentalement par le virus. Les poumons ne sont pas que son cœur de cible. Il a attaqué aussi l’intérieur de nos têtes. Touchant sans distinction petits et grands QI. Disposons-nous d’assez de respirateurs mentaux pour nos cerveaux confinés ?

    Un virus n’arrive jamais seul. Cerise sur Covid ; le retour en force de certains bas du front et sans cœur de la maison « barbare & islamiste ». Des virus sur deux pattes, gavés à un cocktail de religion tombée du camion et de télé-réalité, plus toutes autres sortes de produits décérébrant, qui sont prêts à décapiter tout ce qui bouge, rêve, rit, jouit, pense, débat, crée… Immobiles dans l’ombre, habités par leurs frustrations et asservissement au dernier qui a prié, ils n’ont qu’un rêve : cisailler le plus de beautés et lumières que leurs mains ne peuvent atteindre qu’a travers la mort d'un autre et la leur. Eux sont la version « sang et obscurité » du soi-disant habitant des cieux ; vit-il les volets clos pour ne rien voir de ce qui se passe sur terre ? En les entrouvrant, il verrait comment une minorité de ses adorateurs  se sert de son nom. Ces tueurs, nos semblables, sont donc programmés pour trancher la moindre étincelle poussant dans la nuit. Surtout si elle a des cheveux, une paire de seins, et qu’elle respire la liberté avec tous les pores de son corps. Ces fous de Dieu sont actuellement les plus dangereux sur le marché des religions. Ils sont donc en priorité à dénoncer et combattre. Toutefois, un intégrisme ne doit pas cacher celui - certes moins barbare de nos jours en comptabilité de sang versé - des autres religions. Certains de leurs membres profitent aussi de la situation pour affûter leurs serres obscurantistes et étouffe-progrès. De plus en plus d'extrémistes sur l’échiquier des cultes.

     Comme notamment dans une vidéo visionnée cette semaine. Un spectacle hallucinant. Au début, j’ai cru à une parodie. Du genre de celles classiques se moquant de la religion catholique. Pas du tout une critique sous forme humoristique. Mettre cette vidéo en lien ? Non. Parce que les acteurs de cette chorégraphie sont en majorité des enfants. Ce serait comme une deuxième manipulation en exhibant leur « image déjà embrigadée » comme le trophée de chasse d'un athée. Ces gosses ont déjà assez de poids sur les épaules. Et guère envie de faire une quelconque promo, serait-elle très limitée, à une telle vidéo. De quoi s’agit-il ? Un abbé et ses assistants détournant une belle chanson populaire pour en faire un outil de propagande aussi pathétique qu’inquiétant. Avec entre autres en guise de parole de combat : l’évangélisation virile. Par le goupillon et la queue ? Pourquoi les humanistes de tous bords, les gauchistes, les écolos, les intégristes de la finance continuant de détruire la planète et ses habitants, auraient-ils plus le droit de faire la promo de leurs idées que les fachos ( religieux ou idéologiques ; souvent les mêmes) ? La question se pose. Pas longtemps dans un monde dominé par la course à l’image. La com est devenue le lien commun entre le pire et le meilleur. Tous se servant des nouvelles techniques pour communiquer et propager leurs idées au plus grand nombre. Réguler sans censurer est le talon d’Achille de Démocratie ? Le débat reste ouvert pendant la pandémie, les bombes( certaines sont bien de chez nous douce France) sur le Yémen et ailleurs, et tout le reste ne se guérissant pas d’une piqûre ou un mélange médicamenteux. Mano Solo, avait-il raison en chantant « Y’a plus que les fachos pour avoir de l'espoir ?

