La dérive des phares

Éclairer comme un lampadaire ou un phare ? Chacun et chacune libre de son choix. Faire comme on veut ou peut. Un lampadaire ne servirait à rien face à une nuit sur l'océan ou la mer. Et un phare inutile pour retrouver ses clefs paumées sur un trottoir. Chacun a sa fonction. Et sa place. Dans tous les cas, il fera jour demain. Mais éclairer ou briller ?

 

 © Marianne A © Marianne A

    

                       «J'ai été à la faculté, et j'ai eu comme professeur le doyen de la faculté, qui les avait plus ses facultés depuis un moment.»

                                                         Coluche.

 

                Éclairer comme un lampadaire ou un phare ? Chacun est libre de son choix. Faire comme on veut ou peut. Que peut un lampadaire face à la nuit sur la mer ou l’océan ? Et un phare est-il utile pour retrouver ses clefs perdues sur un trottoir ? Chacun des deux a sa fonction. Sa nécessité dans un espace de travail. Dans tous les cas, il fera jour demain. Certains lampadaires rêvent-ils de se déraciner du bitume et partir à la mer ? Se transformer en phare. La question que se pose un jeune d’une quinzaine d’années. Tout le monde le surnomme M’Barrer. Même sa famille. Rares les jours où il ne dit pas « M’barrer d’ici » avec un air ronchon. Il est assis sur un banc. Seul. Imaginant son compagnon de nuit quitter le trottoir pour partir en voyage. Que ferait son lampadaire face à l’océan ? Difficile de concurrencer un phare, surtout avec son gabarit d’éclaireur de trottoir. Même impossible, se dit M’Barrer avec un regard de mépris au lampadaire. Juste un minable capable de briller sur quelques mètres carrés. Pas de quoi être fier. Une lumière sans ambition toujours distribuée aux mêmes silhouettes. Guère joyeux d'éclairer les traits tirés et anxieux d’un quartier populaire. Tous ces individus, la plupart têtes baissées, recroquevillés sur leur fin de mois, sont peu enclins à la poésie. Ne pensant qu’à des choses terre-à-terre. Quand ces penchés du quotidien ne se trouvaient pas sous le regard du lampadaire, ils s’éteignaient à petit feu sur leur canapé, devant un écran contrôlant le pouls de leur soumission. Invisibles pour le regard d’un phare. Il ne va pas s'abaisser à éclairer le menu fretin. La lumière du phare a de l'ambition.

         Le phare éclaire les faces burinées des grands voyageurs débarquant avec les clefs de la planète dans leur poche. Des aventuriers guidés par des lumières balayant les flots sombres sur toute la planète. Une activité beaucoup plus intéressante que le boulot monotone d’un lampadaire aux racines enfouies dans un carré de bitume. Encore plus lassant dans un quartier dortoir d’une ville ouvrière. De rares feux de bagnoles ou des drames humains viennent percer la monotonie d’une réserve à bras pour l’industrie et le bâtiment. Comme pour quitter le costume du figurant et s’offrir une part de spectacle dans l'off du pays. Parfois courtisés au printemps quand ils deviennent une réserve à voix dans les urnes. Qui mieux placé pour le dire que M’Barrer. Chaque nuit, il vient boire des bières et fumer sur ce banc. Plein d’images et de mots se télescopant sous son crâne jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Un chantier à ciel ouvert, trop grand pour le collège ou l’appartement de ses parents. Besoin d’être dehors pour respirer l’air de la nuit. Et de ses promesses. L’obscurité efface toutes les frontières visibles du jour. Elle offre des possibles. M’barrer se parle en silence. En répétition de sa pièce dont il est l’unique personnage et metteur en scène. Son monologue est titré : « S’barrer ». Lampadaire ou phare ?

