Mouloud Akkouche
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Billet de blog 21 oct. 2018

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Montauban, mes ailleurs

Cette fiction a été écrite lors d'une résidence littéraire de deux mois dans la ville de Montauban. Vous pouvez aussi écouter le texte lu par deux comédiens. Tous les liens du podcast se trouvent en bas de page. Des pas et des mots etc entre New-York et Montauban.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© Copyright Photo : Philippe Colin

           « Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. »

            Nicolas Bouvier


New-York

        « Faut que tu revois Montauban ».

        Le conseil de Dan m’a surprise. Se moquait-il de moi ? J'ai froncé les sourcils. Des semaines que je dégoupillais à la moindre contrariété. Et lui continuait de prendre des gants avec moi. Sans aucun reproche. Il allait m’entendre. Mais, ce soir-là, j’étais incapable de parler. La gorge nouée. J’ai tourné le dos. Les mains crispées sur le bord du balcon.

       Je sentais le poids de son regard. Dan était de plus en plus inquiet de mon état. Il a bredouillé une excuse. Ça lui avait échappé. Une maladresse due à sa tension. Sur le qui-vive en permanence. Il appréhendait chacune de mes réactions. J’ai haussé les épaules. Il a poussé un soupir avant de rentrer dans l’appartement. Je n’ai pas bougé. Toujours en colère.

       Pourquoi retourner à Montauban ? Pour tenter de me guérir ? Retrouver les clefs de mon histoire ? À quoi bon. Elles n’ouvriront que sur le passé. Jouer à la touriste nostalgique ne pourra effacer ma nuit.

      Mes deux nuits.

Montauban

         6h17                

         MB gare son chariot d’entretien devant le muret. Il extrait le sac de la poubelle bourré à craquer en sifflotant et le remplace par un nouveau. Premier sac diurne. Puis il ramasse les papiers gras, les cannettes, etc, disséminés sur le pavé ou autour du pin parasol. Beaucoup moins de cadavres métalliques ou de verre depuis quelque temps sur la placette. Elle se situe à l’un des angles de l’ancien collège des Jésuites. Chaque matin, il efface les débordements de la nuit. Concentré sur sa tâche sous l’œil imperturbable de Jeanbon Saint-André. Et du silence.

        Les rues du quartier sont désertes. Des sonneries de réveils ricochent de fenêtre en fenêtre. Plus de deux décennies qu’il travaille à la voirie. Bientôt cinq ans comme cantonnier dans l’hyper-centre. Lui et ses collègues, à pieds ou sur les engins de nettoyage, sont souvent les premiers à relever les traces du chantier nocturne. Les nuits d’été encombrant plus les trottoirs. Des « objets témoins » de bons ou de mauvais moments ? Ils ne se posent pas de questions. Pour eux uniquement des ordures à évacuer. Le jour doit se lever sur une ville propre. Sisyphes en gilets fluo.

        Comme chaque matin, il prend sa pause sur le muret. Une clope rapide devant le buste d’un héros du passé. MB fronce les sourcils. Sa bonne humeur habituelle polluée par la rencontre en sortant de chez lui. Son fils rentrant de virée. Chacun évitant le regard de l’autre. Des semaines que le père et le fils ne s’adressent plus la parole. Encore une journée où il séchera les cours. Le seul de ses six enfants à dériver. Il se sent débordé. Pourquoi son dernier ne ressemble pas à ses frères et sœurs ? Qu’a-t-il raté dans son éducation ?

        Ça ne peut plus durer. Il va le réveiller en rentrant. Parler d’homme à homme avec son fils, avant sa sieste quotidienne. Cette fois bien décidé à crever l’abcès. Finira-t-il encore le nez contre la porte de la chambre ? Sans toquer ou ouvrir. Gueuler ? Cogner ? Il l’a déjà fait. En vain. Le prendre dans ses bras ? Il ne sait pas faire. Le père a séché les cours de tendresse... Mais il sait qu’il doit faire quelque chose, avant le trop tard. Agir. Cesser de s’éloigner l’un de l’autre, sous le même toit. Un éloignement peut être sans fin. Il écrase sa cigarette et continue sa tournée.

        Réussira-t-il à lui parler ?

Rue Bessières

        Déjà plus d’une semaine que je les cherche. Retrouver les clefs de l’autre femme en moi ; celle d'avant le dérapage. Dan a fini par me convaincre. Persuadé que ce voyage me redonnera le goût de l’impatience. Et ma fébrile curiosité. J’en doute et trouve pathétique ce retour dans ma ville natale, après cinquante années d’absence. Ramenée par mon compagnon né à Manhattan : un homme des villes. Pas plus citadin que lui. Ne quittant le bitume que pour surfer sur des vagues.

        Qu’est-ce que je l’ai détestée sa cité qu'il aime tant. L’impression d’étouffer sous un ciel saturé de lignes verticales. « Je me casse d’ici ! Avant de devenir aussi folle que vous pour pouvoir survivre dans vos grottes climatisées et grouillantes de nouveaux sauvages. ». Dan m’en avait beaucoup voulu. Chez lui, c’est désormais chez moi. Le seul endroit de la planète qui a réussi à m’aimanter. New-York est devenue le personnage central de mon travail. Jusqu’à un matin de décembre.

        Première fois que Dan visite Montauban. Une ville qu’il a déjà parcourue, en long et en large, avec des visites virtuelles sur le Net. Plus toutes ses autres lectures. Incollable sur le sujet. Très fier de pouvoir distiller son savoir lors de nos longues marches main dans la main. Plaques historiques, devantures, tags, fringues des passants…. Il commente en direct tout ce qu’il voit. Un débit rapide comme par peur du silence. Il prend peu de photos. Un vieux gosse voulant emporter tout au « Magasin de l’éphémère». Il me fait souvent sourire.

        Déstabilisant de redécouvrir tous ces lieux, des bâtisses en vieilles pierres et briques, d’autres modernisées ou à peine construites ; ma ville natale revisitée à travers le regard et les mots d’un étranger. Une ville qui continue de me hanter. Malgré la distance entre elle et moi. Une frontière désormais infranchissable.

        Nos pas se mêlent à ceux d’une petite fille, d’une adolescente, d’une jeune femme… Loin devant nous. Une ombre sautillante sur la place Nationale. Incapable de rester en place. Ses pieds comme électrifiés par les dalles. Elle a encore disparu. Où est-elle passée ? Avalée par quelle porte ou ruelle ? Dan et moi ramant à contre-courant dans son sillage. Notre couple doit étonner les passants. Un duo d’équilibristes sur le fil de la mémoire. Et du présent.

        Dan a tout organisé. Efficace comme dans son job de manager. Mon contraire. Je n’ai eu qu’une exigence : loger dans le Montauban historique. À proximité de la rue du Greffe, la pâtisserie, l’école de la rue Bêche, l’Ancien Collège… Au cœur de ma seconde enfance. Sans me douter que la place Nationale se transformerait en un manège à ciel ouvert. Avec à son bord une gosse de soixante ans, tour à tour heureuse et inquiète. Cramponnée pour son voyage à rebours. Ne voyant plus la queue du Mickey. Ni tout le reste. Grisée par le tournis des images.

        Il a loué un appartement donnant sur les « Galeries Lafayette ». Une façade aux larges baies vitrées imperméable aux modes affichées à l’entrée. Les promeneurs nez levé peuvent lire, gravé sur le haut de la bâtisse : « Aux magasins réunis ». Nous donnons sur une cour intérieure. Très peu de bruit dans l’immeuble : un ancien hôtel particulier découpé en logements. Rares les voisins croisés dans l’escalier monumental. La cuisine sert surtout au petit-déjeuner.

        Comme chez nous, je dispose d’une pièce où personne ne peut entrer sans y être invité. Ni même Dan. Un accord tacite de notre contrat de vie depuis vingt-trois ans. C'est mon espace de travail. Le lieu où je passe le plus d'heures. Combien de temps sans avoir touché un pinceau ?

        Mon atelier improvisé donne sur une placette avec un buste de « Jeanbon Saint-André ». Passants et riverains occupent, tour à tour, un muret de briques à l’angle des rues Bessières et de l’Ancien Collège. Quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une halte unique ou renouvelée au quotidien. Assis seul ou à plusieurs sous un pin parasol. Bruyants ou silencieux. Parfois, les tables d’un salon de thé occupent l’espace. Ma fenêtre est ouverte en permanence ; je reste de très longs moments devant, debout ou assise sur une chaise. Mes jours et nuits rythmés par le souffle de la ville. La respiration de milliers de poitrines.

        Passage d’un engin nettoyeur de rues.

07h45

        LJ est assise. Son éternel sourire aux lèvres. À ses côtés se trouve Pierre. Il a tout de suite accepté son invitation à descendre de Paris pour quelques jours. Le seul qui ne lui en veut pas de prendre toute la lumière, occulter la présence des 123 autres face à elle. Tous effacés par son sourire. Depuis leur arrivée, il ne cesse d’écrire. Sans doute un de ses textes dénonçant les puissants. Guère un hasard si on l’a surnommé « Le fléau des princes ». Elle hausse les épaules. Visage légèrement crispé. Toujours souriante.

