Mouloud Akkouche
Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...
Abonné·e de Mediapart

1117 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 juil. 2022

Insoluble

Certains conflits n'ont pas la moindre solution. Même avec les meilleures volontés du monde. Et parfois insister pour solutionner un conflit peut envenimer la situation. Tout n'est pas réparable. Certes chaque fois un échec. Réparer c'est comme un pied de nez au pessimisme et à sa sœur jumelle la mort. Rester du côté de l'optimisme et de la vie. Refaire demande plus d'énergie que faire ?

Mouloud Akkouche
Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© Tête tragique.1961,de Karel Appel

.

                Certains conflits ne trouvent pas la moindre solution. Même avec les meilleures volontés du monde. Et parfois insister pour solutionner un conflit peut envenimer la situation. Tout n'est pas réparable. Certes chaque fois un échec. Réparer c'est comme un pied de nez au pessimisme et à sa sœur jumelle la mort. Rester du côté de l'optimisme et de la vie. Bâtisses, ponts, inventions, livres, films, pièces de théâtre, médicaments, forêts... Tout ce que nous découvrons à la naissance ne s'est pas fait sans heurts.

         Avec quelques fois des envies de baisser les bras et le cœur. Surtout quand il s'agit de reconstruire. Refaire demande plus d'énergie que faire ? Peut-être pas. Mais une énergie sans l'allégresse de donner corps à ce qui n'était pas. Pourtant des enêtés reprennent les outils.  Des villes et villages détruits par les bombes reconstruits. Nombre de forêts brûlées qui renaissent au fil des saisons. Des êtres déchirés réussissant à retisser des liens. Rebâtir et réparer chaque fois même quand  tout s'est effondré. Avancer, reculer, avancer... Refuser de céder au désespoir et à la fatalité. Continuer de travailler sa pierre de passage. Jusqu'au jour où on  s'efface en laissant quelques traces dans son sillage éphémère. Petites ou grandes constructions. Les belles traces de l'humanité.

           Ce qui est brisé laisse aussi des traces. Rappelant que la terre des humains n'est pas qu'un jardin de beauté et de subtilité. Une sorte de signalétique des affrontements. Avec ici ou là des échecs. Quand les querelles à petite ou grande échelle n'ont pas été solutionnées. La grande force serait de voir les traces de bris sans vouloir les suivre. Ni les imiter. Les heurts d'hier ne devraient pas être ceux d'aujourd'hui. Remplacés par les frottements- inévitables- du présent. Certains investissent sur les petites et grandes haines du passé. Très actifs à tenir à jour l'héritage des conflits. Quitte à refaire l'histoire pour maintenir les tensions. Les souffleurs de haine. Comment continuer ensemble sans solution ?

          Le cerveau est un pilier de la reconstruction. Toutefois important de ne pas négliger un autre organe. Impossible sans le cœur. Même s'il peut parfois s'emballer et faire n'importe quoi. Combien de cœur noué jaillissant dans un poing fermé. Nos émotions ne pas toujours nos meilleures ambassadrices. Mais ne jamais négliger l'intelligence du cœur. Les deux cumulées sont encore plus fortes. Pour ça, il faut être capable de se délester de son ego, son nombril, et toutes les images qu'on donne à voir. Moi j'ai dit... Moi j'ai fait... Moi je... Difficile de se débarrasser de la vision de soi. Surtout quand des " regards complices " vérifient que nous restons dans la bonne posture. Important de ne pas se trahir. Ni décevoir celles et ceux qui nous soutiennent. Coincé. Comment sortir de tous ces regards croisés ? Les pour nous et les autres. Quelle est la meilleure solution pour sortir de ce genre d'impasse ? On se creuse la tête. En vain. Difficile et frustrant de s'avouer perdant. Finir par accepter l'absence de solution.