     Son choix était fait. M’Barrer ne sera pas lampadaire. Phare ou rien du tout. « Ciao le lampadaire. Moi, je vais à Paname. Je veux pas terminer ici. Comme mes vieux et aussi toi. Non. Hors de question de terminer comme une ombre nourrie avec des miettes de lumière. Jamais de la vie. Je préfère crever que d’être une ombre à perpète. ». Une nuit, M’Barrer est parti. Sans prévenir personne. Juste un détour pour saluer son lampadaire. Sa cannette de bière vide en guise de dernière trace sur le banc. Un voyage très court sur une carte ou un GPS. Mais loin, très loin, sur le tracé des frontières invisibles des villes. Qu’allait-il chercher de l’autre côté ? Il n’aurait pu répondre à la question. Juste envie de s’arracher à son banc et au regard morne du lampadaire. Ne pas accepter de finir, comme ses deux frères et la plupart de ses potes, par croire être né avec un bracelet électronique à la cheville. Refuser le synopsis écrit à l’avance pour être joué dès la sortie de ventre, sur leur première scène. Certains, respectant à la lettre le scénario, tissent réellement ce fil à leurs pattes. Des acteurs fidèles au texte. S’barrer aussi pour se débarrasser de la légende de la glu de naissance sous la paume des pieds, pour l’empêcher de sortir de l’enclos de ses premiers pas. Bref : s’expulser de son histoire pré-écrite et aller humer la lumière d’ailleurs. Ce que M’Barrer a fait. Refusant de signer le contrat de naissance pour ceux de son quartier. Exit donc tous les scénarios. Que ce soit pour lui voler sa sueur ou l'enfermer dans une main tendue. Il écrira son histoire. Sans l'aide de qui que ce soit. Comment la rédiger ? D'abord en quittant son histoire en cours.

       Changer de lumière. Pour s’en mettre plein les yeux. Son corps tel un aspirateur fébrile courant d’un arrondissement l’autre. Il voulait tout voir, tout toucher, tout aimer, tout haïr, tout gagner, tout perdre, tout comprendre… Tout et encore un peu de tout avant extinction des feux. Miser toute sa peau sur la table de jeux. Vivre sans vivres, mais ivre. Jusqu’au bout de la partie ; quand le jour s’est levé sur la table, et qu’il faut aller se coucher. Plumé jusqu’à l’os par la ville lumière, mais orgueil en bandoulière, la traversant avec des ailes. Les ailes d’un gosse qui a décidé de voler de ses propres rêves. Quitte à se fracasser contre la ville au mille et une vitrines à envies de marque. Pour un jour se retrouver le regard plein, les mains toujours vides. Le poing fermé. Assis sur un banc. Ses doigts roulant un pétard à la lueur d’un lampadaire. Les épaules basses. Plus de mécaniques à rouler. Rouillées en accéléré. Plus qu’un voyage d’herbe à rouler. Chialant comme un gosse devant un témoin impassible. Le regard de la vieille dame phare de la capitale. Quelle lumière plus proche de sa douleur cette nuit d’hiver ? Il a levé les yeux. Profiter de la chaleur d’un lampadaire inconnu.

     La même nuit, où il est revenu à pieds jusque dans ses premiers pas. Le lampadaire avait pris un coup de vieux. Son banc était occupé. Par un gosse qui avait l’air en colère. Il tirait fébrilement sur sa clope. Son corps ramassé comme s’il portait une carapace invisible. Il s’est arrêté. À ce moment précis, il a compris que le lampadaire était à sa bonne place. Pas dans la ville lumière ou devant la mer. Heureux d’être toujours au même poste ? Il se posa la question en retrouvant son compagnon durant des années. Il n’aura jamais la réponse. Mais en tout cas, il s’est rendu compte de sa très grande utilité. Pour les gens du quartier. Comme ce gosse qui avait pris sa place. Né avec un bracelet électronique et de la glu? Il a envie de lui retirer cette idée de la tête. Quelques mots pour essayer de lui faire gagner du temps et éviter de trop se blesser l’âme et le cœur. S’installer à côté de lui ? Fumer une clope ou boire une cannette avec le nouveau locataire du banc ? Il a fait un pas et s’est arrêté. Une fille venait de sortir de l’ombre. Elle s’est assise sur le banc. Le jeune, en colère, a souri et balancé sa clope d’une pichenette. Deux bouches scellées sous un regard bienveillant. Il s’est éloigné. Lampadaire ou phare ? Passant.