        Elle se souvient de la période où elle a été cachée, à quelques dizaines de mètres de là où ils se sont assis. Une cache près du pont des Consuls. Rares ceux qui étaient au courant de sa présence. Fuyant la capitale occupée par les nazis. Elle se trouvait dans une chambre d’un immeuble à l’angle de la rue de la Comédie. Sous le regard d'un homme très attentif. Jamais un geste déplacé. Elle y était bien, mais il fallait encore bouger. Fuir plus loin. Cette fois dans un château du Lot.

        L’exode de la star du Louvre.

Quartier de la Mémo

        Douzième étage. Première fois de ma vie que je prenais l’ascenseur. La nuque tapissée de sueur. Une boule au ventre. Me retenant de gueuler. Je m’étais accrochée au bras de Laflèche. Elle m’avait regardée bizarrement. Et moi morte de honte. J’avais baissé les yeux. Surtout ne pas croiser son regard. Bondissant dehors dès l’ouverture de la cabine. C’était ma meilleure copine du collège. Inséparables. La première en gym, surtout en course. Mais aussi dans les autres cours. J’allais le plus souvent possible chez elle. Un peu trop au gré de Maman, jalouse de cette relation. Ma seconde famille.

        Chez elle, c’était aux antipodes de chez moi. Que de rires dans leur petit appartement. Sans oublier la musique. Loin de l’ambiance de la maison. Stupéfaite les premières fois ; on pouvait donc vivre comme ça. J’ai rarement entendu Papa éclater de rire. Maman un peu plus. Le silence occupait une grande partie de notre logement. Seules les infos à la radio le narguaient plusieurs fois par jour. Le pouls du monde pris religieusement autour de la table de la cuisine. Pas la moindre violence, le frigo toujours plein. Aucun anniversaire ou fête oublié. Une enfance pas malheureuse. Ni heureuse. Avec en arrière-plan une gravité permanente. Un poids pesant lié aux années sombres. Une époque dont ils parlaient peu et par périphrases. Le masque de la guerre figé sur leur visage. Plus tous les indicibles.

        Les parents de Laflèche avaient aussi vécu des événements durs. Misère et exil au menu de leur existence. Pourquoi eux passaient leur temps à se marrer ? Rares les moments où le passé polluait leur présent. Une meilleure tenue de camouflage que d’autres ?

        Ils vivaient dans un nouveau quartier de Montauban. Au dernier étage de la tour Navarre. Avec vue sur toute la ville. Une ville avec un gros appétit. La rencontre verticale d’anciens et de futurs Montalbanais. Les premiers, issus de zones rurales en cours de déclin, n’avaient pas eu à faire un long voyage pour déposer leurs valises. Même s’ils avaient dû franchir des frontières invisibles, s’acclimater à d’autres mœurs que celles des champs et des labyrinthes d'arbres fruitiers. Les seconds, espagnols, italiens, maghrébins, avaient fui la guerre, la misère, souvent les deux. La plupart issus de la terre. Tous heureux de l’eau chaude de la salle de bains. Un paradis ? La joie et le bon voisinage pas au rendez-vous tous les jours. Parfois des coups de boule et des hurlements. La haine ordinaire germant dans la promiscuité. Avec tous la même religion : remplir le frigo. Et croire à son dernier tiercé.

        Malgré ses excellents résultats, Laflèche a quitté l’école à 14 ans. Gagner une paye pour trouver un logement était sa priorité. Mariée très tôt, elle avait emménagé dans le même quartier que ses parents. Ils s'adressaient des signes d’une fenêtre à l’autre. Nos relations se sont distendues. Chacune le nez dans son sillon quotidien. Avec toujours un air désolé en se croisant dans la rue. Faudrait se revoir. On se rappelle... Nous avons longtemps correspondu après mon départ. Ses courriers de plus en plus chargés de colère. Bien décidée à ne pas baisser les bras. Comme quand elle était déléguée de classe. Puis la tristesse a peu à peu pris le dessus avant la résignation. Trop usée pour continuer d’y croire. Un voile sombre semblait avoir recouvert le quartier des Chaumes. Elle m’avait annoncé son déménagement. Sans me donner sa nouvelle adresse.

        Quarante piges rasées de la carte d’un seul coup ! L’homme qui grommelle est debout à ma gauche. Un gros fumeur. Intrigué par Dan et moi, il nous avait demandé ce que nous faisions dans le coin, sur son territoire. J’avais botté en touche avant d'expliquer que j’avais connu la cité des Chaumes. T'étais quel bâtiment ? Squattant aussitôt la paire de nouvelles oreilles.

        Des barres arrachées comme des dents pourries dans une mâchoire. Remplacées par quoi ? De nouvelles prothèses urbaines toutes neuves. Ça nous fait une belle jambe de... de béton tout frais. Et pourquoi tout ça ? Pour redonner le sourire à tout un quartier. Des conneries qui... Il gobe la fin de sa phrase et grogne. T’es jamais content toi, réplique une femme. Pour que tu sois heureux, faudrait que rien bouge. Et que tu puisses te plaindre. Radoter. Tu vois pas que c’est mieux qu’avant. Pense un peu aux autres derrière nous. Il grogne à nouveau. T’es vraiment naïve. Ils veulent nous enfermer ici pour qu'on aille pas les emmerder en ville. Nous parquer loin des écoles de leurs gosses et de leurs bons restos. Il rallume une cigarette. T'es pas en ville ici peut-être. N'importe quoi. Je préfère être naïve que déjà dans le trou comme toi. Le serveur leur demande sèchement de se pousser. Ça va, on a compris chef. On était là avant ton bistrot. Leur polémique s’éloigne.

        Dan et moi déjeunons à la terrasse ensoleillée de la « Brasserie de la Médiathèque ». Sûrement l’un des seuls café à porter un tel nom. Un établissement qui se trouve face au vaisseau spatial comme l’a surnommé Dan. Une structure ultra moderne trônant au milieu d’un carrefour. Rien à voir avec la bibliothèque devant le square Picquart. Qu’est-ce qu’on y était à l’étroit. Pourtant pas un jeudi sans y passer des heures. Et mon premier job d’été.

        Qu’en penserait Laflèche ?

08h45

        Elle a envie de hurler de joie. Se lever du muret et embrasser tous les passants de la rue. Elle se sent d’un seul coup une autre. Indestructible. Plus la petite fille écrasée par une mère tyrannique. Elle ne l’a d’ailleurs pas mise au courant de sa décision. Trop peur d’être polluée par ses propos toujours négatifs. Sans oublier ses conseils à rallonges. Comme si ne comptaient que sa parole et son expérience. Tout ça c’était terminé. Elle avait d’autres priorités que de ménager les susceptibilités de sa mère. Et de secouer un père absent englué dans son adolescence. Sa vie à elle à remplir.

        Un beau cadeau de fin d’année. Une année difficile sur le plan professionnel. Les cadences de plus en plus dures à la boutique. Le nouveau patron du salon est un vrai petit tyran. En plus toujours à laisser traîner ses mains et mater dans les décolletés des coiffeuses et des clientes. Elle a déjà postulé ailleurs. Pas le travail qui manque en coiffure. Surtout avec son CV. Et son copain a un bon poste dans une boîte informatique. Aucune inquiétude de ce côté-là.

        Son portable vibre.

         « Alors ?».

        Elle répond :

        « C’est bon !».

        Elle pose la main sur son ventre.

Ancien marché couvert

        Bruits et odeurs se télescopent dans la moiteur matinale. J’avance à pas lents dans les allées. Dan, qui me tient le bras, est mal à l’aise. Contrairement à moi qui ai toujours aimé les marchés. D’ailleurs très déçue en débarquant sur la place Lalaque. Le marché couvert n’existe plus.

        D’autres activités dans la vaste nef de béton et verre qui l’abritait. Une construction ne passant pas inaperçue. Son architecture était considérée comme très avant-gardiste dans les années trente. Seules quelques briques disséminées dans les murs apportent une couleur de l’industrie locale. Son toit en escalier rappelle une pyramide. Les nombreuses fenêtres et les centaines de pavés de verre au plafond offrent une grande luminosité. Comme si toute la lumière naturelle, autour de l’édifice, était aspirée et confinée derrière les murs. Aucun pilier dans cet immense ventre de Montauban. Un ventre désormais fermé.

        Une pluie battante se met à tomber. Nous nous réfugions sous les auvents. J’allume une cigarette. Dan ne peut réprimer un soupir. Nous avions arrêté ensemble il y a une vingtaine d’années. L’envie de reprendre avait résisté à la première nuit. Pas à la seconde.

        Elle est ici. Sera toujours ici, assise à quelques mètres. Petite fille hors du monde. Son père lui avait dit « Ne bouge pas de là. Je reviens vite. » Deux samedis par mois à l’attendre. Parfois longtemps. Au début elle attendait sagement, bras croisés sur le banc. Jusqu’au jour où elle avait ouvert son sac d’écolière. Pour tout dessiner autour d’elle. Les vendeurs et les clients regardaient souvent par-dessus son épaule. « Je peux te l’acheter.». C’étaient des touristes. Avant même qu’elle réponde, la femme avait sorti une liasse de billets. Ses parents la tueraient si elle acceptait de l’argent d’inconnus. Que faire ? Soudain seule, très seule au milieu de la foule. Ils avaient insisté.

