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Billet de blog 22 avril 2024

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Les marchands du globe

Client. Je le suis tous les jours. Comme la majorité vivant sur notre planète. Client dès l’ouverture de mon écran. Mais jamais je n’ai ressenti avec autant d'intensité la présence de cette consommation que durant une dizaine de jours. Entre location de toits passagers et de voitures. La planète entière réduite à une surface marchande ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Plage privée © Marianne A

     « Ici, tout est fait pour les touristes. Et rien pour nous qui y vivons. Mais je suis très heureuse que notre île vous plaise beaucoup. Bienvenue.» Une femme croisée dans une rue.

          Client. Je le suis tous les jours. Comme la majorité vivant sur notre planète. Client dès l’ouverture de mon écran. Mais jamais je n’ai ressenti avec autant d'intensité la présence de cette consommation que durant une dizaine de jours. Un voyageur parmi une clientèle mobile. Elle est composée de femmes, d’ hommes, d’autre genres, d’ enfants. Et d’animaux domestiques voyageurs. La CB chauffe pour la location de toits passagers et de voitures. Voulez-vous valider la transaction ? Réponse d’un clic de souris. Pour paraphraser un grand auteur ; notre besoin de consommation est-il impossible à rassasier ? Toujours plus et plus vite. La planète entière réduite à une surface marchande ? De moins en moins de lieux du globe hors-commerce. Partout, deux visages, parfois à quelques rues ou km. Monde qui rit, monde qui pleure. Le premier est bien servi en caisse. Contrairement au second. Une partie de la planète frustrée de ne pouvoir consommer. Sa frustration est de plus en plus récupérée. Une récupération par les fous de Dieu ou de l’identité immaculée. Sans jamais réellement déranger le marché mondial. Toujours gagnant.

          L’avion descend sur la mer et la fin d’un homme. Beauté et tragique se télescopant dès l’arrivée. Près du tapis roulant en attente des bagages, la bio en images et mots d’un homme mort dans sa voiture, un cratère dans le bitume. Le juge Giovanni Falcone abattu par la mafia. Plus loin, plus tard, des photos d’un autre homme. Il a aussi été assassiné. Pour d’autres raisons. Selon les quelques informations à disposition, l’homme assassiné serait un « Fils de la mafia et du quartier », abattu lors d'un règlement de compte. Affiché seul ou avec d’autres dans plusieurs rues. Certaines fois, sa photo en compagnie d’image sainte et objets pieux. Tu ne tueras point… Toutes les religions revendiquent ce genre de précepte. En tout cas, nombre de leurs représentants prônent le respect de la vie de son prochain ; sa prochaine passant après ? Pourtant des individus, des hommes et des femmes, de tout culte, tuent - avec toute sorte d’armes - entre deux prières et autres gestuelles religieuses. Qu'en pense Dieu ? Mais quittons ces images sombres. Pour se laisser habiter par une terre inconnue. Et découvrir une fort belle île.

           Très vite, on remarque un « fruit de ville ». Ils poussent sur les trottoirs, les rues et les routes. À même le sol ou accroché. Des fruits de toutes sortes de couleurs, et de tailles différentes. Rarement vu autant de sacs d’ordures disséminés dans l'espace public. Sans oublier les paquets de clopes, les cannettes métalliques, balancées en roulant. Une ville aussi belle que poubelle. Avec de très beaux monuments à visiter. Les lieux de culte plus nombreux que les musées. Tour à tour troublant et intéressant de se retrouver dans un livre d’histoire de son enfance. Des images de papier remontent à la surface. Début de picorage d’architectures, de toiles, de sculptures, et autres objets des temps anciens. Un parcours sans guide. De nombreuses découvertes plaisantes et enrichissantes. Toutefois, je dois avouer me lasser assez vite des visites de « vieilles pierres » figées dans le passé. Avec pour ma part, l’impression d’une redite. Contrairement à la nature qui, même vue et revue, peut m’émerveiller sans fin. Surtout le bord de mer. Toutefois, un paysage m’intéresse plus que tout le reste. Unique et irremplaçable. Le paysage humain.