   Dessine-moi une nouvelle année. On ne comprend pas ce que dit le Petit Prince. C’est à cause de son masque. Il réitère sa question. Dans le respect des gestes-barrières même dans le désert. L’aviateur se gratte la tête. Pas évident du tout comme dessin. Les yeux du Petit Prince ne le lâchent pas. Difficile de se dérober. Il se lave les mains à l’hydrogel et crayonne un dessin. « Tu mens ? ». L’homme fronce les sourcils. « Pourquoi tu dis ça ? ». Il froisse le dessin en colère. «Tu m’as dessiné une nouvelle année qui commence dans une planète avec des gens beaux, tous intelligents, tous souriants, un ciel sans pollution, plein de forêts et d’animaux, plus du tout de guerres et de morts violentes… C’est un monde vraiment super.». Il lui rend la feuille de papier. « Pourtant… C’est beau.». Le Petit Prince a l’air gêné. « Très beau mais pas vrai. Je veux le monde de 2021. Pas celui dont tu rêves. Un monde ne change pas en une minute le 31 décembre. ». L’aviateur hausse les épaules et se relave les mains avant de détacher une feuille de son cahier. « D’accord. Je vais te le dessiner le monde tel qu’il était en 2020 et sera après minuit en 2021.». Visiblement moins à l’aise avec ce nouveau dessin. Il parvient néanmoins à dessiner le pire des mondes : le nôtre. « Tiens.». Le Petit Prince le regarde un long moment. Il esquisse un sourire et le brûle avec un briquet. Le vieux monde réduit en cendres sur le sable. « Ce dessin ne me plaît pas non plus. Avoue-le, c’était plus facile à notre première rencontre quand je t’ai demandé un mouton. Et ouais ; même le Petit Prince a peur du Covid et des cons. Et aussi de l’avenir de la planète. ». Ils échangent un sourire. « Tu veux que je te le dessine ce beau monde de demain ? ». Il secoue la tête. « Non. Ne me le dessine pas. On va le construire. Et y a  beaucoup de boulot.». Le Petit Prince s’éloigne. Sa couronne remplacée par un casque de chantier. Il a une allure déterminée. Petit Prince d'un nouveau monde ? 

  Redescendons sur le plancher du siècle qui n'aura plus vingt ans. Nous arrivons à quelques semaines du changement d’année. Un passage sûrement plus chargé de sens que les années précédentes. La trêve des confiseurs, mais sans doute pas du Covid. Quel sera le souhait de la majorité des Terriens pour 2021 ? Sans le moindre doute : balayer 2020 d’un revers de coude et même lui coller un coup de pompe au cul. Revenir à des jours heureux (pas pour une grande partie des habitants de la planète testés positif au malheur et à l’horreur depuis des décennies) que nous avions cru banals. Serrer une main, s’embrasser, sortir sans masque, rétablir les distances humaines, boire un demi ou un café en terrasse, regarder des corps passagers de rues, râler, dire que c’était mieux avant, que tout ça, c’est toujours la faute des salauds d’en haut, d’en bas ou d’ailleurs, recommander sa boisson préférée, redevenir con ou conne, reprendre le fil de son intolérance et de ses trouilles habituelles, engueuler l’abruti faisant du bruit avec son scooter, lire son horoscope, couper la file d’attente à la poste, se croire à nouveau le centre du monde… Reproduire d'anciennes erreurs et en inventer de nouvelles. En bref : retourner à sa place de mortel imparfait. Celle que Covid et les virus obscurantistes ne pourront jamais nous ôter. Ni les autres manipulateurs de toutes sortes. Une place de choix pour être le monde à soi tout seul et avec tous les autres mondes croisés lors de son histoire d’être. Chacun et chacune, ici en bas ou là-bas en haut, avec son point de vue. Restons optimistes: il y aura de belles avancées pour tous. Nous en sommes capables quand on s’en donne la peine. La beauté et le progrès sont pugnaces. Des milliards d'individus seront sans doute bientôt vaccinés. Et tant mieux si ça sauve des vies. Même si les mêmes seront toujours les derniers vaccinés. Un virus ne redistribue pas la richesse planétaire. Le vaccin contre le pire de notre humanité n’est pas pour demain.  

  Le labo planétaire reste ouvert.

 

 

 


          

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