        Son premier dessin vendu.

09h25

        Le referait-il ? Une question qu’il ne se posa pas sur le moment. Mais aujourd’hui, avec le recul, il peut s'interroger sur son choix. Était-ce vraiment un choix ? Ce 3 mars 1930, il n’avait pas hésité un seul instant. Réagi sans réfléchir. Pas le seul à être intervenu dans l’urgence. Parmi les sauveteurs à ses côtés : un futur criminel. Qui aurait cru, à ce moment héroïque, qu’il allait basculer quelques années plus tard. Le même homme ayant sauvé des vies allait devenir une ordure à Paris. Et participer très activement à la déportation et mort de dizaines de milliers de Juifs. Beauté et horreur dans le même corps.

        La promenade l’a fatigué et attristé. Même si découvrir un quai à son nom l’avait ravi. Et heureux de retrouver sa ville natale. Il a tourné un long moment en ville basse. Une partie du quartier qu’il a connu est complètement chamboulée. Ne reconnaissant plus que quelques façades. Il était resté longtemps devant l’une d’elle. Le ventre noué. Les yeux de plus en plus embués.

        L’usine de biscuits « Poult » de son père bouffée par les pelles mécaniques.

        Il aurait dû la reprendre...

Le Fau

        Dan s’étonne du nombre de pins parasols près des maisons. Certains très anciens. Je lui explique qu’ils signalaient les habitations de protestants. Plus ces arbres étaient nombreux, plus la famille avait du pouvoir. « Je comprends pourquoi il y a toujours un temple et un cimetière protestants. » Dan, peu porté sur le patrimoine architectural et la religion, avait absorbé très vite un grand nombre d’informations. Une facilité d’absorption et rapidité de synthèse qui m’a toujours manquée. Il me faut du temps pour assimiler. Une lente contrariée durant toute ma scolarité. Me contentant d’une bonne moyenne pour donner le change à tous les comptables autour de moi. Pour pouvoir retourner dans ma bulle de contemplation.

        Nous montons au hameau de Fau. Qu’est-ce que j’ai souffert en bicyclette les week-ends où je rejoignais mon frère dans la ferme des grands-parents. Pourquoi ne pas être d’abord venue ici ? Le premier lieu dans l’ordre chronologique de mon histoire. J'ai été la dernière née au village. À cause de la neige. Impossible donc de se rendre à la maternité. Notre ferme se trouvait au bas d’une pente très raide. Le médecin avait été contraint de la descendre à pieds. Peut-être pour ça que je suis si frileuse. Et déteste l’hiver.

 - Nous sommes arrivés, dit-il.

        Je ne bouge pas de mon siège. Mes grands-parents sont les seuls membres de ma famille enterrés dans le cimetière. Les cendres de Papa et de Maman dispersées en Alsace. Née ici mais pas mon nom sur une pierre tombale. Plus rien ne témoigne de mon passage dans ce village. Quartier est désormais la nouvelle appellation.

        Grincement métallique du portail. Dan, bouffé de curiosité, est déjà rentré dans le cimetière. Un lieu qu’il visitait dans chaque ville où nous allions ensemble. Nos voyages lui manquent-ils ? Je détache lentement la ceinture et sors à mon tour. Pousser ou pas la porte ? Ma dernière visite sur leur tombe remonte à mes dix-neuf ans. Quelques jours avant mon départ de Montauban.

 _ Qu'est-ce que c'est vallonné ! Mais pas une ferme. Ça ne ressemble pas à ce que tu m'as dit. Juste une vieille grange là-bas.

        Il siffle et ajoute :

 _ Vraiment impressionnante cette immense tour de télécommunication en pleine campagne. Sûrement le point le plus haut de Montauban.

        Stupide d'être revenue sur mon lieu de naissance. Le pathos nostalgique du retour aux racines que je craignais m’apparaît d'un seul coup. Avec l'impression de me retrouver dans les pas d'une étrangère. Qu’avons-nous encore de commun ? L’enveloppe charnelle. La cohabitation d’une petite fille et d’une femme sous le même corps. Rien d’autre ne nous unit. Elle se trouve à des années-lumière de ce que je suis devenue. Passée de l'autre côté. Définitivement.

 _ On repart.

        Il toussote.

 _ Tu veux pas qu'on...

 _ Non !

        Des pas sur le gravier.

 _ Vous cherchez quelque chose ?

        Une voix avec un accent italien.

        Je me retourne :

 _ Non. On s'est trompés de route.

 _ Pas du bon côté du Fau, ricane-t-il. Les riches c'est là-bas.

 _ Nous n'allons pas là-bas !

        J’ai haussé le ton. Furieuse d'être assimilée à de nouveaux arrivants. Les riches pouvant tout se payer, même les murs du labeur et de l’enfance. Qu'est-ce qu'il croit ? Je suis autant que lui du Fau. Mes grands-parents ont trimé comme des chiens. Leur sueur a arrosé des centaines d’arbres fruitiers. En plus, moi, je suis née au Fau. Pas comme lui qui vient de... C'est bien toi qui te moquais de la quête de racines. Ma petite voix intérieure pointe mes contradictions. Elle a raison, mais… Je m'en contrefous. Trop touchée pour réfléchir.

        Me présenter ?

 _ Vous savez... Tout le monde croit qu'y a que des riches dans notre p'tit coin. Certes y en a beaucoup, nettement plus que partout à Montauban. Mais nous aussi, les anciens, les paysans, on est pas à plaindre. Cette terre nous a bien nourris. On est pas des pauvres. Même avec nos ongles noirs de terre.

        Il se racle la gorge.

 _ Je... Vous savez... J'aime les Français. Quand on est arrivés ici, on avait rien. Que des... des impasses dans nos valises. Plus rien devant nous. On nous a bien accueillis. Même si certains en ont bien profité... C'est comme ça... Pas un pays sans salopards. On y peut rien. Mais à mon âge... Bientôt 90 ans. Je me souviens du premier jour de notre arrivée… Dans une ferme un peu plus haut sur les coteaux. Des draps pour notre première nuit. On a pas dormi dans la paille comme d'autres. Un vrai lit au Fau.

        Il pouffe.

 _ Pas que je m'ennuie... Bonne route m'sieur dame.

       Ses semelles traînent sur le gravier.

 _ Ramène-moi, Dan.

        Ma voix chargée de sanglots.

10h10

        Il s’assoit et pose la guitare contre le muret. Une femme, très fluette, s’installe près de lui. Il l’a souvent vue. Elle marche toute la journée. Il jette un rapide coup d’œil à son portable. Plus qu’une dizaine de minutes avant l'affichage des résultats. Une copine de cours, déjà sur place, doit l’appeler. Lui annoncer s'il est reçu ou pas.

        La marcheuse s’est levée. Elle l’a toujours intrigué. Une femme que beaucoup connaissent de vue. Pourquoi passe-t-elle sa journée à marcher ? Sans changer de circuit. Comme si ses pas étaient programmés à l’avance. Une programmation immuable. Tournant et tournant sur quelques rues. Comment a-t-elle été prise dans cette toile d’araignée ?

        Il ouvre l’étui de sa guitare. Un bel instrument payé en partie après une saison de ramassage de fruits. De temps en temps, il va jouer dans les marchés de Montauban et d’ailleurs. Seul ou avec un trio jazz manouche formé au lycée. Il joue aussi pour des mariages. Acharné à trouver le plus de dates possibles. Pour prouver à ses parents que ce n’est pas une lubie. Mais sa vie.

         Sera-t-il pris au conservatoire de Montauban ? Son projet entêté depuis la sixième. Au grand dam de ses parents qui le voyaient suivre le sillon scolaire de ses deux frères : droit ou médecine. La musique n’est pas un choix par défaut. Il a obtenu son bac avec la mention bien. De nombreuses autres portes lui sont ouvertes. Toutes laissés fermées.

         Trop étroites pour ses rêves.

Pont Vieux

         Première fois que je m’attarde dessus. Je l'ai toujours traversé au pas de course, le regard dirigé vers la ville basse. A cause du vertige ? Non. Juste de son nom. Gosse, j’avais la trouille qu’il s’effondre de vieillesse. Morte d’inquiétude dès que j'y mettais les pieds. Me débrouillant pour l'emprunter le moins possible. Alors que je ne ressentais aucune appréhension sur le pont neuf. Et tous les autres. Ni à mon vingt-septième étage de Manhattan. Plus possible pour moi de vivre à ras du sol. Ou dans une petite cité.

        Même si j’ai aimé cette ville aux reflets changeant dans ses deux miroirs liquides. Bleu du ciel, sourire rose des façades, arbres et terrasses repeints par le soleil... Un beau tableau terni par des ombres récurrentes. A plusieurs reprises, surtout une fois, le Tarn et le Tescou ont noyé le visage de la ville dans leurs eaux les plus sombres. Une nuit inscrite dans la chair de Montauban depuis la crue de 1930. En plus des combats, plus loin dans l’Histoire, entre huguenots et catholiques. Le beffroi de l’église Saint-Jacques en porte encore les stigmates. Comme si l’écho des 400 coups, tocsin invisible, ne cessait de résonner dans l’air. Montauban c’est très hard. Une violence que je n’aurais peut-être pas appréhendée sans la première impression de Dan. Pourquoi ces drames, la douleur inconsolable de la ville, me touchent plus qu'auparavant ? Nouvelle empathie héritée de ma première nuit ?