Illustration 2
© Marianne A

Comme cette petite fille en larmes. Elle se trouve devant un imposant monument dédié à la gloire de Dieu. Son visage est essoré par la douleur. Une femme se tient à ses côtés. Elles se ressemblent. Toutes deux sorties des images bibliques des églises ou des toiles de musée. La misère des temps lointain avec des visages d’aujourd’hui. Toutes deux sans doute appartenant à la même famille de rue. J’observe la gamine du coin de l’œil. Une fontaine de larmes à genoux, la paume tendue. D’un seul coup, la beauté s’efface ; plus qu’elle chialant sur la carte postale du réel. Sa souffrance a occulté toutes les belles images vidéo nous ayant vendu l’île. Un voyage qui commence mal, me dit une petite voix. Celle ayant déjà endossé la panoplie du touriste en goguette. Je m’en veux de lui gâcher sa joie, et donc la mienne. Difficile de faire autrement quand on ne voyage pas avec les yeux et les oreilles ouverts uniquement sur les belles vitrines. Soudain, elle se lève. Je la suis du regard. Elle marche à pas rapides. Petite boule de nerfs.

          Les trois autres membres de notre quatuor de touristes sortent d’une « maison de Dieu ». Nous passons devant la fontaine de larmes. Elle est assise sur un banc. Visage souriant, les yeux sur son portable. Une excellente comédienne. Avec autant de talent telle ou telle youtubeuse, animatrice ou animateur télé, politiques, vendeur et vendeuses… Pas le premier, ni le dernier à se faire avoir. Plus loin, la femme qui lui ressemble. Toutes les deux issus du même monde. Avec une gestuelle commune. Pareil à des milliards d’individus sur la planète. Avec ou sans main tendue. Des individus en équilibre précaire. Habités chaque jour par l’incertitude. Réchauffement climatique, écriture inclusive, questions de genre… Des problématiques pas du tout dans la hiérarchie de leurs priorités. Accrochés dès le réveil aux mêmes interrogations : comme réussir la traversée de la journée avec le ventre rempli, et la nuit, trouver un toit sur la tête ? Une fille et une femme passagères du monde à genoux. Nous continuons notre visite.

         Au cœur d’un manège de deux et quatre roues permanent. Chacun et chacune dans sa trajectoire carrossée ou non. Un chaos urbain ponctué de coups de klaxon. Le piéton : cinquième roue de la ville ? Indéniable qu’il n’est que toléré. Mais avec une forme de respect aussi brusque que le coup de frein pour le laisser passer. L’humain in fine prioritaire sur la carrosserie. Comme partout ailleurs, sans doute des petits accrochages et de graves accidents ; je n’en ai vu aucun. En plus de la tension motorisée, celle sensible des deux pattes. Surtout dans certains quartiers où la course à la pitance du jour est prégnante. Beaucoup de tension, jamais d’agressivité. Comme si l’éruption de violence s’était dissoute dans les mots mitraillette de voix très fortes. Mais ce n’est qu’un regard passager. La traduction  du fond de l'air d’un touriste. Client d’un magasin avec une belle vitrine. Protégé des coulisses sombres ; la face qu'on ne voit pas ou refuse de voir. Nanti dans un monde en chantier d’anéantissement.

         L’érosion des visages plus importante quand on s’éloigne des centres-villes ou des parcours avec monuments. Beaucoup plus de coups de balai sur le passage des touristes. Pourquoi ne pas non plus balayer les pauvres trop visibles et bruyants ? Un quota de miséreux pour ce que ça ne fasse pas trop décor artificiel ? En plus des «  vieilles pierres », l’art, la gastronomie, certains regards passagers ont besoin de s’attendrir sur la misère, se mettre en colère contre l’injustice, relativiser aussi leurs petits bobos, avant d’aller se prendre une bonne bière ou glace. En ce moment, la ville lumière est en train d’expulser les ombres de ses rues, éloigner les visages aux regards souvent éteints. Cachez ce pauvre que les caméras du monde entier ne sauraient voir. Le tourisme et les Jeux olympiques prioritaires sur l’humain ? Nous avons la réponse en expulsion. Le spectacle passe avant. Avec les mêmes toujours exclus du tournage. À quoi les reconnaît -on ? La plupart du temps, leur visage est usé. Des ombres dans une cage sans barreaux.  Elles tournent du réveil au coucher. Même ronde de la naissance à la mort. Des ombres avec l’incertitude en bandoulière.

