Magnifique ! Le superlatif tourne en boucle. Relayé par une grande majorité de la presse et de mes proches. La météo critique élogieuse. Rarement vu une telle unanimité autour d’un film. Foin du filtre des critiques professionnels et place au ressenti. Je vois donc le film. Inquiet au début, car c’était en anglais. Peu doué pour lire et regarder des images en même temps, je préfère la VF. Version facile en quelque sorte. Bref : le film est visionné sur le mur du salon. Quelles sont mes impressions ? Je laisse un petit temps avant de lâcher mon ressenti à chaud. Ce film est magnifique. Vraiment. Magnifique. Difficile de ne pas aimer. Puis retour à la réalité. D’un écran l’autre.
Le générique de fin est passé depuis quelques jours, quand ma machine à penser contre moi se met en marche. Secouant mes neurones en voie de disparition. Tu te souviens de ton « difficile de ne pas aimer » ? Quelle emmerdeuse cette voix qui me met toujours le nez dans mes petites et grandes lâchetés et contradictions. Pour être franc, je n’ai pas trouvé ce film magnifique. Mais bon. Une fiction avec d’excellents acteurs et très bien filmée. Une grande réalisatrice. Le tout sur un scénario au cordeau. Toutefois quelques longueurs. Mais elles sont peut-être dû à mon manque de patience devant des images ; je ne suis pas un grand cinéphile. À mon avis de spectateur lambda, c’est un - j'en vois déjà se lever de leur siège- bon film. Comme d' autres longs métrages. Dont certains de télé. Malgré ses qualités, ce film ne me marquera pas. Déjà de belles images dans le rétro. Contrairement à d’autres magnifiques – selon mon ressenti - que j’ai vus auparavant. Pourquoi m’être menti à moi-même ?
Pas d'autre expression. Pourquoi avoir eu une telle réaction d'autocensure ? Pour ne pas pas polluer le plaisir de ceux et celles qui ont beaucoup aimé. ? En partie. Inutile de noircir leur joie de mon point de vue banalement subjectif. Mais aussi un déni pour ne pas passer une énième fois pour le mauvais coucheur. Casseur de consensus et bonne ambiance entre copains et copines ou à table familiale. L’emmerdeur rabat-joie, peine à jouir, etc. qui ne veut pas nager dans le bain laudateur de tout le monde. Ce n’est pas tout à fait faux. En effet, j’ai tendance à me faire l’avocat du diable et penser à rebrousse doxa. Une posture qui m’a éloigné de tous les ismes dogmatiques et des religions. Même pas libertaire ou anarchiste. Trêve de digression et revenons au film. Au fond de moi, je ne pensais pas magnifique. Juste un film qui m’a plu. Sans plus. Je n’ai pas été subjugué. Contrairement à ce que j’ai dit. Et surtout, le plus inquiétant, que je me suis fait croire. Ma pensée contre moi en train de décliner ? La difficulté du débat actuel - le pour ou contre binaire et les anathèmes - me rend-elle lâche dans mes prises de position ? Même pour une fiction ? Des questions en cours de chantier.
Même réaction avec les muscles de notre « chair » président de la République. J’ai d’abord trouvé ça pathétique. Digne d’une cour de collège. Même si, je dois l’avouer, regarder des combats de MMA sur le Net. Dont certains entraînements avec des ours. J’aime beaucoup aussi regarder la boxe anglaise. Sans oublier le catch, gamin, j’étais persuadé que c’était « pour de vrai ». Bref, cet étalage de muscles et de démonstration de virilité est classique. Plus pathétique que dangereux. Tant qu'ils ne débouchent pas sur un féminicide ou aux d'autres violences. Sauf cas très rares, les champions de sport de combat ne sont pas plus violents que les autres. Voire nettement moins, car ils n’ont pas à prouver leur puissance. Ni à se photoshoper pour gonfler leur image. Comme notre président. Et d’autres puissants sur le théâtre de la guerre des images.