        Dan mitraille le Tarn avec son Smartphone. Commentant au fur et à mesure ses photos. Les gens à côté de nous doivent aussi en profiter. Je l’interromps rarement. Si heureux de me « raconter ma ville ». Mes souvenirs se mêlent à ses propos en boucle. Comme une bande son au fort accent américain. Une musique entre hier et aujourd’hui. Composée sur une partition invisible.

        Nous traversons le pont. La frontière entre la ville haute et basse. Encore deux mondes pour une même cité ?

        « L'une des plus belles vues sur le feu d'artifice du 14 juillet ». L'homme, un retraité, n'avait pas hésité un seul instant à accepter ma demande. Son appartement, à fleur de Tarn, se trouve en vis-à-vis du musée Ingres.

        Dan appuie sur le bouton de l'interphone. La porte s'ouvre avec un bruit sourd. Disparu le grincement entendu durant trois ans. Et l'aboiement du chien de la pianiste.

 _ Entrez, je vous en prie !

        Il nous propose un café. « Super endroit, murmure Dan. Tu as dû te régaler ». Le propriétaire revient avec les tasses. « Vous êtes la première personne ayant habité ici que je rencontre. Tout s'est fait par notaire. Je dois vous avouer que c’est pas facile de lier connaissance ici ». La raison de son enthousiasme à nous accueillir ? Je lui avais demandé de visiter l’appartement où j'avais vécu de 17 à 19 ans. Quand mes parents quittèrent Montauban. L'Alsace manquait à Papa. Et Papa était plus important que Montauban pour Maman. Je n'avais aucune envie de les suivre. Des mois de conflits avant qu'elle leur propose. Ma sauveuse.

        La vieille dame était une bonne cliente de Papa. Une ancienne musicienne classique, formée au conservatoire de Toulouse. Violoncelliste, mais tout le monde l'appelait «la pianiste». Pour ses soirées, elle commandait souvent des gâteaux personnalisés ayant un lien avec la musique. La pièce montée noire et blanche en forme de piano créée par Papa avait fait sensation. Elle donnait des cours de piano et solfège aux rejetons – surtout rejetonnes - de la haute société montalbanaise. La fille du pâtissier y eut aussi droit. Papa ayant toujours regretté d'avoir dû abandonner le violon. « Certains sont faits pour pratiquer la musique. D'autres uniquement pour l'écouter. Et tu fais partie des écouteurs. Ce n’est pas une honte, ma p'tite. Chacun son talent ». Elle avait renoncé à m'enseigner la musique. Mais, sans en avertir mes parents, elle continuait de me recevoir une fois par semaine. L'instrument confiné dans son étui. Remplacé par mes oreilles.

        Elle m'a ouvert les fenêtres du monde. « J'ai parcouru la planète entière avec ces mains. Mon vrai passeport ce sont eux... ». Parfois, elle s'arrêtait de parler, fixait ses doigts tordus par l'arthrose, puis affichait à nouveau un sourire, et m'emmenait en voyage avec elle. Le voyage d'une rebelle à perpétuité. « On était trois copines à l'époque. Issues de bonnes familles et dédiées à faire de bonnes maîtresses de maison, sourires à la commande et pas un mot de travers. Loin d'être notre rêve de vie même si on connaissait tous les codes. Alors on a commencé à foutre des coups de pieds dans la fourmilière des « culs et cœur serrés ». À tel point qu'on nous avait surnommées «les trois emmerdeuses». Faut dire qu'ils en ont vu des vertes et des pas mûres avec nous. Les trois seules filles à fréquenter les grands noirs qu'avait ramenés le Panassié dans ses bagages de jazz. On a même bu et fumé de l'herbe avec eux. Plus tout le reste... Je ne vais pas te faire un dessin ma p'tite. À propos de dessin, prend ce livre sur Picasso ». Ma bibliothèque privée pendant des années. Elle ne me posait jamais de questions sur mes lectures. « Nous les femelles sommes le plus ancien paillasson de l'humanité. Ne laisse surtout personne s'essuyer les pieds sur ton histoire de femme. Ni un homme, ni un dieu. ». Sa phrase gravée dans tous mes miroirs.

        Elle avait proposé à mes parents de m'héberger pour que je continue mes études à Montauban et Toulouse. Maman avait fini par accepter. Une autre paire de manches pour Papa. Il ne voulait jamais rien devoir. Une morale rigide doublée d'un sale caractère lui ayant valu nombre d'ennemis. Grand collectionneur d'anciens amis. « Ce ne sera pas gratuit. En échange de la chambre, elle fera le ménage, la cuisine, et me tiendra compagnie les longues soirées d'hiver. Et je ne suis pas un cadeau de vieille femme. » Un argument imparable. Elle est morte trois ans après mon départ. La femme de ménage l’a retrouvée assise sur le canapé. Le diamant tournait encore sur le disque. Un 33 tours de jazz.

 _ Venez par ici.

        Nous passons sur le balcon.

 _ Je ne me lasse pas de cette vue. Quel immense privilège de vivre face au musée Ingres. Et de traverser chaque jour un pont du 14esiècle pour aller boire mon p'tit Vino verde chez le Portugais. Vivement que disparaissent ces échafaudages sur la façade du musée.

        Il nous invite à nous asseoir. Je ne me fais pas prier. Pareil quand il nous propose un deuxième café. Dan optant pour une bière. Les pas de notre hôte crissent sur le parquet. Même son, autres semelles. Je ferme les yeux.

 _ Paraît que la Joconde a failli être emportée par une inondation.

 _ Vous savez. La vérité historique se déforme avec le temps.

 _ J'ai lu que...

        Chacun y va de sa version. Pendant qu'ils comparent la taille de leur érudition historique, je m’enfonce dans mon fauteuil et grimpe d'un étage. Ma chambre donnait sur le Tarn. Une nuit d'été, le bruit du fleuve se mêla à deux souffles. Il avait dix ans de plus que moi. Un étudiant revenu pour l'été à Montauban. Mon premier amant. « T'emmerde pas avec une vieille fêlée comme moi. Va le rejoindre ». Il me plaqua au bout de trois mois. En me laissant sa piaule et son chat.

 _ On va pas se quitter comme ça, lance notre hôte. Je vous invite à boire un coup au « Moderne ».

        Je souris.

 _ A la mémoire de l'emmerdeuse !

10h35

        MRG s’assoit sur le muret. En sueur. Elle s’éponge le front avec un mouchoir en tissu. Frêle silhouette dans l’air déjà très lourd. Elle aime bien venir se reposer quelques instants sur le muret. Regarder les passants lui plaît beaucoup. Essayant de deviner l’esprit d’inconnus à travers les traits de leurs visages. Imaginer une destinée juste en interprétant une démarche. Sa récréation après une vie bien pleine. Une femme qui n’avait pas froid aux yeux.

        Ceux qui l’ont côtoyée au « 64 Faubourg du Moustier » et ailleurs le savent très bien. Nombre d’hommes d’hier et d’aujourd’hui, forts en gueule, avec ou sans micro, n’auraient pas accompli un dixième de ses actes. Une tête bien pleine sur des jambes très solides. Circulant au sens propre et figuré à rebrousse-époque. Elle avait refusé de se planquer bien à l’abri dans le peloton suivant les routes bien balisées. Combien de ces passants auraient opté pour un choix si difficile ? Mettre sa vie en péril pour en sauver d'autres.

        Elle sourit en apercevant un vélo. Rien à voir avec sa vieille bicyclette. Celle avec laquelle elle avait sillonné villes et villages. Infatigable factrice. Une factrice différente des autres. Qu’un seul courrier dans sa besace. Les mots de résistance de Monseigneur Théas. Une lettre appelant à résister contre les nazis qui fera le tour de la région. Avant de franchir les frontières du pays et traverser la Manche. Pour continuer d’être lue sur les ondes de « Radio Londres » et relayée partout sur la planète. Un visa pour l’humanité.

        Sa vieille bicyclette continue de rouler. Sans la jeune femme qui la chevauchait avec un grand courage. Son «vieux clou» a traversé les mers dans la soute d’un avion. Mécanique désormais trop usée pour rouler encore sur les routes. Exceptée celle de la mémoire.

        Son vélo garé au musée de Yad Vachem.

Rue du Greffe

        Ma deuxième naissance. Exilée ? Peut-être pas le bon terme pour un déplacement si court. Et au regard des vraies douleurs migrantes d’hier et d’aujourd’hui. Pourtant, à sept ans dans cette rue, j’ai eu l’impression d’avoir effectué un long voyage. Un déracinement de quelques kms. J’étais troublée par la nouvelle situation, surtout en croisant le regard de maman. Elle essayait d’assurer. En vain. Une inquiétude flottait dans ses yeux. Avait-elle eu raison de partir ?

