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Je suis sincère. Ma parole est vraie. Elle est honnête. Je ne suis pas là pour vous mentir. Ce n’est pas mon objectif. Mes mots sont vrais. Certes avec parfois de la colère. Ils débordent de temps à autre ma pensée. Mais jamais de haine. La haine est un sentiment qui m’est étranger. Quel est l’objectif de ma parole ? D’être juste. Toujours dans la justice. Je dis ce qui est vrai. Pour vous informer. Pas de la propagande. Ma pensée profonde présente chaque fois que je parle ou écris. Vous pouvez me faire confiance. Je suis une parole de vérité.
Contrairement à tu hais. Toujours malhonnête. Camouflant sa pensée profonde pour bien se faire voir des autres. De l’escroquerie. Tu n’est pas sincère. Ne disant jamais la vérité. Tu n’informe pas du tout. Chacune de ses paroles n’est que de la propagande. Détournant les faits pour les arranger à sa sauce. Avec extraction des phrases de leur contexte. Le jeu pervers de toute propagande. Tu ne vit que dans le mensonge. On ne peut pas lui accorder sa confiance. En plus, tu est dans la haine. Avec une détestation de la vie. Préférant détruire et tuer partout sur son passage. Tu est une boule de haine. Détruisant tout sur son passage. Tu est barbare. Hors de l’humanité.
Vous pouvez préciser ? Tout est dit. Inutile de chercher qui est du bon côté de l’humanité. On le sait. Celui qui se trompe est aveugle ou sourd. Ou dans l’autre camp. Lequel ? Poser la question, c’est très suspect. Le bon camp est visible. C’est qui ? Vous vous enfoncez. Mais pourquoi ? Cessez de poser des questions. Vous ne pouvez nier l’évidence. Vous voyez bien qu’il y a deux clans. Ça, je suis d’accord, mais… Pourquoi ce mot ? Mais quel mot ? Mais. S'il vous gêne, je peux tout à fait le changer par néanmoins. Mais arrêtez de faire semblant de ne pas comprendre de quoi il s'agit. Vous aussi, vous le dites. Mais quoi ? Mais. En fait, j’ai compris. Quoi ? Vous êtes du côté des tu. Pas du tout. Alors du côté des mais. Non plus. De quel côté alors ?
La question. Ça n’existe pas. La question ? Non. Mais de quoi vous parlez ? Le clan de la question n’existe pas. Comment alors vous cherchez des réponses ? Ça n’a rien à voir. Vous avez donc des réponses sans questions ? Bien sûr. Je suis curieux de savoir de quelle manière vous opérez. C’est fort simple. Pas pour moi. Mais c’est normal que vous ne compreniez pas. Pourquoi ? Vous n’êtes pas dans le bon camp. En attendant, vous n’avez pas répondu à ma question. Je vais le faire. Mais donc après ma question. Arrêtez de vouloir systématiquement noyer la réponse dans le bain de vos certitudes. Je veux juste comprendre. C’est pourtant simple comme deux camps. Lesquels ? Vous le faites exprès ou quoi ? J'essaye de suivre le fil de votre démonstration. Il y a deux camps: le mien qui est le bon, et le vôtre. Pouvez-vous préciser votre pensée ? Vous êtes dans le camp du mal.
Mais tout n’est pas aussi simple. Si ; suffit d’être dans le bon camp. Autrement dit : le vôtre ? Vous avez tout compris. Mais ça risque de poser un problème. Lequel ? Si tout le monde choisit le bon camp. Ce n’est pas du tout possible. Pourtant ce qui se fait le plus souvent. Pas vrai du tout. Suffit d’écouter ou de lire. Je le fais souvent. Alors vous constaterez que tout le monde se définit du bon camp. Le mien alors ? Non ; pour d’autres que vous, le bon camp, c’est le leur. Impossible. L’autre bon camp dit la même chose. C’est de la propagande. L’autre camp dit la même chose. C’est un mensonge. Pourquoi ? Parce que cette parole vient du mauvais camp. Comme vous. Comment ça ? L’autre camp pense que vous êtes du mauvais camp. C’est de la propagande. L’autre camp dit que c’est de l’information. Les tu mentent.
La porte claque. Je suis s’éloigne très en colère. Il retourne dans sa famille. Parmi tous ses proches ; eux savent que je suis est dans le bon camp. À peine Je suis est sorti, une silhouette prend sa place. Qui est-elle ? C’est tu. Le je suis propagandiste est sorti ? Oui. Pas trop tôt. Et vous qui êtes vous ? Ça se voit bien. Je suis nouveau à la brigade des pronoms et des verbes. C’est bien qu’il renouvelle le personnel. Moi, je suis tu es. Celui dont parlait je suis ? Pas du tout. C’est ce qu’il m’a dit. Je suis ment comme il respire. Vous êtes de quel verbe ?
Être. Je ne comprends pas. C’est simple, je vais vous expliquer. Le personnage ignoble auditionné avant moi n’est pas je suis. Qui est-il alors ? Je hais. Du verbe haïr ? Tout à fait. Le je suis que vous avez auditionné est un grand escroc. Un je sui qui usurpe le verbe être et se pense humain. Mais je suis m’a dit se trouver du bon côté. C’est de la propagande. Et vous ? Moi, c’est l’information. Je suis m’a dit la même chose. C’est de la propagande. Le seul représentant du verbe être, c’est moi. Et tous mes proches. Celles et ceux qui pensent et vivent comme moi. Mais…
Plus rien à dire.
Si.
Je suis.
Non, tu hais.
Encore ta propagande.
C’est tu qui hais.
Non, je suis.
La nuit est tombée sur le studio. Je et tu continuent de débattre. Pas la première fois que ça leur arrive. Quelques gros bras restent dans le studio au cas où ils voudraient en venir aux mains. En général, je et tu s’arrêtent à bout de souffle et de salive. Puis ils rentrent chez eux. Les bons jours en se serrant la main. Je et tu pressés d’apporter la bonne nouvelle à leur clan respectif. Laquelle ? Annoncer être dans le bon camp. Applaudissements des proches. Puis confirmation que le mauvais camp, c’est celui de l’autre. Je et tu peuvent dormir sur leurs deux oreilles.
Chacun dans le bon camp.