Pourquoi avoir refusé ma première impression ? Laquelle ? C’est un montage de propagande ( information officielle, si vous préférez) imaginé par un groupe de communicants. La supercherie est tellement visible. Pourtant, j’ai refusé de me croire. Pour ne pas passer encore une fois pour celui qui critique. Le jamais content qui voit tout en noir. Et qui pourrait même être taxé de complotiste ( un mot-coffre comme résilience, déconstruction, woke, dans lesquels on peut mettre le sens qui nous arrange ? ). Très difficile en notre époque d’émettre une pensée qui ne pense pas droit et traverse hors des clous. Les noms d’oiseaux volent très bas, surtout sur la toile des réseaux sociaux. Impératif de suivre la pensée majoritaire délayée par nos radios et autres médias préférés. Rien de nouveau. C’était comme ça aussi avant. Avec plus de soumission à la parole d’autorité de nos jours ? Je n’en sais rien. Toutefois indéniable que les canaux de martelage idéologique ou médiatique se sont développés et ultra modernisés. Avec de grandes capacités pour travestir la réalité et manipuler les opinions. Rares celles et ceux s'entre nous qui ne sont jamais fait avoir. La communication règne aujourd'hui en maîtresse.
Revenons à notre Monsieur Muscle élyséen. Tout à fait son droit de vouloir communiquer de cette façon. Même si on peut trouver ça risible. Autant que son adversaire de l’autre côté chevauchant un tigre ou passant son temps sur des tatamis à montre sa force. Propagande contre propagande. C’est le jeu depuis la nuit des conflits, petits ou grands. Le hic est que nous ne sommes pas dans un collège. Ni dans une salle de sport. Les deux adversaires ne vont pas faire ça en quelques rounds, avec un vainqueur à la fin. Ce duo viriliste a d’autres armes que les poings. Très puissantes. Capables de tous nous anéantir. Nous ne sommes pas dans le spectacle d'un combat de catch. Leur port ostentatoire du muscle peut-être très inquiétant pour la planète entière. Ont-ils encore toute leur raison ? Et si ces deux adversaires n’avaient plus que de la masse musculaire ? Rien d’autre. Plus de cerveau et de cœur ? La question peut et doit se poser.
Qu’en aurait pensé le penseur Paul Ricoeur ? C’est un intellectuel souvent cité par notre président de la République. Je ne l’ai lu qu’en fragments. Mais comme pour Maurice Blanchot ou Robert Musil, toujours bien de prononcer le nom de Ricoeur entre deux silences. À mon avis, notre président l’a lu et sans doute étudié. Ce n’est pas un cerveau vide. Son adversaire musclé non plus. Pas des abrutis pouvant parvenir là où ils en sont. À mon avis, deux hommes très intelligents. De redoutables joueurs d’échecs. Très forts sur de nombreux domaines. Mais faibles sur d’autres. Comme la douleur qui a perdu la mémoire. Celle évoquée par Antonio Porchia. Un poète- imprimeur qui avait de profondes réflexions. Comme des coups de cutter entaillant les ténèbres sous nos crânes. Sa pensée poétique continue de vivre sous la couverture de Voix : son unique livre.
Elles ne savent plus pourquoi elles sont douleurs. C’est la deuxième partie de la citation de Antonio Porchia. Un aphorisme correspondant sans doute à la majorité des êtres humains. Qui n’a pas une part de sa solitude qui a perdu la mémoire ? Certains comblent cette amnésie carnivore avec Dieu. D’autres avec un ou des ismes, l’alcool, le sexe, le sport, l’écriture, la course au fric, le pouvoir, la méditation, la musculation, etc. Chaque solitude fait comme elle peut avec cette douleur hors GPS. Sûrement que ces deux adversaires sont habités par cet abîme - labyrinthe dont ils ne trouveront peut-être jamais la sortie. Le hic est que ces deux hommes blessés ne sont pas n’importe qui. Des puissants de ce monde. Beaucoup, ici et là, les qualifieraient de coqs virilistes. Masculinistes internationaux. Et surtout des coqs nucléaires. Un duo extrêmement dangereux.