        La fille unique avait plaqué ses parents et la ferme pour traverser la frontière : vivre en ville. Avec de surcroît un homme venu d'ailleurs. Ses mains, tannées par les travaux des champs, rendraient la monnaie dans une pâtisserie. Celle où officiait Papa, chef pâtissier, premier ouvrier de France, paumé dans les vergers. Il n'était pas fait pour la taille des arbres et la récolte des fruits. Au grand dam de mes grands-parents qui avaient tout sacrifié pour monter leur exploitation. Ne plus être « les bras d’autres » et pouvoir dire « ma propriété ». Ils s'étaient sentis trahis. Une trahison jamais pardonnée.

        Une boucherie, avec une affichette de fermeture définitive, a remplacé la pâtisserie de Papa. Les anges de la porte sont encore accrochés. Je passe et repasse les doigts sur les lignes en fer forgé. La pâtisserie était-elle bien à ce numéro ? J'ai un doute. Ma seule certitude est qu'elle se trouvait dans cette rue. L'une des plus animées du centre-ville. Dan est déjà accro à l'apéro du samedi midi, après le marché. Nous y allons parfois en soirée. Un îlot au cœur d'un quartier éteint très tôt. Qui suis-je pour juger ? Juste de passage. Cette ville, même si j'y suis née, m'échappe. Hors de son présent.

        Je me fie plus aux impressions de Dan. Lui est sans passé ni passif avec Montauban. « Y a plus de tatoueurs que de boulangeries.». Ce fut l'une des premières remarques de Dan de retour d'une quête de pain et croissant chauds. Le nombre de boutiques à vendre ou louer l'avait aussi stupéfait. Dès 19hOO, la ville semble changer d'habitants. Peu après la fermeture du tribunal et des autres administrations, les rideaux baissés des commerces, une autre population occupe l'espace public. La plupart sans tickets restaurant ou carte bancaire. Des pauvres avec l'accent d'ici ou apportés par les vents chauds méditerranéens. Plus une nouvelle population issue des pays de l'Est. Chaque soir, des mains fébriles dépiautent leur panier-repas clandestin : les denrées invendues et préparées en sac sur les poubelles de Monoprix. « Incroyable », s'exclame chaque fois Dan quand nous assistons à cette scène furtive, presque irréelle tant elle semble issue d’un roman de Zola ou de Dickens. Je ne l'ai jamais entendu réagir de la même manière en croisant les pauvres de New-York. La pauvreté plus révoltante ailleurs qu'au coin de sa rue ? Une cour sans miracles, étouffée par des marchands de sommeil, prend l'air toutes les nuits dans certaines rues du centre de Montauban. Comme dans nombre de villes moyennes.

        Son labo de pâtissier se trouvait au fond de la cour. J'y prenais souvent mon goûter. Assise le plus invisible possible dans les coulisses de la pâtisserie. Je dévorais des yeux Papa concentré sur sa table. Très fière de lui. Sauf quand il poussait des gueulantes sur ses arpètes. Toujours trop exigeant. Une exigence professionnelle qui le bouffait. Le boulot était prioritaire sur tout le reste. Guère un champion des marques d'affection. Même si je sais qu'il aimait profondément sa famille. Ainsi que ses amis express. Une tendresse sans mots. Juste de temps en temps une rapide caresse sur ma tête et la tape virile sur l'épaule de son fils. Résumé d’amour paternel en un dixième de seconde. Fallait inventer le reste.

        Je pousse la porte. Elle ne s'ouvre pas. J'insiste en râlant.

 _ Il y a un digicode, fait Dan.

        Quel code pour les fantômes ?

11h05

        La tablette est posée sur ses genoux. Un écouteur vissé dans l’oreille. De temps en temps, il boit une gorgée de café dans un gobelet. Parlant très fort comme seul au monde. Un vieil homme, assis à côté de lui, se lève agacé et s’éloigne en pestant. Exclu du bureau éphémère.

        « Écoutez cher monsieur, vous ne trouverez pas une aussi bonne affaire. Un pas-de-porte commercial au centre-ville, dans l’une des rues les plus commerçantes du quartier. Croyez-moi, c’est…. ».

        Il dodeline de la tête. Visiblement irrité par son interlocuteur au bout du fil. Il triture sa cravate en pensant à sa contre-attaque. Chaque contrat compte pour avoir son quota. Le patron de l’agence immobilière qui l’emploie en « agent extérieur » lui a donné un objectif à atteindre pour accepter de l’embaucher. Enfin une place fixe. Terminée la chambre d’hôtel miteuse dans laquelle il végète depuis plus de trois mois. Son CDD en poche, il cherchera à louer un appartement et faire venir sa famille. Son couple ne tiendra pas s’il passe son temps sur les routes. Marre d’embrasser son fils que par Skype. Il est pressé de se poser dans une ville. Et faire son trou.

        « Écoutez… Cette ville est en train de changer. Une évolution en accélération. Ce n’est pas un hasard si autant d’agences immobilières s’y installent. Dont une enseigne très prestigieuse et médiatisée. Investissez maintenant avant qu’il ne soit trop tard. J’ai d’autres clients dessus. Vous êtes prioritaire, mais… ne tardez pas trop ».

        Un large sourire s’affiche sur son visage. Il coche une case sur l’écran. Le prospect est ferré. Suffit juste de trouver une date pour la signature. Un contrat de plus.

        Bientôt un vrai bureau ?

Cuvette de Sapiac

        « L’arbitre au Tescou ! »

        Je me lève aussi en gueulant. La majorité des spectateurs scande la même phrase. Sauf bien sûr les adversaires de l’USM Sapiac. Dan glisse une question à mon oreille. Je lui explique qu’un jour un arbitre avait fini dans l’eau du Tescou. Depuis, c’est le cri de colère contre les erreurs d’arbitrages ou juste la mauvaise foi naturelle de supporters déçus. Guère branché sport, il se serait bien passé de cet épisode dans notre virée montalbanaise. Malgré mon insistance, il n’avait pas voulu me laisser seule au milieu de la foule. Une foule soufflant sur les braises de très bons souvenirs. Gamine dans un maillot toujours trop grand.

        Les matchs en famille. Une programmation préparée ensemble sur la table de la famille. Comme d’autres prennent un abonnement au théâtre. Les planches et les galeries d’art moins prisées à mon époque que le stade. Papa, préférant le foot, le cyclisme et la boxe, avait fini par adopter le rugby et ses effets collatéraux sur toute la ville : la première conversation avant la météo et la critique – sport national – des politiques et des journalistes. Maman, si effacée, devenait d’un seul coup une autre femme dans les gradins. Une pile électrique nous faisant parfois honte. Le ballon ovale se passait de génération en génération. Mon frère était pressenti pour intégrer l’USM ou un autre club de la région. Son ascension stoppée net par une jambe cassée. Une immense déception. Il la camoufla en se plongeant à fond dans le travail à la ferme. Forçat solitaire de la terre.

        Je me sens bien. Le meilleur moment depuis notre arrivée. Comme si dans cette enceinte plus rien ne pouvait m’arriver. Protégée par tous les anonymes. Peut-être des gens que je connais. Personne ne peut me reconnaître derrières mes lunettes noires. Ici, sans doute plus ou moins pareil dans nombre de stades, les différences « en ville » s’effacent le temps d’un match. Même si une minorité se trouve dans les tribunes VIP et la majorité côté « pesage ». Dan n’a pas compris que je ne prenne pas une meilleure place. Restée fidèle au « pesage ». Comme la « Cuvette de Sapiac » à ses origines populaires. Le stade ancré au cœur de maisons modestes. Certains la surnommaient « la cuvette des cheminots ». Un quartier à la population changeante. Toulouse très près à vol d’emploi.

        « Putain ! Con ! On paye pas des impôts pour qu’ils branlent rien sur le terrain ! » Le vieil homme devant moi ne cesse de fulminer. Parfois, le patois émaille sa colère surjouée. Quelques-unes de ces formules me replongent au Fau et dans d’autres villages autour de Montauban. « On ne dit plus patois. C’est une forme de mépris des classes dominantes ». Ce jour-là, dans un couloir des Beaux-Arts de Paris, j’avais failli l’étrangler ce connard d’étudiant qui savait tout à la place des autres. « Tu préfères peut-être que je dise langue vernaculaire ou idiome. ». Il m’avait fusillé du regard avant de me dédier son dos et rejoindre ses amis. « C’est ça… Casse-toi ! Baï Caga ! ». Me promettant de ne jamais lui adresser la parole. Pour l’inviter quelques mois plus tard dans mon lit. Un abruti, mais quel amant.

        Dan s’impatiente. Il ne cesse de soupirer. Parfois, j’ai envie de le plaquer. Pas pour les même raisons que la période où je le tannais avec l’incontournable EroSion des sentiments et des corps. Obsédée par le «temps qui pourrit tout » de « Bijou, bijou », la chanson de Bashung. Pour mes 50 ans, j’avais fugué six mois de la maison. Cette fois, je voudrais fuir pour qu’il n’ait plus à me supporter. Le libérer du poids que je suis devenue. Rester seule avec mes deux nuits. Ne plus lui imposer l’image d’une femme aigrie et, pire encore, sans désir. M’enfoncer seule, loin du regard de l’homme que j’aime. « Non ! C’est pas possible ! Pourquoi y nous colle une pénalité ? L’arbitre au Tescou ! » Je me relève et gueule. Une pénalité décisive. Comme mon retour à Montauban.