          Telle cette femme dans le café d’un aéroport. Sans doute une octogénaire. Très élégante. Ombre prisonnière d'une ronde ? Non. Plutôt une solitude dorée en transit. Elle nous demande de garder ses bagages pour aller prendre une boisson chaude. Qu’une seule envie : fouiller dans ses sacs. Dans quel but ? Emprunter un instant la route de son identité. Venue visiter des amis ou sa famille ? Retour sur une île où elle a voyagé avec un grand amour ? En dialogue permanent avec une absence ? Elle, comme tous et toutes les autres, des rencontres de quelques mots et regards, ne sera qu’une histoire dans notre collection d’éphémères de voyage. Avec parfois le désir jamais réalisé de pouvoir rembobiner l’histoire d’un être :  une sorte de voyage à rebours jusqu’à ses premiers pas. Que de monuments de chairs et d’os jamais visités… Certes, elle, comme nous et d’autres touristes, nous n'avons pas la même usure que les « ramasseurs de miettes » du siècle confinés dans une impasse. Néanmoins un point en commun entre tous les mondes : l’internationale incertitude. Elle est inscrite dans nos tablettes. Et nos regards. Notre vie, ne tient-elle qu’à un fil de dépêche AFP ? Des machines, tueuses à distance, sont en attente d'un clic. Prêtes à une vaste destruction sans frontières. Ni lendemain. Bientôt une nuit sans fin sur la planète ?

      Traversée en bateau. Première impression : une odeur d’œuf pourri. Une île soufre. L’air est chargé des effluves du volcan. Impossible d’oublier son sommeil surveillé de près. Avec l’inquiétude signalisée (des points de rassemblement pour fuir la lave) d’un brusque réveil. Eux s’en foutent. Comme de la troisième guerre mondiale. Ils sont là. Incontournables. Des espèces de douaniers des allées et venues. Une toile de regards permanents. Installés dans toutes les villes et villages. Vous ne pouvez leur échapper. Très rares les espaces où l’un d’entre eux ne se trouve pas. Une présence le plus souvent fort discrète. On les croise de jour ou de nuit. Malgré les lieux insalubres, le sol ponctué de papiers gras et de restes de bouffe, pas un seul rat croisé sur mon chemin depuis le début du voyage. Contrairement à d’autres cités plus «  propres ». Une absence de rongeurs des villes grâce à la présence permanente des chats ?

Illustration 3
© Joson de Foras

         Une Mercedes aux vitres teintées sort des entrailles d’un ferry. À son bord, un chauffeur en costume. Derrière lui, une vieille femme. Revenue sur son île sans doute natale. Un retour dans un véhicule de luxe. Sa venue annoncée en de nombreux endroits. Elle est attendue. Pour son dernier voyage. Seule passagère d’un véhicule funéraire. Comme parfois ceux des personnalités publiques. Une femme importante ? Je ne le saurais jamais. Mais, ici, chaque mort, semble être celle d’une star. Une multitude d’avis de décès affichée sur un panneau ou un mur. Une photo, nom, prénom, âge, et quelques lignes. Leur absence continuant d’habiter les rues. À un moment, une affiche me noue le ventre. Le visage d’un enfant de trois ans. À peine arrivé au monde et reparti dans l’au-delà. Il sourit aux passants.

