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Billet de blog 22 déc. 2016

Ce sketch de Coluche est-il raciste ?

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© jojodu1410

          La question pourrait se poser de nos jours. Cette interrogation est née de la polémique récente autour d’un sketch de Gad Elmaleh et Kev Adams. Comme de nombreux internautes « buzzés » par les réseaux sociaux, j’ai été y voir de plus près sur la toile. Visionné le sketch incriminé. Lamentable. En effet, il est vraiment très nul. Pas la moindre drôlerie et sans aucun intérêt. Mais il m’a semblé nullement raciste.  Peut-être ai-je mal vu, entendu ou interprété ? L’impression qui me reste de cette mise en scène ridicule est surtout un vaste vide. Comme ce silence très lourd après une vanne absolument nulle entre amis. Une solitude que j’ai déjà vécue après une plaisanterie foirée. Qualifier ce sketch de raciste me paraît aller un peu vite en besogne. Aurais-je eu le même ressenti en tant qu’asiatique ? Pas sûr du tout. Peut-être me serai-je même senti humilié ? Mais, au risque de me faire tacler numériquement, j’ai envie de défendre le travail des humoristes - du plus mauvais au meilleur - dont le boulot devient de plus en plus dur. Le moindre mot peut générer une polémique. Parfois même entraîner des salves d'insultes sur le Net. Chaque sketch doit-il être approuvé par une haute autorité de l’humour ?

Dans ce cas là, le sketch (vidéo en illustration) de Coluche serait recalé d’emblée. Jugé sans doute raciste envers la communauté arabe ; à cause de la description physique et psychologique du personnage surnommé Hamed le philosophe. Doit-on rappeler que c'est un rôle de composition de Coluche incarnant un clodo analphabète ? Des sketchs de Desproges, qualifiés d’antisémites par d'aucuns, n’obtiendraient pas non plus le visa de cette haute autorité. Étaient-ils racistes et antisémites ? Pour ma part, la réponse est non. Même si je n'appprécie pas tous leurs textes. Force est de reconnaître, qu’à l’époque où Coluche et Desproges humorisaient, les intégristes identitaires et religieux n’avaient pas autant le vent en poupe. Ni les censeurs sûrs de détenir la seule vérité. Aujourd’hui, rire de tout est nettement plus délicat. Une parcours parfois extrêmement dangereux. Certains en sont morts par balles sur leur lieu de travail. Sale temps pour la liberté d’expression et l’humour. Est-ce une raison pour museler les humoristes qui nous dérangent ?

L' humoriste, quand son propos sous le rire a du sens, n’est pas là uniquement là pour nous faire marrer. Son but ne consiste pas non plus à ne caresser la société que dans le sens de ses bons sentiments. Un provocateur qui se glisse aussi dans la peau de personnages les plus détestables; inspirés de la réalité. Les salauds ne sont pas des extraterrestres. Le rôle d'un humoriste est aussi de nous secouer et perturber nos visions. Même nous mettre très mal à l’aise. A travers son travail sur scène, il fait remonter les pires travers de la société contemporaine. Sans oublier qu'il éclaire les zones d’ombres, mesquineries, petites saloperies, que chaque individu trimballe en lui. Le monde est imparfait. Pareil imperfection dans notre miroir. L’humour doit mettre le doigt où ça fait mal. Rire alors que nous aurions dû en pleurer. Mais, grâce aux bons humoristes, nous faisons l’économie des larmes. Et, après le rire, perdure selon moi le plus essentiel à tout individu: le doute. Douter est une des armes de combat importantes en ces temps d'obscurantisme et de communautarisme. L'un des effets positifs de l'humour est d'offrir une forme d’autodérision par procuration. Intéressant et nécessaire que d’autres, pas de notre religion, d’une couleur de peau ou politique différente de la nôtre, d’un autre sexe,  etc, se moquent aussi de nous. A force de tirer sur les humoristes et vouloir les censurer, il risque de ne rester que l’humour à usage interne. Bien propre sur soi et qui ne fait pas de tache. Interdit de rire de ma famille. Touche pas à ma communauté. Bientôt que du rire communautariste ?

 Cela dit, chacun est heureusement libre de penser que tel ou tel spectacle est raciste, antisémite, sexiste, etc.  Le journaliste, qui a écrit le papier  dénonçant ce sketch, a tout à fait le droit d’affirmer haut et fort qu’il s’est senti blessé, humilié, par la prestation des deux humoristes. Comme d’autres sont autorisés à avoir un ressenti différent face au même spectacle. L'humour fait rarement l'unanimité. À une autre époque, certains de mes amis – maghrébins, noirs, blancs, jaunes… - qualifiaient Coluche de raciste et de misogyne. Siné a eu aussi droit à son procès en antisémitisme. Si tous les racistes, antisémites, sexistes étaient comme Siné, Coluche, Desproges, ça irait sans doute beaucoup mieux dans ce pays et sur la planète. Toutefois rappeler que faire rire est un travail de haute voltige. Pas un exercice facile. Plus de plantage que de réussite dans ce domaine. Surtout dans l’humour noir.

Bien sûr que le racisme existe. Notamment celui contre les asiatiques dont on parle beaucoup moins que les autres. « Ils rachètent tous les tabacs et aussi les autres commerces. Plus qu’eux dans tout le quartier.  Ils ne se mélangent jamais aux autres.  » . Combien de fois ai-je entendu ces propos ; parfois de la bouche d’amis antiracistes. Et pas sous couvert d’humour.  Revenons à ce sketch d’une extrême nullité. Était-il raciste ? J’ai l’impression que c’est prêter  à ces humoristes des intentions qu’ils n’avaient pas au départ.  Ce sketch n’a pas d’intentions racistes. À moins que ces deux humoristes aient décidé de faire leur outing raciste. Même si l’un et l’autre ne sont pas ma tasse de thé, j’ai du mal à les imaginer dans ce rôle. Sans pouvoir l'assurer car ce ne sont pas des amis. En plus pas du tout sensible au genre d 'humour qu'ils viennent d'afficher. Mais attention à ne pas confondre racisme et gros bide.

L’humour mérite mieux.

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