   Cette même nuit où M’Barrer est revenu à pieds jusque à ses premiers pas. Faisant le tour du propriétaire de son enfance. Sans réveiller personne. Le lampadaire avait pris un coup de vieux. Son banc était occupé. Par un gosse qui avait l’air en colère. Il tirait fébrilement sur sa clope. Son corps ramassé comme s’il portait une carapace invisible. M’Barrer s’est arrêté. Face à son miroir, cinq ans après son départ. À ce moment précis, il a compris que le lampadaire était à sa bonne place. Pourquoi se déplacer dans la ville lumière ou se ridiculiser dans un rôle de Phare devant la mer ? Heureux d’être toujours au même poste ? M’Barrer n’aura jamais la réponse. Personne ne peut parler de l’intérieur d’un autre. Même d’un lampadaire. En tout cas, il s’est rendu compte de sa très grande utilité. Pour les gens du quartier. Comme ce gosse qui avait pris sa place. Né avec un bracelet électronique et de la glu ? Il a envie de lui retirer cette idée de la tête. Quelques mots pour essayer de lui faire gagner du temps et éviter de trop se blesser l’âme et le cœur. S’installer à côté de lui ? Fumer une clope ou boire une cannette avec le nouveau locataire du banc ? M’Barrer a fait un pas et s’est arrêté. Pour qui se prend-il ? Ni prof ni éduc. En plus, pas sûr que son clone n’en ai pas plus à lui apprendre. Combien de mecs et de nanas, souvent très sympathiques et empathiques, sont venus lui parler. Persuadés sincèrement de lui apporter une aide. Sans se douter que son regard scan avait détecté chez quelques-uns les fêlures qu’ils tentaient de colmater en s’occupant des siennes. Pas une main tendue par hasard. Juste des paumés du bon côté. Contrairement à certains bourrins de la BAC ne cherchant à rien colmater. Au contraire. Semblables dans leurs us et coutumes à leurs alter ego non assermentés qu’ils coursaient à longueur de nuits. Même si M’Barrer, par solidarité face aux vitrines autorisés qu’aux regards, avait une préférence pour les voleurs. Pas de sacs à mains ou scooter. Les voleurs qui allaient se servir chez d’autres voleurs assermentés. Pas venu ici pour rien. M’Barrer mourrait d’envie de s’asseoir sous le lampadaire. Il se dirigea vers le nouveau locataire. Une fille s’assit à ce moment-là sur le banc. M’Barrer s’arrêta. Le jeune, en colère, a souri et balancé sa clope d’une pichenette. Deux bouches scellées sous un regard impassible. M’ Barré s’est éloigné. Lampadaire ou phare ?

    Passant.

     La question est revenue une vingtaine d’années plus tard. Dans le salon de l’appartement de M’Barrer. Atterré par un spectacle en direct de son canapé. Celui d’un homme, penseur et grande référence pour lui, qui dégueule sa haine. Sans jamais s’énerver. Mais avec un irrépressible mépris pour les « non sachant» comme il les a surnommés une fois. Après les avoir défendus. Assis dans son fauteuil cathodique, le sachant a massacré le gosse de « non sachant » qu’il avait été. « Un intellectuel, un artiste, tout personnage public, doit essayer d’éclairer le plus possible, jamais d’éteindre la lumière. Surtout en temps de grande obscurité. ». C’est après avoir entendu ses phrases à la radio qu’il a achetées les œuvres complètes du philosophe. Pour se retrouver devant un type suffisant et méprisant. Pas sa détestation de son milieu d’origine et de vouloir le fuir à tout pris qui gênait M’Barrer. Ce qu’il avait à sa manière. « On vous demande à vous les riches de ne pas renier vos origines. Moi, je ne veux plus foutre les pieds en banlieue populaire. Ni les fréquenter. Nul besoin moi l’ex-pauvre de me déplacer en visite chez les toujours pauvres. Nous sommes très près, eux et moi. Les pauvres grouillent sous ma peau.». Sa réaction à une journaliste lui demandant s’il ne voulait pas installer son siège social dans un quartier populaire. M’Barrer avait regretté sa poussée de colère. La journaliste n’était pour rien dans le bouillon de clichés à refourguer en prime-time. Mais il revendiquait le droit de couper le cordon ombilical avec ses premiers pas. Définitivement. Pourquoi en voulait-il alors au philosophe tellement apprécié et suivi ? D’être prêt à éteindre tous les interrupteurs si lui peut rester devant les caméras. Une grosse déception. Depuis, il change de chaîne en le voyant. Le soir de sa déception, il s’est mis au lit. La machine à questions a commencé dans l’obscurité de la chambre. Déçu et trahi. Comment quelqu’un d’aussi intelligent et subtil pouvait devenir si minable ? Son inquiétude plus forte que la déception. Comme si d’un seul coup la dégringolade du penseur était un prélude au pire. La porte ouverte à la boue et connerie humaine. Il a fermé ses paupières.