         Hommage aux victimes du fascisme. C’est une plaque gravée sur une façade d’un immeuble officiel. Ici, les murs savent ce qu’est le fascisme. Un  terme ( trop souvent employé à tort et à travers ) issu de la langue du pays. Des faisceaux tueurs qui ont détruit nombre de vies et participé à la grande nuit sur l’Europe. Un jour ailleurs, plus ou moins loin, des plaques en hommage aux victimes de l’islamisme ? Ça n’a rien à voir, me dit une voix ne supportant pas mes digressions. Une comparaison sans pertinence ? Avec des masques différents, le fascisme et l’islamisme me semblent avoir les mêmes objectifs : la négation de toute différence. Et les deux commencent à détruire leur propre population. Ici, le fascisme est dans le rétro de l’histoire. Avant son retour dans le pare-brise. Il porte de nouveaux visages. Mais toujours le même regard de haine et de division. Indéniable qu'un fascisme de nouvelle génération est revenu au pays du « fascio ». Pour l’instant, un retour uniquement dans les urnes. Un homme doit se retourner dans sa tombe. Qui ? C'est un homme nommé Primo Levi. Le monde a-t-il encore perdu la mémoire de «  plus jamais ça » ? L’avenir- si non délocalisé sur une planète où il coûte moins cher- nous le redira ou non. D’autres plaques à venir en hommage des victimes du fascisme du XXIe siècle ?

        Autre île. Et nouvelle beauté du monde au bord des yeux. Le silence admiratif des regards se reflétant dans un miroir diaphane. Même mer, mais moins de misère qu’ailleurs. Toujours autant de chats. La classique vitrine balnéaire. Un homme s’approche. Sa démarche semblable à celle de très nombreux autres. Tous et toutes se pressant dans les flaques de lumières laissées par les marchands du temple avec pignon sur tourisme. Reconnaissable de très loin la fébrilité commerciale du vendeur à la sauvette. Ils vendent toute sorte d’objets. De la vente pour se sauver ? Il agite un paquet de kleenex. Un geste de la main en signe de refus. Il insiste. Combien de réponses négatives par jour pour chaque vendeur ? Soudain, il change de registre. Sa voix change. Plus le même scénario de vente directe. Pour expliquer qu’il est au bout du rouleau. Une supplique en agitant son paquet de kleenex. Il parle vite. Son regard, environ du même age que le mien, est chargé d’une soudaine colère. En overdose de réponses négatives ? Une intimidation ? Belle prestation d’acteur de rues ? Peut-être une erreur de ma part, mais j’ai eu l’impression d’une profonde détresse plus forte que l’acte commercial. Un homme allant et venant au bord du vide et se lâchant face à des inconnus. Toutes les larmes de son histoire dans un paquet de kleenex ?

         En contrebas, une crique. Avec des touristes et des habitants sur les rochers. Certains lisent, d’autres bavardent. Parmi eux, une fille très jeune et maigre, tremblante de froid. Le corps dans une robe moulante en écailles argentées. Elle se positionne au gré des demandes d’un homme et une femme guère plus âgée qu’elle. Un duo de photographes. Pour camoufler les morsures du froid, elle grimace des sourires. Des adolescentes la regardent avec un air d’envie. Nous nous éloignons. Un quatuor de touristes. Trois regards avec appareil photo. Et un non appareillé. Même voyage, des points de vue différents. Chaque regard emportera sa part de voyage. Avec beaucoup de bons moments. Notamment de rigolade. Le plaisir de locataires du monde qui rit. Des nantis de la planète. Et de notre pays d’origine. Avec un très grand luxe. Lequel ? Celui de visiter le monde qui pleure. L’inverse est quasiment impossible. Le monde qui pleure a d'autres priorités. Avec un voyage à domicile. Direction survie.

Illustration 4
© Marianne A

            Un tapis de lumières de part et d’autre de la route. Comme une haie d’étoiles. Des flammes ponctuent la nuit. Nous roulons vers l’aéroport. Vaut mieux mourir du cancer que de faim. L’article tourne en boucle dans ma tête. Tu as encore trouvé un «  gâche joie », s’agace une de mes voix. Elle a raison. Quelle est l’ombre à joie ? Une explosion des cancers à cause de la concentration de raffineries. Des politiques, des industriels, la religion, ont fermé les yeux. Détournant leur regard d’une population bouffée peu à peu par le crabe. Des habitants ont décidé de lutter. Dont un curé. Il a été évincé de son église. Une éjection sans doute liée à son combat contre la «  mort industrielle ». Certains dirigeants de l’église, des politiques (dont une femme aujourd'hui à la tête du pays) et des industriels, au diapason de mêmes flammes. Pour ne pas dire complice du crabe tueur en série. Peu importe la tumeur des «  rien d’ici », si on a les dividendes. Cynisme rassemblé autour des lumières de la mort.