        Je croise les doigts.

12h15

        S’asseoir ou continuer sa marche à travers la ville ? Hésitante. Un couple de touristes est déjà assis sur le muret. Ils feuillettent des documents de l’office de tourisme. ODG s’éloigne avant de rebrousser chemin et s’installer.

        Elle était partie à l’âge de 22 ans. Veuve avec un enfant à nourrir. Elle avait rejoint sa sœur à Paris. Revenir à Montauban est compliqué. Elle n’y a pas beaucoup été aimée, même reniée. Plus de mauvais moments que de joies. Très curieuse de nature, elle avait envie de voir comment la ville avait évolué. Si longtemps après.

        Quelle surprise de voir qu’elle n’avait pas été oubliée. Au contraire. Mise en avant depuis plusieurs années par la ville. Sa ville natale. Très émue de lire son nom sur la façade du théâtre municipal. Elle n’avait pas osé y entrer. Préférant aller s’asseoir à la terrasse du café en face. Une majorité d'hommes comme clients. Et que des serveuses. Sans doute pas des habitués du théâtre.

        Une femme tatouée assise sur une moto, portable à la main, attire son attention. Le monde à changé, se dit-elle. Les femmes ne sont plus traitées comme à son époque. Elles ne risquent plus de perdre leur vie à cause de leurs opinions. Sauf dans certains pays. Elle esquisse un sourire en se disant qu’elle n’avait pas dilapidé son temps à noircir des pages. Et même très fière de son travail de femme et de citoyenne. Ils lui ont coupé la tête. Mais pas sa langue qui continue de vivre à travers « La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne».

        Un travail encore en chantier.

L’Ancien Collège

        La cour est en travaux. Elle est entourée de barrières. Dan a comparé l’ancien collège des Jésuites à un immense phare de briques dans le centre ancien. Une bâtisse imposante où touristes et habitants se croisent dans les deux cours et ruelles avoisinantes. Sous leurs pas les racines fantômes de jardins disparus. Le collège, où mon frère passa une année, abrite désormais l’office de tourisme, le Centre du patrimoine et le Conservatoire de danse. De temps en temps, je presse le bras de Dan pour qu’il ralentisse; s’arrêter devant le portail d’entrée et écouter la musique mêlée aux conseils de la prof. Me replongeant dans un autre lieu et des sons différents. Maman m’avait inscrite à la danse dès six ans. Elle adorait danser. Contrairement à Papa. Elle avait fini par danser toute seule aux rythmes de la radio dans notre salon. Même catastrophe que pour l’apprentissage du violon. Son rêve par procuration avait volé en éclats.

        Avec mes copines de l’école de la rue Bêche, on venait souvent traîner aux abords du collège. Mater les grands. Crânant quand mon frère m’adressait un signe. Il plaisait à mes copines. Au moindre prétexte, acheter du pain ou les cigares de Papa, je faisais un détour par l’ancien collège. Rarement seule devant les grilles. Nul besoin de portable pour se retrouver. Les inséparables de la classe de CM2. Jusqu’à ce que je décide de ne plus y aller. Bouffée de colère et de honte. Mes copines n’ont jamais su pourquoi je les avais lâchées. Trop long à expliquer. Et je n'avais pas encore les mots.

        Une fin d’après-midi, j’ai entendu des cris dans la cour. Maman m’avait dit de ne pas traîner, car nous avions rendez-vous chez le coiffeur. Après une hésitation, je m’approchais. « Sale bouseux et boche. Retourne chez toi ! ». J’étais restée bouche bée. Engluée dans le trottoir. Mon frère se battait avec un autre collégien. Tous les deux au sol. «Sale boche, sale boche »tournait en boucle dans ma tête. Mon frère avait le dessus, mais un autre est venu prêter main forte à son agresseur. J’aurais voulu me transformer d’un seul coup en une géante et sauter la grille. Pour détruire le gros con. Deux copains de mon frère, un d’origine polonaise et le second fraîchement débarqué d’Italie, sont intervenus. Dégage toi aussi le Macaroni de mes deux ! Une bagarre rangée débuta. « Ça suffit ! ». L’intervention d’un surveillant mit fin à la rixe. Pas à ma colère.

        Mon frère croisa mon regard. Ses yeux entre rage et larmes. Il détourna la tête. Je me sentais impuissante. Incapable de lui venir en aide. Il s’éloigna avec son agresseur, encadrés tous deux par le surveillant. L’un et l’autre furent renvoyés plusieurs jours. En fin d’année, après moult polémiques avec les parents, il repartit à la ferme. A la grande joie de mon grand-père si heureux de transmettre son savoir-faire. Un week-end sur deux, j’enfourchais mon vélo pour le rejoindre. Il avait l’air heureux de travailler dans les vergers. Nous passions de longs moments ensemble, souvent silencieux au bord d’un ruisseau. Nos bouchons dans la même eau.

        Pas une seule fois cette bagarre fut évoquée entre nous deux. Les parents n’en ont pas reparlé non plus. En tout cas, mon frère, très heureux d’être revenu au Fau, avait retrouvé le sourire. Contrairement à moi, la ville ne lui plaisait pas. Il ne s’y rendait que par nécessité. Seuls les matchs de rugby et les troisièmes mi-temps le faisaient traîner un peu plus dans les rues de Montauban. Parfois, j'entends encore « sale boche ». Une insulte inoubliable pour moi.

        Mon baptême de la connerie humaine.

15h18

        Le vieil Indien bourre sa pipe à tabac. Il se cale sur le muret et étend ses jambes. Le mois de novembre lui revient en mémoire. Impossible de l’oublier. Une telle main tendue ne peut pas s’oublier. Sans elle, lui et ses compagnons Osages, à bout de souffle, seraient morts d’épuisement. Sauvés par l’accueil de Montalbanais. Une ville ayant ouvert sa porte à trois hommes en guenilles qui faisaient peur à voir. Accueillis par toute une population.

        Ils étaient partis à six de La Nouvelle Orléans. Poussés par une sorte de producteur de spectacles qui leur avait promis beaucoup d’argent. À leur arrivée des milliers de gens venus les acclamer sur le port du Havre. Puis une tournée triomphale en passant par Paris. Jusqu’au jour où le producteur, accusé d’escroquerie, fut jeté en prison. Et tous les six livrés à eux-mêmes. Sans le moindre argent ou papiers. A errer sur les routes d’Europe.

        Lui et ses deux compagnons d’infortune arrivèrent exsangues à Montauban. Traversant le pont Vieux pour aller frapper à la porte de l’évêché. L’évêque les accueillit. Il fit même un appel à dons. La population les aida à retourner dans leur pays d’origine. Depuis, en plus d’un jumelage officiel, celui invisible du cœur entre deux territoires. N’importe quel Montalbanais, perdu à Pawhuska, y sera accueilli à bras ouverts. Les Osages gardent la mémoire de la main tendue.

        Même 187 ans après.

Canal de Montauban

        Le soleil s’est décidé à apparaître en ce mois de juin. Même si la météo prévoit le retour des pluies. Sur le conseil d’un serveur de chez « Lulu la Nantaise», nous avons loué un petit bateau à Port Canal. Jamais en dix-neuf ans de Montauban je n’avais navigué sur le Tarn. Pourtant des heures passées sur les berges ou dans l’eau. C'est dans le Tarn que Papa m’avait appris à nager. Aussi sévère chef pâtissier que maître-nageur. Mes premières brasses sous l’œil inquiet de Maman. Elle a toujours refusé que je lui apprenne à nager. Ne trempant que ses pieds aux ongles rouge vif.

        Dan est à la barre. Volubile comme d’habitude sur tout ce qu’il voit. En rajoute-t-il pour moi ? Je sais qu’il compte beaucoup sur ce voyage. La chimie, la relaxation, la psy… Rien n’avait fonctionné. Notre couple, de plus en plus plombé par mes sautes d’humeur, allait imploser si je ne remontais pas la pente. Il appréhendait cette séparation. Une perspective ne m’enchantant pas non plus. Surtout que nous avions vaincu ensemble ma première nuit. Et en plus l’amour toujours présent. Comment éviter un tel gâchis ?

        Difficile de lutter contre un mal avançant masqué. Un masque avec mes propres traits. L’ennemi bien planqué sous ma peau. Un dimanche en pleine nuit où Dan était descendu pisser, il m’aperçut assise dans la pénombre du salon. J’y passais la majeure partie de mon temps. Ce jour-là, je feuilletais l’un de nos albums photos. Un geste anodin. Plus pour moi… C’est à ce moment que Dan eut l'idée du voyage de retour.

        Le cri d’un geai me fait sursauter. Je tourne la tête de gauche à droite et me redresse sur l’embarcation. Quelques secondes d’incertitude avant de me rappeler où je me trouve. « J’ai une de ces faim ! Ça te dirait de pique-niquer ici ». Je réponds d’un hochement de tête. L’embarcation glisse sur la droite. Dan arrête le moteur puis m’aide à descendre. L’eau est froide.