  Sans réussir à dormir.

Le conte du phare égaré


             Pourquoi avoir émigré sur le plancher des lampadaires ? Éclairer l’horizon ne lui suffisait pas. Pourquoi, lui avec un tele puissance de lumière, devait se cantonner à un bout de rocher ou bord de sable. Quelqu’un de sa stature méritait beaucoup mieux. Il a débarqué une nuit dans la capitale. Où s’installer ? Pas dans n’importe quel lieu. Près du phare éclairant tout le pays et dont la lumière se projette partout dans le monde. Il s’est installé aux abords de l’Élysée. Toisant les lampadaires considérés comme des subalternes. Loin de la classe et l’universalisme d’un phare guidant les marins dans les ténèbres. Erreur totale. Attiré par les lumières de la ville, il a quitté sa solitude au creux des vagues ou sur une jetée pour vouloir s’enraciner dans une cité. Persuadé de devenir plus importants que les centaines de lampadaires tous semblables et très limités en terme d’éclairage. Le phare, l’illusion passée, s’est rendu compte en fait qu’il ne faisait briller que son nombril et ego. Parmi des lampadaires très utiles dans une ville. Spectacle attristant que ce phare en larmes. Grande silhouette paumée au-dessus des arbres de lumière urbain. Il a fini par repartir. Retrouver sa solitude éclairante.   

          Le phare à la dérive est en réalité  plus pathétique que dangereux. Il ne fait pas très longtemps illusion. Interchangeable et remplaçable selon les saisons des écrans. Le plus dangereux est le phare de contrefaçon. Une excellente imitation très difficile a repérer. Quelle est la différence avec un vrai phare même échoué dans la mare à images ? Aucune en apparence. C’est en grattant qu’on découvre la contrefaçon. En général, il s’est contenté de grappiller des miettes de lumière. Certains bardés de diplômes, d’autre juste de grandes gueules. Parfois les deux. De quel milieu est issu le phare de contrefaçon ? De tous. À quoi peut-on le reconnaître alors ? À rien. C’est une de ses forces. Pouvoir être personne et tout le monde. Même se nicher dans notre propre miroir. Rares celles et ceux échappant à la tentation de se croire le plus brillant de la tablée pour éclairer la conversation. Rien pour l’identifier un tant soit peu ? Si. Il est suffisant. Parfois, pour quelques-uns, sans même s’en rendre compte. Les phares de contrefaçon sincères sont en réalité les plus dangereux. Contrairement aux cyniques juste là pour occuper des places et se faire mousser l’image. Le sincère croit qu’il est un vrai phare. Sûr d’apporter un très bon éclairage. Sa sincérité crée beaucoup d’empathie chez les amateurs de lumière tombée du camion. Et aussitôt refourguée en masse à heure de grande écoute. Même les esprits les plus éclairés peuvent se faire avoir par la lumière de contrefaçon. 

        L’obscurité, a-t-elle définitivement gagné la partie ? Non. Même si elle a tendance occuper de plus en plus d’espace disponible. À quel phare faire confiance pour avancer dans la nuit ? Un lampadaire, même de contrefaçon, ne peut pas engendrer de gros dégâts. Si ce n’est sur une petite surface. Certes pas négligeable. Mais en rien comparable à l’espace que peut détruire un phare de contrefaçon capable d’entraîner dans son sillage lumineux des milliers ou millions de followers et pouces levés les yeux fermés. Nombre d’exemples partout sur la planète. La lumière de contrefaçon va donc dominer le monde ? Pas du tout. Bien qu’elle prospère en notre époque où la confusion occupe beaucoup l’espace public. Ainsi que nos cerveaux. Fort heureusement des lampadaires continuent d’éclairer les villes et villages. Lumière de proximité. Pendant que des phares, ne cédant pas aux feux de la rampe, éclairent encore ce siècle. Sans mépris ni certitudes. Juste pour donner des pistes pour éviter les récifs du siècle. Un siècle ayant besoin autant de phares que de lampadaires. Pour éviter que la planète entière ne disjoncte.      