        Aéroport du retour. Les grands yeux d’une très belle jeune fille. Elle regarde dans le vague. Imperméable à toute l’agitation des touristes et des autres voyageurs. La jeune fille de la crique, transie de froid, rêverait-elle d’être à sa place ? Celle d’une image en haut du panier. Avec une très grande visibilité. Quelle vitrine représente-t-elle ? Une enseigne de chirurgie plastique. Notamment pour gonfler les seins et les lèvres, élargir les paupières. Ressembler à l’idéal de la femme – surtout jeune - vendue sur la surface du globe. Une icône partout où il y a une connexion. Quelques mètres plus bas qu'elle, une autre affiche, beaucoup plus petite. Un très beau jeune homme dévoile sa poitrine musclée. Pour un parfum ? Une marque de fringue ? Je ne m’en souviens pas. Une jeune fille voilée le regarde, son smartphone à la main. Même les fous de Dieu ne font pas le poids contre la marchandisation planétaire. Tout se vend et s’achète. Le corps s’est transformé en marchandise. Pas uniquement pour offrir de la jouissance contre du fric. Ni par désir - légitime pour certains êtres mal dans leur enveloppe d’origine - de changer de sexe. De plus en plus de fréquentation des salles de sport, des ongleries, des tatoueurs, des cours de yoga, du coaching, de la méditation, etc. Notre corps devenu un de nos produits de consommation ?

Illustration 5
© Joson de Foras

         Retour case départ. Dans un des « pays-supermarchés » du monde. En compagnie de clients parlant la même langue que nous quatre à la caisse. Plus du tout le barrage de la langue empêchant la visite de l’histoire de l’autre ». Je retrouve mes réflexes de consommateur d’ici. Bien sûr, il y a des différences avec d’autres pays. Surtout les plus pauvres. Sans parler des territoires ravagés par la guerre. Guère un hasard qu’une partie de la planète est prête à crever dans le ventre de la mer pour atteindre les rives de « notre ici perfectible ». Malgré de nombreuses différences, les habitants du monde qui rit et du monde qui pleure sont pris dans le même filet. Huit milliards de caddies sur deux pattes. Certains plus remplis que d’autres. Et pas avec les mêmes produits. Tels des aiguilleurs disséminés sur toute la surface du globe, les algorithmes  nous prendront la main jusqu’au produit nous correspondant.  Avec une nouvelle terminologie comme le partage ( synonyme de vente ? ) et autre tenue de camouflage sémantique. Pas moi qui tombera dans le panneau, je suis décroissant, rétorque une voix. Elle argumente. Je connais de bons bouquins sur le sujet et un documentaire formidable, intervient l’algorithme. La voix commence à feuilleter un essai - fort intéressant - sur la folie de la croissance sans limite. Comment sortir de notre vaste supermarché en orbite ? Très difficile de quitter son rayon et celui de ses proches. Sûrement impossible.

        Toutefois pas interdit de fuguer. Sortir de son rayon. Quitter l’un des « pays franchisés » du supermarché planétaire. Pour aller voir ailleurs. Partout pareil ? Toujours la même enseigne avec des drapeaux différents. C’est vrai. rien n'échappe au tiroir-caisse planétaire. Sauf un lieu. Lequel ? Un territoire qui est unique. Qu’est-ce qui différencie ce lieu de tous les autres ? Il échappe aux radars des tenants de l’uniformisation planétaire, avec la volonté qu’ici et ailleurs soient pareil, pour la facilitation du commerce. Quel est ce lieu qui n’appartient pas aux comptables et à leurs meutes de commerciaux renifleurs de chair à faire consommer ? On peut le partager, propose aussitôt un algorithme. Bon, d'accord, je vais donner l'information.  Un lieu qui se situe.. Chut. Pourquoi ne pas partager le nom de cet endroit ?

         Pour le protéger du marché.

Illustration 6
© Marianne A

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