 _ Personne sur cette petite île, remarque Dan. On va être tranquilles.

        Nous marchons une trentaine de mètres pour manger à l’ombre. Dan peste de ne pas avoir apporté le tire-bouchon. Le rosé restera dans la glacière. Je croque dans une tomate.

 _ On se fait une p’tite sieste.

        Ma proposition le laisse sans voix. Trois ans d’abstinence

        Je me serre contre lui.

18H25

        Plus qu’une heure avant la conférence de presse. LIZ attend sur le muret. Des lunettes noires sur le nez. Elle déteste cacher son regard aux autres. Mais pas d’autres moyens pour échapper aux autographes ? Surtout à Montauban où elle est très connue. Elle ne va pas se plaindre. La plupart des gens sont bienveillants et même admiratifs. Que deux ou trois fois où elle a eu à subir de la malveillance. Personne ne sait qu’elle est sortie par une porte dérobée de l’hôtel. Besoin de se retrouver seule. Souffler.

        Cette ville n’est pas comme toutes les autres. À chacune de ses étapes, elle est plus troublée qu’ailleurs. Un trouble qu’elle sait passager. Rien, ni personne, ne peut la détourner de sa ligne de conduite. Résolument optimiste et combative. Pas d’autres choix. Elle doit avancer. D’abord pour lui. Elle refuse qu’il soit parti pour rien. Ainsi que les deux jeunes parachutistes abattus en 2012 par un barbare dans les rues de Montauban. Le même tueur qui avait tué son fils à Toulouse et un homme et des enfants dans une école juive toulousaine. Le monstre sanguinaire lui a ôté le regard de son fils. Mais il n’a pas réussi à la détruire entièrement. Une part d’elle ne sera jamais dans le noir. Ni le silence. «Mon combat, chacun de mes mots c’est comme des fleurs sur sa mémoire », répète-t-elle inlassable. Une voyageuse infatigable de l’espoir. L’optimisme ou le vide ? Elle a choisi.

 _ M’dame ! S’il vous plaît !

        Elle rajuste son foulard.

 _ Vous pouvez me le signer ?

        L’adolescent lui tend son cahier.

Zone nord

        Le restaurant est plein. J’ai eu une soudaine envie de manger chinois. « Vous n’en trouverez pas dans le quartier, surtout à cette heure-ci. Il faut que vous alliez en Zone Nord ou Alba Sud ». Le passant qui nous avait renseigné avait un léger bégaiement. Se lamentant de l'absence de vie nocturne dans l'hyper-centre. Pour dans la foulée critiquer le bruit des fêtards sur la place Nationale où il résidait. Dan avait appelé un taxi.

 _ Incroyable cette ville ! Tu passes carrément de rues du 17 ième siècle à un gigantesque centre commercial à ciel ouvert, en à peine quelques minutes. Juste après avoir traversé un bout de campagne. Un sacré grand écart.

        Je hausse les épaules.

  _ Partout comme ça.

        Sur notre droite, un groupe très volubile finit de dîner. Apparemment une équipe de bénévoles d'une antenne du Secours populaire, près du restaurant. Un homme à la voix grave semble sans cesse refréner sa colère. Comme pour ne pas se laisser submerger par elle. Une femme évoque la librairie ouverte au milieu des denrées alimentaires et des vêtements. Puis un homme avec un accent africain embraye sur les difficultés de stockage. Je les écoute avec une pointe de jalousie. Des individus assez forts pour occulter leurs soucis et s’occuper des autres. Contrairement à moi rivée à ma douleur. Plus rien d'autre n'existe que mes deux nuits.

 _ Pourquoi ça me serait interdit ?

        La porte de la boîte s’ouvre. J’avais entendu un jeune couple en parler au restaurant. « Ça te dit qu’on se finisse « Chez le Russe. ». Dan leur avait demandé de quoi il s’agissait. Le russe est un ancien joueur de l’USM et patron d’une discothèque en ville haute, à proximité du musée Ingres. Un des rares lieux noctambules.

  _ Bonsoir, fait le videur du Cai.

        A peine entrée, je me précipite sur la piste de danse. Dan me rejoint peu après. Notre couple doit détonner parmi les habitués. Les deux plus âgés. Je me lâche complètement. Vider ma tête en épuisant mon corps. Je ne cesse de heurter les danseurs. Aucun ne râle. Tous très indulgents.

        Maman danse avec moi.

19h00

        AD et ML sont assis tous les soirs à la même heure. Blottis l’un contre l’autre sur le muret. Parfois un très long moment sans bouger. Ni échanger le moindre mot. Se serrer fort et s’embrasser comme si c’était la dernière fois qu’ils se voyaient. Tous les deux sont élèves de terminale au Lycée Capou. Elle est interne. Son village se trouve à une trentaine de kms de Montauban. Lui vit dans une des rues adjacentes. Avec ses parents dans un hôtel particulier.

        Ils ont échangé leur premier baiser à quelques rues de là. Un soir d’hiver sous le kiosque en face du Tribunal de grande instance. Au cœur de la place avec un coq en fer forgé sur une croix. Un animal témoin du passé triomphant des catholiques. Il est juché sur les vestiges d’un temple protestant détruit par arrêté royal. Aujourd’hui la terrasse en été de chez « Lulu la Nantaise», le bar-restaurant au pied de l’immeuble le «Soleihiou». Les combles ouverts du dernier étage l’ont toujours intriguée.

        Elle n’est jamais rentrée chez lui. Juste aperçu les fenêtres derrière la grille monumentale. Chaque fois, il l’accompagne à son scooter. Ce soir, elle a envie de le pousser dans ses retranchements. Comprendre pourquoi ses parents refusent de la voir. Alors qu’ils sont ensemble depuis deux ans. Pourquoi invente-t-il des baratins ? Elle est persuadée qu’il lui cache la vérité.

        Elle le fixe droit dans les yeux.

 _ Pourquoi ils me détestent ?

        Il baisse la tête.

 _ Arrête ta parano.

        Elle le tire par le bras.

  _ Alors, viens, on va chez toi. C’est à côté.

        Il toussote.

  _ Je te l’ai déjà dit. Ils sont persuadés que c’est toi qui me fais fumer de l’herbe et…

 _ Tu me dis la vérité où c’est fini !

        Il relève la tête.

 _ Tu vas pas me croire.

        Il se gratte le crâne et murmure :

 _ Parce que ma mère a vu ta croix huguenote.

        Elle ouvre des yeux ronds.

 _ Pas possible.

        Il détourne les yeux.

 _ Si, c’est… Je...

        Elle hausse les épaules.

 _ Tu sais… Mes parents sont pas au courant non plus pour nous deux.

        Il relève la tête.

 _ Pourquoi ?

        Elle soupire.

 _ Ben… Ils me feraient la gueule si je fréquente un catho.

        Ils éclatent de rire.

Place Nationale

        Certains soirs, après l’école, des petites filles se retrouvaient sur la place Nationale. Elles avaient inventé un jeu. Sautiller à tour de rôle de dalle en dalle, leur sac d’école sur le dos, jusqu’à ce que l’une des deux autres lance un mot. Celle en mouvement devait s’arrêter. Et raconter une histoire en relation avec le mot pour pouvoir continuer. La joueuse ayant effectué le plus de tours avait gagné. J’étais imbattable à ce jeu.

        Dan m’expliqua qu’elle avait été élue quatrième plus belle place de France en 2015. « Les doubles arcades se nommaient le couvert des Drapiers, des Sabots ou du Blé. Elles ont d’abord été en bois avant d’être détruites par un incendie. Et reconstruites en briques. ». Je l’écoute d’une oreille distraite. Sa radiographie de la ville m’agace de temps en temps, mais je sais qu’il est si heureux de partager ce voyage. Lui emporté par la découverte au présent. Et moi à remonter le temps. Sur un fil tendu depuis l’enfance. Un fil sans lumière.

        Fasciné par les couteaux, il tient absolument à y entrer. La coutellerie Napoléon toujours en activité. Sa vitrine, témoin d’une autre époque, dénote parmi celle des autres commerces de la Place. Je l’ai attendu dehors. A sa sortie, un sac à la main, nous sommes allés en terrasse au « Café des Arcades ». Plus sûr du tout qu’il s’agisse du bistrot où, après une promenade au cours Foucault, nous allions parfois prendre un verre. Papa et Maman avec une Suze. Et les deux gosses buvant une menthe à l’eau. La couleur de ma boisson me fascinait. Guère un hasard si mes premiers dessins d’enfant étaient surchargés de vert. L’établissement était tenu par une famille d’exilés italiens. « Il y a une photo du vieux bar à l’intérieur. Tu veux que je demande au barman si c’est bien celui où tu allais avec tes parents? ». J’ai refusé d’un hochement de tête. Puis, après un silence, je me suis levée. La menthe n’aura plus jamais sa couleur. Comme tout mon passé.