       Tous les deux éclatent de rire. Très étonnés de passer la nuit ensemble. « Incroyable. Jamais je n’aurais cru me retrouver une nuit avec toi. Bosser à quelques mètres l’un de l’autre.». Le lampadaire se tourne vers le phare. « C’est vrai que ça fait bizarre. Je n’y aurais pas cru non plus.». Le phare se redresse. « Pas le tout de bavasser. J’ai des bateaux qui comptent sur moi. ». Le lampadaire acquiesce. « Tu as raison. Moi aussi, j’ai des passants et des bagnoles qui comptent sur moi. Surtout qu’on est samedi soir.». Chacun concentré sur sa tâche. 

       Beau duo d'éclaireurs.

              M'Barrer  pousse la porte. La directrice financière de sa start-up est concentrée sur son écran. Il reste debout devant son bureau. Qu'en a-t-elle pensé ? Sûrement, un truc sans queue ni tête, se dit-il. Regrettant de lui avoir envoyé. La seule à avoir eu son texte entre les mains. Première fois qu’il écrit quelque chose sans lien avec son boulot. Pourquoi alors avoir blanchi sa nuit à pondre ce texte ? Il se creuse la tête pour savoir ce qui a pu le motiver à écrire. Sachant que l’écriture n’est pas son fort. Notamment à cause d’une grande honte de son orthographe et nul en concordance des temps. Il n’écrit jamais le moindre mot sans le regard de sa directrice financière. La tour de contrôle de la start-up que M’Barrer a créée. Il danse d’un pied sur l’autre. Inquiet. Comme un gosse dans le bureau du proviseur.    

        Elle lève les yeux de son écran. « Je vous ai mailé votre… Comment dire ? C’est une sorte de conte. J’ai corrigé, mais… Peut-être qu’il y a des coquilles. Ce n’est pas le genre de texte que je corrige. Et je dois vous avouer que...». Elle hausse les épaules. « Allez-y ! Pas de ça entre nous.». Elle se frotte la joue. « Je… Ne le prenez pas mal. Je suis pas très sensible aux histoires de ce genre. Je comprends pas à quoi ça sert. Moi, j’aime bien les comédies. On vit assez de merde comme ça. Surtout en cette période de virus et confinement. Moi, j’ai besoin de rire. ». Il la dévisage. « Ne vous excusez pas de vouloir rire. Vous avez raison de vous marrer. La joie est la meilleure arme contre les virus invisibles. Ceux qui font des dégâts dans nos têtes et cœurs. Rien de pire  que les rabat-joie. Ils changent rien au monde et le pourrissent encore plus. Vous savez bien aussi que j’aime beaucoup me marrer. On se fait un p'tit point en fin de journée avant d’envoyer la propal. Bonne journée.». M’Barrer se retourne dans l’embrasure de la porte. « Lampadaire ou phare ?». Elle esquisse un sourire.    

      « Clignotant ».

 

 NB : Une fiction inspirée de naufrages en direct de certains intellectuels, artistes, médecins, et autres grosses pointures mentales censées apporter leur éclairage. Proposer des pistes. Au moins tenter de dés-obscurcir le plus possible la confusion contemporaine. Parfois, ces sommités du haut du panier s’insultent et refusent le débat. Un spectacle pathétique d'ego et nombril à heure de grande écoute. Très inquiétant ces grands esprits se paumer pour quelques miettes de lumière cathodique. Nous aussi ça nous arrive de « naufrager » lors d’une conversation de table ou au comptoir. Dire et penser des conneries. Quitte à les regretter. Mais nos conneries ont beaucoup moins d’effet désastreux que les naufrages des soi-disant « phares » du pays. Et nous ne sommes pas censés indiquer des pistes de réflexion ou action au public. Personne pour lui dire à lui et à elle de reprendre un peu de silence. Se ressourcer loin des lumières de la salle de spectacle. Pour revenir avec un nouvel éclairage à proposer.

          

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.