Délit de sagesse

Les vieux faudrait les tuer à la naissance. Une phrase qui nous faisait beaucoup rire.Contrairement au type à qui un copain l’avait balancée.Parce qu’on faisait trop de boucan sous sa fenêtre. Le vieux, après nous avoir menacé de son balcon, était descendu entamer un dialogue. Avec les arguments pointus de son berger allemand. Un vieux d'une quarantaine d’années.

    

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          Les vieux faudrait les tuer à la naissance. Une phrase qui nous faisait beaucoup rire. Contrairement au type à qui un copain l’avait balancée. Parce qu’on faisait trop de boucan sous sa fenêtre. Le vieux, après nous avoir menacé de son balcon, était descendu entamer un dialogue sur le plancher des villes. Avec les arguments pointus de son berger allemand. Très efficace. Il a pu terminer sa nuit sous son toit. Et nous caboter de rue en rue jusqu’à l’aube. Nous avions seize ou dix sept ans à l’époque de cette scène urbaine. Et le vieux une quarantaine d’années.

      Une femme de 73 ans a été grièvement blessée dans une manifestation. Black blocs ? Affreuse fasciste ? Pas du tout. À moins qu’elle cache bien son lance boulons. Une retraitée extrêmement pacifiste. Certes un tantinet frondeuse à vouloir une meilleure répartition des richesses en France et sur la planète. Combattante pour un monde moins pourri pour tous. On est pas sérieux à 70 ans et des poussières d’utopie. Le président de la République lui a souhaité un prompt rétablissement. Des mots sympathiques à l’adresse d’une femme dont le seul tort était de manifester. Et lui souhaitant, en plus de la santé, une forme de sagesse. Belle invitation.

     Mais pas si simple. La sagesse ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ou la semelle d’un CRS. Il me semble qu’elle s’installe peu à peu en soi. Sans bruit. Parfois elle nous quitte pour revenir quand notre grosse tête a maigri. La sagesse c’est pour les vieux ? Pas une règle gravée dans les rides. Elle peut toucher tous les âges. Sans à priori de quelque sorte. Prête à éclairer tous les cerveaux qui lui laissent une place. Que nous propose donc cette fameuse sagesse ?

     Notamment de prendre du recul et relativiser son importance. Essayer de ne plus se prendre pour le centre du monde. Ou juste pour quelques allers-retours. Cesser de se penser plus haut que la hauteur de son éphémère. Juste un des sept milliards de centres du monde. En orbite autour de ses premiers pas. Comment y parvenir ? Peut-être déjà en se moquant de sa petite personne quand elle se prend pour une personnalité. Et, dans tous les cas,toujours revenir au doute. Nous avons tous du pain sur la planche savonnée de nos ego. Mais le je en vaut la chandelle. Même si personne n’atteint la sagesse. C’est elle qui parfois nous effleure. Sans nous atteindre entièrement. Fort heureusement nous restons imparfaits.

       Pour conclure quelques lignes de «Virage à 80» en guise d’extrait de sagesse. Une littérature à consommer sans modération. Comme la plupart des livres de ce grand auteur. Ses textes à lire ou à relire à tous les virages de l'âge.

«... s’il vous est égal de ne pas savoir où va la vie, s’il vous suffit de prendre chaque jour comme il vient, si vous êtes capable de pardon aussi bien que d’oubli, si vous pouvez vous empêcher de tourner entièrement au vinaigre, à la hargne, à l’amertume et au cynisme, alors, mon gars, c’est plus qu’à moitié gagné.»

 


 

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