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Billet de blog 20 mars 2024

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Aire de printemps

Premier jour de printemps. La date est inscrite sur le calendrier. Un printemps sans le Covid.Ni tous les gestes barrières nous ayant déjà gâché l'arrivée des beaux jours.Tous ces mauvais moments sont désormais dans le rétro planétaire. Et tant mieux. Mais nous avons autre chose en échange en ce joli mois de mars. La troisième guerre mondiale en germe.

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Le temps perdu (Live) © Les Cowboys Fringants - Topic

                    Premier jour de printemps.  La date gravée dans l'air est inscrite sur le calendrier. Un printemps sans le Covid. Ni tous les gestes barrières et autres polémiques nous ayant déjà gâché l'arrivée des beaux jours. Tous ces mauvais moments sont désormais dans le rétro planétaire. Et tant mieux. Mais nous avons autre chose en échange en ce joli mois de mars. Quoi ? La troisième guerre mondiale en germe. Elle a été semée peu à peu dans nos têtes. Pour que nos corps puissent l’intérioriser, présente dans chacun de nos gestes quotidiens, jusqu’à se demander si la troisième guerre mondiale n’a pas débuté sous sa peau. Quand germera-t-elle ? Ce printemps ? En été ? En automne ? En hiver ? Affaire à suivre… Un conflit international est en train de naître en nous, avec le pré-positionnement des troupes sur des cartes virtuelles, des messages plus ou moins subliminaux, les théâtres d'opération déjà dans la chair du monde. Une naissance au forceps médiatique ? Pendant que nous vaquons à nos occupations, avec nos polémiques de pour ou contre, une minorité de puissants se retrouve autour du gâteau en orbite. L’assiette de plus en plus vide pour une grande  majorité. Quel est le but de leur rencontre ? Le projet d’un nouveau partage du monde.

          Pour une meilleure répartition des richesses ! Je vois qu’il y en a qui ont encore de l’humour sur notre vieille terre. Chaque puissant, couteau à la main, se pose une question. Comment répartir les richesses pour que sa famille et lui en aient encore plus ? Être le plus malin au moment du découpage du gâteau ? Qui emportera la plus grosse part ? Quel sera le nouvel ogre mondial ? Rien de nouveau pour le partage des richesses. Avec une différence de nos jours ; pas sûr du tout que nous ayons les réponses. Et si, au cœur du gâteau, brillait une bougie en forme de champignon... Pour paraphraser un film célèbre : la terre façon puzzle. Nous retrouvant tous, petits, moyens, grands, à chercher des miettes pour survivre. Ça chauffe en ce moment au-dessus de la table planétaire. Une question se posera après leur découpage en cours ? Restera-t-il encore une richesse sur terre ?

           En attendant, le printemps est revenu. Certes pas le même pour tout le monde. Une hirondelle camouflée en obus ne fera pas le printemps dans certaines parties du globe. Bien souvent, des territoires qui ne connaissent qu’une saison depuis bien longtemps. Laquelle ? La saison de la trouille au ventre. Avec une aube en pointillés chaque fois avalée par une nuit dévoreuse de chair humaine et d’espoir. Des territoires loin, très loin de la douceur de nos jardins, de nos vêtements de plus en plus légers, du demi bien frais en terrasse, de l’électricité érotique dans les lieux publics, de l’envie de jouir de soi et des autres, des effluves du barbecue avec ou sans viande, des apéros à rallonges, du livre à la main sur un transat, de nos verres levés à des absents brillant sur la voûte céleste ; notre cœur sortant de son hibernation, etc. Ici, le chant des oiseaux nous remplit de joie. Une musique apaisante et qui nous redonne un plein de vie. Soufflant sur les braises de nos rêves en attente sous la couche de froid. Le même effet régénérant sur les corps survivant dans le chaos ?

              Non. Pourquoi être si sûr ? Après tout, je n’en sais rien. Facile notre capacité à enfermer l’autre dans le rôle d’une victime sans aucun porte de sortie. La parole d’un oiseau peut-elle enchanter les ombres survivantes de villes et de villages en ruines ? C’est possible. Peut-être que la sève nouvelle du printemps se glisse dans les corps dévastés par la guerre, la famine, et d’autres atrocités. Deux jeunes enlacés près d’un immeuble en ruine, un homme jouant du violon dans sa maison décapitée, une femme taillant son rosier… Des images de «  joie dans le chaos » qu’on ne voit jamais. Redescends sur terre, me dit une voix. Tu veux des images de Gaza, de l’Ukraine, du Yémen… Si tu veux, une p'tite vidéo de gosses qui grattent la terre d'une mine pour les composants de ton nouveau smartphone. La voix a raison. Encore que de la branlette facile de bord de clavier. Ne servant que sa bonne conscience d’un dernier dimanche avant le printemps. Pathétique.

           A-t-elle gagné ? Oui. La peur a gagné en nous. Une trouille distillée au quotidien. Elle a déjà gagné sa guerre. Présente même dans cette belle journée. Dans l’air, flotte la possibilité du pire. Comme si, à tout moment, l’instant allait basculer. Quand le ciel bleu va-t-il se transformer en toile sombre ? Vrai papillon ou camouflage de drone meurtrier ? Combien à être aussi perméable aux nuages mortifères produits en boucle par nos médias et diffusés par les écrans ou à travers les ondes radio ? De plus en plus nombreux a contracté le virus de la trouille. Comment prendre la température de cette trouille ambiante. En auscultant le regard de vos proches et lointains, lire leur manière de se tenir, hausser les épaules… Consulter aussi son miroir. Pour constater que la sérénité ne bourgeonne pas en ce printemps. Combien de branches de lendemain qui chante encore non coupées ? Plus que les épines des roses à offrir à la jeunesse ? Ce qui ne doit pas nous empêcher de vouloir goûter à la joie. Et au retour du printemps et ses plaisirs. Même vital de ne pas renoncer à jouir des bons et des beaux moments. Continuer de désirer est une de nos bonnes armes de défense. Contre qui ?