         Que ce soit dans un conflit de couple. En famille, entre amis, voisins, et d'autres proches. Des querelles d'ordre politiques ou religieuses. Sans oublier les rapports conflictuels entre les sexes et les genres. Chacune et chacun voulant absolument défendre son p'tit bout de minorité. Même en faisant partie de la majorité. Dis-moi qui tu hais et je te dirai si tu es de mon côté. Les éloignés sont souvent moins source de conflits. Quoique avec les réseaux sociaux, des petites ou grandes fâcheries peuvent se développer entre individus qui ne se verront jamais. Une colère contre un autre plus ou moins sans visage. Son ennemi d'écran.

       Et il y a les haines de nations. Parfois même de régions à l'intérieur du même pays. Certains conflits entre peuples semblent insolubles. Avec des morts et des blessés à la clef. Sang contre sang. Quelques voix, souvent des poètes, tentent de percer la nuit. Essayer de sortir de la nuit du sang contre sang. Suivre d'autres traces que celles des haines héritées. Des voix souvent étouffées par le bruit des grandes gueules. L'armée la plus forte finit toujours par vaincre. Et le cerveau et le cœur : deux perdants. Peut-être une vision pessimiste. Et si la double intelligence venait à gagner ? Combien de drapeaux avec un cerveau et un cœur mêlés ? Fort heureusement, les pessimistes ne gagnent pas à tous les cas. Le monde continue de tourner. Affaire à suivre...

           Les temps qui courent semblent apprécier la course d'impasse. Avec des milliards de coureurs. Dans ce pessimisme ambiant, même des amis bardés d'optimisme jettent l'éponge. Certains avaient même réussi à faire cohabiter joie et lucidité. Un baissage de bras avec plus ou moins d'amertume. Rageant d'accepter que le Dieu Fric a gagné la partie sur toute la surface du globe. Beaucoup plus malin que tous les autres dieux. N’hésitant pas les manipuler s'ils peuvent lui rapporter. Son livre saint est un cahier de comptes. Ce dieu aux masques multiples est en train de détruire le vivant.Accélérer la fin de l'humanité.

          Dans le sillage de ce Dieu-Estomac, une planète brûlante, des peuples divisés et meurtris, une nature pillée jusqu'à la moelle, des animaux éliminés, des océans asphyxiiés de plastique... Une liste des dégâts qui s'allonge au rythme des profits sans scrupules. Toujours plus et partout sur la planète. Peu importe la dévasatation si ça rapporte du pognon ou du fric. Même au risque de tuer demain. L'espoir déjà éteint dans le regard d'un nouveau-né. Une divinité mortifère faisant plus de morts que toutes les guerres de religion. Avec Saint Uber, Sainte Amazone, et d'autres. L'épée remplacée par une souris et un clavier.

       Une mécanique bien huilée et sachant s'adapter. Récupérant toutes les bonnes causes ( l'antiracisme, la question du genre, l'écologie...) pour les transformer en produit d'appel. Quitte a graisser la patte des leaders de telle ou telle revendication. Hierarchiser les luttes en médiatisant certaines d'entre elles pour en camoufler d'autres. La couleur de peau et la transidentité plus bancable en ce moment que la lutte des classes ? Combien d'émissions ou de Unes sur l'écrasement social des prolos et autres damnées de la terre du coin des rues populaires ? Nos indignations souvent guidées par nos radios, télés et journaux préférés.  A qui appartiennent la majorité de ces médias ( les ondes publiques aussi ) ? A ce fameux Dieu-FricEstomac qui a une très grosse faim. Mais pas qu'un ventre. Des milliers de cerveaux travaillent pour lui. Toujours diviser pour mieux comptabiliser.

           Malgré ce constat récurrent, la greffe pessimiste a été rejetée par le corps de quelques irréductibles. Incapables de vivre sans honorer le présent et regarder vers l'horizon. Toujours prêts à se confronter à l'inconnu. Quitte à y perdre des plumes de certitudes. Sortir du confort de son constat pessimiste pour aller se frotter à la réalité. Contraint à secouer ses points de vue habituels. Miser à nouveau sur soi et les autres. Retourner au chantier. Réinventer du nouveau.