Avec des milliards d’individus dans la basse-cour planétaire. Totalement impuissants. Nous ne pouvons absolument rien faire. Si ce n’est assister au spectacle. En espérant que leur intelligence prévaudra sur leurs muscles. Ce que je crois. L’un et l’autre sachant que nous ne sommes pas à la période des guerres de tranchées en Europe. Le terrain s’est élargi à toute la surface du globe. Pas les mêmes théâtres d’opérations que pendant la Seconde Guerre mondiale. Les shrapnels de la guerre de 14 désormais envoyés par des missiles intercontinentaux. Le duo musclé sait très bien qu’il n’y aura pas de vainqueurs. Que des vaincus partout sur la planète. Et eux et leurs proches finiront par devenir des vaincus au milieu d’un décor lunaire. L’un et l’autre en spectacle. Comme deux boxeurs se toisant avant le combat. Le cinéma grand public d’un duo d’hommes intelligents. Peut-être naïf de ma part mais j’ai l’impression que tous deux savent ce qu’ils font. De plus, ils ne sont pas tout seuls. Rassurant aussi de savoir que d’autres cerveaux se trouvent autour d’eux. Sont-ils capables de canaliser la testostérone nucléaire ?
Quitte à être impuissant, autant en rire. Avec l’impression de retourner en arrière. Dans les cinémas populaires où l’on projetait des films guerriers comme Maciste. N’allant très peu au cinéma, j’avais le même genre de fiction à domicile. Dans ces BD détestés par nos parents et instits voulant qu’on lise de« vrais livres ». Ce qui ne nous empêchait pas de nous plonger dans Zembla, Akim Colo, Blek le Roc, Capitaine Swing, Rahan… Des héros avec aussi des blessures qui ont perdu la mémoire. Avec une différence avec les deux présidents en étalage de muscles ; ce ne sont que des personnages de fiction. Sans le bouton nucléaire à portée de biceps. La photo du Président bodybuildé m’a ramené dans ce passe de collégien d’un quartier de Montreuil ( 93). Quand les présidents étaient dans les « vrais livres d’histoire ». Et nos super-héros dans ce que certains nommaient encore des illustrés. Le monde était divisé en deux. La fiction et la réalité. Aujourd’hui, de moins en moins de frontière entre les deux. Réalité ou jeu vidéo ? Plus rien de certain.
Bientôt plus qu’un seul film sur toute la planète ? Et nous à se demander sans cesse si c’est la réalité ou une fiction. Une situation qui nous met en déséquilibre permanent. J’ai rêvé ou c’est vrai ce que je vois. On dirait une fake news. Tu es sûr ? Vérifie quand même. Tout autour de nous semble flou. Comme si toute la population de planète est complètement ivre. Le virtuel ( un très bel outil comme Gutenberg ) devenu pour certains comme un alcool fort ou une drogue dure ? On peut se poser la question en voyant les effets sur tel ou telle internaute. Quasiment dans une sorte de delirium tremens collectif. Avec une dose de peur et de parano. Le danger est partout. Fuyons. Tous et toutes dans une sorte de cavale, entre réalité et fiction. Grands et petits du monde jouant dans un gigantesque film. Chacun, chacune, essayant d’en devenir acteur ou actrice. A son petit ou grand niveau. Certains se rêvant en super-héros ou héroïne. Avoir son nom en gros, le plus gros, au générique. Une course virtuelle et réelle
Anatomie d’une fuite mondialisée ?
NB : Pour contrebalancer l’affiche musclée en illustration, voici celle d'une pensée poétique. Nos deux gladiateurs nucléaires ont-ils déjà lu Antonio Porchia ? Je n'en sais rien. Peut-être devraient-ils mettre ou remettre leur nez dedans. Certes une pensée sans le moindre pouvoir visible. Mais quelle puissance.