          Les fossoyeurs de la vie dans tous ses états. Qui sont-ils ? Inutile de radoter en déclinant la liste. Des noms, des noms ! Vous les connaissez. Une minorité depuis des siècles, avec des masques chaque fois différents. Autrefois, que des hommes blancs aux commandes du monde. Désormais, ils sont de toutes les couleurs, de tous les sexes, de tous les genres. Parmi les déboulonneurs de vieux monde, combien ne s’engageant dans tel ou tel combat – légitimes et urgents- que pour pouvoir accéder un au pouvoir et l’exercer avec de nouveaux us et coutume ? Les générations précédentes ont donné quelques exemples de très grand écart entre leurs idées et leur pratique en parvenant en haut du panier . Quelle proportion au sein de cette jeunesse engagée de futures et futurs libertariens à convictions et idéaux variables ? Laissons leur bénéfice du doute ; peut-être que ce changement en cours sera le bon. Espérons-le sinon ce sera toujours la même situation pour la majorité déjà écrasée, et notre planète rongée jusqu’à l’os par cette poignée de prédateurs très voraces. Comment échapper à leurs griffes ? Comment agir pour ne pas se faire spolier notre histoire passagère ? 

         Sans doute pas comme je viens d’agir. Leur octroyant un point de plus en polluant de mon pessimisme -contre-productif- les premières pages du printemps. Pourquoi ressasser la guerre et tous les nuages qui sont notre quotidien ? Inutile de rajouter ce que nous savons tous et toutes. Suffit d’ouvrir sa radio ou de plonger dans son écran. Quelle serait donc la solution ? Ne plus dire le chaos ? Grimacer un sourire cache-misère à chaque sujet qui peut fâcher la famille ? Évoquer la jolie danse d’un écureuil de branche en branche pour éviter telle ou telle polémique ? Ne choisir que les sujets consensuels et joyeux ? En effet, ce serait plus simple. Et moins désagréable pour tous les convives. Tu pars où cet été ? Vraiment super ton dernier film. Je crois que je vais tout plaquer pour vivre dans un village isolé du monde. Bravo pour ton diplôme ! Tes roses sont magnifiques. C’est quoi tes projets ? Formidable ce spectacle ! On mange dedans ou dehors ? Tchin et à  nous ! Ne plus évoquer ce qui tâche le retour du printemps ? Certains ne parviennent pas à prendre du recul. Leur joie s’arrête instantanément au moindre regard de gosse dévasté par la guerre et- ou - la famine, les yeux d’une femme maltraitée, la vue de tout être humilié, etc. Leur empathie impuissante est à fleur de peau. Prenant les douleurs du siècle en pleine gueule. 

          Débute une belle première journée de printemps. Selon la météo et une voisine. Moins de 24 heures avant de changer de saison. S’extraire de sa chrysalide hivernale, retrouver jardins et terrasses de café. Comme disait le poète au camarade soleil, c'est plutôt con de donner une journée pareille à un patron. Ni aux actualités. Je vais donc quitter cet écran. Pour aller dialoguer avec le vol d’un oiseau. Profiter de ma position de nanti de la planète ; un grand privilège de pouvoir effacer d'un clic la noirceur du monde. D’autres n’ont pas du tout cette possibilité de s'extraire du chaos du siècle. Ils survivent en permanence dans l’écran. Jour et nuit coincés à l’intérieur. Au réveil, nous les retrouvons avec le radio-réveil, avant notre thé ou café. Nos oreilles indiscrètes pénétrant dans leur histoire tragique. Puis, au cours de la journée, ils continueront d’alimenter nos tablettes et smartphones. Leurs visages sur papier quotidien ou hebdo. Des chairs à actualités. Sans le moindre répit. Ne rêvant que d'une chose. Laquelle ?

          Sortir des écrans.  Ne plus être des sujets d’actualités disséqués au quotidien. Redevenir des membres de la banale humanité. Des êtres uniques et imparfaits comme tout le monde. Rêvant de sortir des écrans. S’évader des images de villes, de villages, et de corps en ruines.  Dis-donc camarade soleil, c'est plutôt con de donner une journée pareille à un marchand d’armes. Quitter les routes détruites pour se garer sur une aire. Fermer les yeux. Retrouver son histoire perdue ? Elle ne reviendra pas. Le corps habité à jamais par les ruines et les absents. Mais au moins trouver une brèche dans le chaos. Souffler.

     Ce que nous pouvons faire. S'accorder une échappée dans la noirceur planétaire en se déconnectant. Off des pieds à la tête. Décider de détourner le regard et les oreilles des douleurs et souffrances du monde. Ne plus être perméable à la peur de la guerre qui tourne en boucle sur nos médias. Mettre les tragédies contemporaines sur pause. Sortir du pour ou contre et avec nous ou contre nous. Une totale déconnexion dans quel but ? Pour jouir de notre histoire. Et des beaux jours. Écouter à nouveau l’oiseau. Le chant du printemps.

         Avant celui de la guerre ?

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