            L'irréparable est une fin en soi. Pas de soi. Ni du rapport à l'autre. Sauf bien sûr quand il y a eu mort d'un ou plusieurs individus, un viol, ou tout autre violence subies. Pas sûr que dans ces cas-là, il puisse y avoir le retour du dialogue. Nul besoin de rappeler les nombreux exemples de conflits insolubles. Avec que deux solutions : cohabiter malgré tout ou la guerre jusqu'à ce que le plus fort gagne. Excepté l'Afrique du Sud, combien de peuples à avoir réussi à réconcilier irréconciliable ? Si un a réussi, l'espoir est permis.

         Revenons en conclusion à nos " petits irréparables" ouvrant ce billet. Ces micros conflits souvent entre proches. Certains plus graves que d'autres. Mais quelques fois des embrouilles pour des broutilles. Une perte de temps qui lui ne perd jamais. On va pas en chier une pendule, affirme-t-on dans les milieux populaires. Une façon de relativiser. Remettre nos petits soucis à l'heure du monde. Rien de grave. Necessaires frottements de mortels ? Sans doute puisqu'on ne peut s'en passer. Suffit d'une phrase, d'un regard, d'un silence...  Et on remet une pièce dans la machine à avoir le dernier mot.

         Combien pèse la poussière d'ego ?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Écologie
Canaux contre tuyaux : la guerre de l’irrigation
Très ancrés dans les territoires montagneux du sud de la France, prisés par les habitants, les béals, petits canaux permettant d’acheminer l’eau, sont encore vitaux pour de nombreux agriculteurs. Mais cette gestion collective et traditionnelle de l’eau se heurte à la logique de rationalisation de la ressource des services de l’État.
par Mathieu Périsse (We Report)
Journal
Climat : un été aux airs d’apocalypse
Record de sécheresse sur toute la France, feux gigantesques en Gironde, dans le sud de l’Europe et en Californie, mercure dépassant la normale partout sur le globe… Mediapart raconte en images le désastre climatique qui frappe le monde de plein fouet. Ce portfolio sera mis à jour tout au long de l’été.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Aux États-Unis, le Sénat adopte un plan climat sans ambition sociale
Par 51 voix contre 50, le Sénat des États-Unis a adopté le plus ambitieux plan climat de l’histoire du pays, prévoyant une enveloppe de 369 milliards de dollars pour réduire de 40 % les émissions de CO2 entre 2005 et 2030. Mais le volet social a été très largement sacrifié.
par Romaric Godin
Journal — Afrique
Kenya : le pays suspendu à des élections à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir

La sélection du Club

Billet de blog
Pour la rentrée, préparons la riposte !
Bientôt, les vacances seront terminées. Et beaucoup se demandent maintenant de quoi sera fait leur avenir avec un gouvernement qui n’a concédé presque rien aux salariés, aux retraités et aux chômeurs en termes de pouvoir d’achat.
par Philippe Soulié
Billet de blog
Le pouvoir d'achat des fonctionnaires vampirisé par quarante ans de néolibéralisme
Lorsque la spoliation du pouvoir d'achat des fonctionnaires devient une institution sous la Cinquième République...
par Yves Besançon
Billet de blog
Loi pouvoir d'achat : Macron & Borne veulent prolonger notre ébriété énergétique
[REDIFFUSION] 42°C en Gironde. 40°C en Bretagne. 20 000 hectares partis en fumée. Lacs, rivières et sols s'assèchent. Les glaciers fondent. Que fait-on à l'Elysée ? On reçoit le président des Emirats Arabes Unis pour importer plus de gazole. A Matignon ? On défend un projet de loi « Pouvoir d'achat » qui vise à importer plus de gaz du Qatar et des Etats-Unis. Où est la sobriété ?
par Maxime Combes
Billet de blog
La grosse entourloupe de l'AAH
Alors qu'on parle de la victoire de la déconjugalisation de l'AAH, alors qu'on cite les augmentations de ce minima social comme une exception du macronisme, personne ne parle d'une des plus grandes entourloupes des dernières années : la suppression du complément de ressources de 180 euros pour les nouveaux admis dans le système.
par Béatrice Turpin