        Dan s’est arrêté pour fouiner dans les bacs de chez « Baux livres ». Le commerçant nous a proposé de rentrer. J’ai pris la main de Dan. Une odeur de papier flottait dans l’air frais de la boutique. « Ce n’est pas une coquille sur la devanture. Mon nom, c’est Baux avec un x ». Le courant passa très vite entre eux-deux. Surtout que le bouquiniste était intarissable sur l’histoire de la place et de la ville. Dan l’inonda de questions. Je découvris des parts inconnues de ma ville natale. Le bouquiniste se proposa alors de nous raconter une histoire de la place Nationale. Sa voix chaleureuse, rythmée de petits rires, était agréable. Un conteur qui savait tout effacer au profit de l’instant. Offrir un conte entre réalité et fiction.

        Un peu comme mon retour à Montauban. Soixante années plus tard, je me retrouve au même endroit. Sans cartable sur le dos. Avec des bagages plus lourds, que je suis venu vider, pour essayer de faire le tri. Ne repartir qu’avec l’essentiel. La petite fille très forte au 1,2,3 raconte-moi a vieilli. Une femme assise à la terrasse du « Café des Arcades ». Mon histoire égrenée de dalle en dalle.

        Encore combien de tours ?

23h00

        Le touriste sursaute. La main sur son appareil photo, il jette un coup d’œil en l’air et sur le pin parasol puis s’éloigne. Le chant de l’oiseau retentit à nouveau. Le touriste se retourne en se demandant s’il n’a pas rêvé. Sans pouvoir imaginer que l’oiseau est assis sur le muret.

        Nombre de Montalbanais connaissaient ce drôle d’oiseau urbain. Un oiseau aux ailes usées, mais heureux de voleter de rues en ruelles jusqu’ à installer son étal coloré place Nationale. Il a fait partie du décor durant des années. Le « bouquiniste conteur » lui a dédié une partie de sa vitrine. En mémoire d’un homme de plumes.

        Certains le définiraient comme un artiste brut. Lui ne s’en est jamais vraiment soucié. Il créait ses petits objets sans se préoccuper d’un quelconque catalogage d’experts. Comme le boulanger fait son pain. Très heureux quand quelqu’un lui achetait un de ses tableaux ou petites sculptures. Des billets pour continuer. Vivre.

        Sans doute qu’il n’aura jamais une place ou une rue à son nom. Comme de nombreux autres artistes de la ville et d’ailleurs. Pourtant, lui «illustre inconnu», a eu une stèle en sa mémoire. La première détruite par le vent. Et la seconde tombée et déplacée temporairement. Décidément boudée par la postérité. Pas par les oreilles de la ville. Suffit de tendre l’oreille pour entendre ses imitations d’oiseau.

        Le chant d’un canard joyeux.

Rue Bessières

 _ Un cimetière rue de l’Égalité. Les urgences de l’hôpital se trouvent dans la même rue. Et la prison avenue Beausoleil. Ils ont beaucoup d’humour à Montauban.

        Depuis notre retour du cimetière urbain, Dan essaye de me dérider. En vain. Mon frère aimait se rendre dans ce cimetière. Il m’avait entraîné quelques fois avec lui. « C’est le carré des soldats allemands de la guerre de 14. Ils ont été faits prisonniers dans la région et on travaillé dans les fermes et ailleurs. La plupart sont morts de la grippe espagnole. J’aurais bientôt le même âge qu’eux ». L’histoire le fascinait. Surtout les deux dernières guerres. Il faisait toujours aussi une halte sur la tombe de Manuel Azaña. La dernière demeure du président espagnol en exil était très sobre. Notre visite s’achevant avec le buste sculpté par Bourdelle sur la tombe d’un prélat. J’étais pressée d’en sortir. Mal à l’aise. Alors que mon frère s’y promenait comme dans les rues d’un village. Le sien depuis un quart de siècle. Pourquoi avait-il refusé de finir sous la terre du Fau ?

        Plus rien à chercher. Je sens que la boucle est bouclée. L’état des lieux achevé. Indéniable que ce retour m’a fait du bien. Déjà moins sur les nerfs. Parfois même à croire à une sortie de ma dépression. Espoir très vite assombri par mes pensées pessimistes. En tout cas, j’ai épuisé les sources apaisantes de ma ville natale. Il est grand temps de repartir. Retrouver mes ailleurs.

        J’ouvre la porte de l’atelier.

 _ Dan, tu peux venir ?

        Première fois qu’il entrait.

 _ Incroyable !

04h22

        DB pose son vélo contre le muret. Six de ses copains sont déjà là. Il tape dans plusieurs mains et s’installe avec eux. Des canettes métalliques et des emballages jonchent le sol. Il accepte la bière qu’on lui tend. Il vient quasiment toutes les nuits. Sa dernière halte avant de rentrer chez lui à Beausoleil bas.

        Sa sœur vient de lui laisser un texto. Elle lui a annoncé son départ pour Paris. Son premier poste de prof de philo. Elle va lui manquer. « je viendré te voir la hau.» Lui renverra-t-elle son texto corrigé ? Au début, il lui en voulait. Très vexé. Pour qui se prenait l’autre intello de service ? Puis sa colère est retombée. Devenu même un jeu entre eux. Son cours d’orthographe numérique en pointillés. « Avec plaisir p’tit frère.». Il sourit.

        Un éclair zèbre le ciel et disperse le groupe. DB fait soudain demi-tour Esplanade des Fontaines. Il revient au muret et cale son vélo. Puis, avec des gestes très rapides, il ramasse des cannettes et des emballages. Le plus possible pour les enfoncer dans la gueule de la poubelle déjà pleine. Il se dépêche de peur d’être vu. Aucun de ces copains ne pourrait comprendre son geste. Et il aurait trop honte de leur avouer. Seule sa sœur est au courant.

        Du coup de main à leur père cantonnier.

New-York

        La salle est bourrée à craquer. Je me sens comme dans un épais brouillard de conversations. Si longtemps sans me retrouver au milieu de tant de personnes. Dan me tient le bras. Sa présence me rassure beaucoup. Sans lui, je serai resté au fond du trou. Il n'était pas d'accord avec ma décision d’organiser cet événement. Mécontent contre ceux qui m’ont aidée à le monter. Il me considère encore fragile. Trop tard pour reculer.

 _ Bonjour à toutes et à tous. Tout d'abord merci d'être venus si nombreux. Ça me fait chaud au cœur. Comme vous le savez, j'ai... Ce matin de décembre 2010, je sortais de chez moi. Ma voiture a dérapé sur la chaussée glacée et... Un accident qui m'a fait perdre la vue. Je... Comment dire ?

        Ma gorge se noue. Idiote de me donner en spectacle. Pourquoi m’étaler en public ? Quelle impudeur. Je m’en veux de cette pathétique mise en scène. Et en plus nul besoin d'explications. Des mots inutiles. Tout ce que j'ai à dire est déjà sur les murs de la galerie. Autant me taire et laisser parler les toiles. J’écarte le micro. La main de Dan m'exhorte à continuer.

 _ Même si ça a été dur, j'ai réussi à me sortir de cette nuit. Devenir aveugle d’un seul coup est… Je m’en suis sortie d'abord en reprenant mes cours. Jamais je n'aurais cru pouvoir me retrouver devant des élèves en amphi et en atelier. Je me suis cramponnée et j'ai tenu. Puis je me suis remise peu à peu à peindre. Angoissée devant cette toile sans fin devant moi. J'ai réussi à apprivoiser ma trouille. Jusqu'à ma deuxième nuit.

        Je broie le micro.

        Une nuit intérieure. Après la perte de vue, une profonde dépression. Bon, tout ça... c'est du passé. La preuve se trouve devant vos yeux. Toutes ces toiles représentent des personnages. Ils sont tous de ma ville natale de Montauban. Certains de chair et d'os s'asseyant sur un muret sous nos fenêtres à Dan et moi. Un carrefour d’êtres à l’angle des rues Bessières et de l’ancien collège. D'autres, fantômes du passé, sont venus les rejoindre. Tous peints... à l'oreille.

        Des applaudissements.

 _ Tu as vraiment bien assuré, fait Dan en serrant ma main.

 _ Avant de terminer, je voudrais rajouter quelque chose. En parallèle à cette exposition, j'en ai une autre. Elle a débuté hier soir à Montauban. Mes toiles sur notre ville de New-York sont exposées là-bas. Un jumelage en couleurs.Le lieu d’exposition à Montauban se nomme « La Maison du crieur ». Une expo titrée « Mes ailleurs ». Bref, je ne vous vois pas et ne vous reverrai plus... Mais vous n'avez pas fini de m'entendre sur mes toiles. Bon, trêve de blabla. La parole est au bar.

        Mon front tapote contre la vitre glacée du taxi. Je me sens complètement vidée. Les effets conjugués de l'alcool et de la fatigue. Mais si sereine. Sortie en partie des griffes de la nuit. J’ai retrouvé quelques clefs de mon histoire.

        Et mon goût de l'impatience

Annexe

Vous pouvez écouter la lecture d'Anne Leyman et Patrick Abéjean, sur l'un de ces trois liens au choix :

Associations Confluences

Centre du Patrimoine de Montauban

Médiathèque" La Mémo"

Les noms des personnages célèbres, assis sur le muret, sont dévoilés sur les sites ci-dessus.

    Ce projet a été porté par l’association Confluences, le Centre du patrimoine, et la Médiathèque Mémo (services de la Direction du développement culturel de la Ville de Montauban), conjointement avec la DRAC Occitanie.

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