Qui hait qui ? C’est le nouveau jeu très en vogue dans toute la France. Première fois que je vois ce pays aussi déchiré. Même s' il a connu de pires périodes au siècle dernier. Revenons au présent où ça tire dans tous les sens. Chaque camp a bien sûr raison contre l’autre. Rien de plus classique. Le doute est rarement en campagne en période électorale. Surtout une aussi électrique. Même à l’intérieur de chaque camp, ça canarde aussi. Comme ce qui déroule aussi en famille ou avec des amis. Personne ne semble échapper à cette violence. Pour l’instant, surtout verbale. Mais on sent ici et là quelques poings, avec et sans arme, qui s’impatientent. Prêts à en découdre dans l'espace public et privé. Coller du bourre-pif à l'autre- différent de soi. Certains et certaines évoquent un futur chaos. Ils ont tort. Le chaos est déjà là.
Que faire ? Votez pour moi. Non, pour moi. N’écoutez pas ces deux escrocs, votez pour moi. Rien de plus normal que de vendre son programme aux passants et passantes. Avec en plus, le si classique et récurrent « moi, j’informe, et mon adversaire fait de la propagande ». C’est le jeu habituel. On y a droit à chaque élection. Et même pendant les débats (souvent sans le verbe débattre) à la radio ou à la télé. Rares les personnages publics sans mauvaise foi ni casseroles. Encore plus, s’ils veulent accéder à des postes de pouvoir. Pas la première fois que nous assistons à ce genre de spectacle. Mais jamais avec une telle intensité de haine. L’objectif de la dissolution est-il atteint ?
L’impression de voir un pays entièrement éparpillé. Un homme avec beaucoup de pouvoir était très en colère. Après avoir perdu au jeu électoral. Sa vexation proportionnelle à son pouvoir. De rage, il a alors balayé d’un revers de main le puzzle France. Sans se soucier des graves conséquences à court et long terme. Des conflits qui allaient naître ou renaître dans une situation déjà fort tendue. La plus grande des gagnantes est déjà proclamée : la haine au pluriel. On en voit déjà les effets. Notamment avec les insultes ici et là. Puis cet homme, sa colère passée, est sorti de son bureau. Pour aller vaquer à ses occupations. Peut-être quelques pas dans son parc pour se détendre. Avant un bon repas en bonne compagnie. Que laisse-t-il de l’autre côté de ses fenêtres ? Tout un pays en morceaux.
En rajouter sur l’ardoise à rallonges de cet homme ? Inutile. Le pouvoir lui a fait traverser le miroir. Même son camp n’arrive pas à le replonger dans la réalité. Il n'écoute que ses émotions. Pas du genre à douter et penser contre ses certitudes. Toutefois, dès ses débuts en scène, on pouvait sentir sa fragilité. Pour ne pas dire sa fébrilité inquiétante. Pourtant, beaucoup ont cru en lui, même celles et ceux persuadés qu’il serait un paravent contre l’extrême-droite ; il vient de lui offrir le pays sur un plateau. On ne refait pas un match. Surtout quand il est perdu en grande partie; on ne reviendra pas en arrière. Les dégâts en cours généreront sûrement des fractures qui risquent de rester très longtemps ouvertes. Voire même ne jamais pouvoir se refermer. Trêve d’un énième constat. Que fait-on aujourd’hui ?
La France a été éparpillée façon puzzle. C’est elle dont il faut s’occuper en priorité. Elle est à terre. Avec elle, notre démocratie. Et de quelle façon peut-on lui apporter notre aide ? Déjà en ne se laissant pas aller à la haine ; quelle qu’elle soit. Ni apporter de l’eau au moulin des diviseurs et diviseuses de tout bord. Puis aider à reconstituer le puzzle. Combien a-t-il de pièces ? Environ 70 millions. En tout cas au dernier recensement. Des dizaines de millions de cerveaux et de cœurs à l’ouvrage qui peuvent être efficaces. C’est donc à nous de reconstituer le puzzle explosé à cause des caprices d’un seul homme. Comment s’y prendre? Je n’ai pas de réponse. Ni de solutions miracle. Donner des consignes de vote ? Sûrement pas. Chaque électrice et électeur est assez grand pour faire son choix tout seul. Pour ma part, je suis autant dans le brouillard que la majorité de ce pays. Les paumés: premier parti de France ?
Toutefois, ce serait judicieux à minima de ne pas rajouter du chaos au chaos. Ni de remettre de nouvelles couches de haine sur la haine qui déborde déjà de partout. Rarement assisté à une telle crue d'insultes et d'anathèmes - même entre gens dits de l'élite - sur toute la France. Chaque camp accusant l'autre camp d'alimenter la haine. En réalité, rien de nouveau dans le refrain: nous sommes les gentils et eux les salauds. Comment ne pas rajouter du pire au pire ? À chaque pièce du puzzle de faire comme bon lui semble. La solitude dans l’isoloir est la même que devant son miroir : un être seul face à lui-même. Trêve de métaphysique à un euro ; ça urge côté casse annoncée de la démocratie. Faut agir vite. Chacun et chacune à son petit ou grand niveau. Avant une guerre entre toutes les pièces éparpillées.
Ce puzzle c’est notre démocratie.