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Billet de blog 26 juin 2024

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Caniche à la place du Caniche

Antisémitisme et racisme ont disparu. La nouvelle vient de tomber. Le duo a disparu. Et la France s’ennuie. Dorénavant sur quels sujets pouvoir polémiquer ? Nos deux compagnons quotidiens de polémique ont disparu. Nous sommes donc paumés. Sans Racisme et Antisémitisme. Va falloir trouver d’autres sujets d’engueulades.

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       « Tu tiens vraiment à monter à l’échelle ? Et si c’est pour finir pendu ? »  Henri Michaux

           Antisémitisme et racisme ont disparu. La nouvelle vient de tomber. Le duo a disparu. Et la France s’ennuie. Surtout nombre de politiques, d'artistes, et autres personnalités publiques. Ne sachant plus de quoi parler. Pas que les personnalités publiques. La majorité d’entre sommes paumés sans eux deux. On avait fini par s’y habituer. Un duo devenu très proche de la majorité de ce pays. Dorénavant sur quels sujets pouvoir polémiquer ? Des semaines que nous bouffons du racisme et de l'antisémitisme du réveil au coucher. Peut-être même qu’ils se glissent sous nos draps. Nos deux compagnons quotidiens de polémique ont disparu. Nous sommes donc paumés. Sans Racisme et Antisémitisme. Va falloir trouver d’autres sujets d’engueulades.

        C’était mieux avec le duo. Très intéressants lors d’un débat ou une conversation entre amis. Grâce à l'un ou l'autre du duo, on pouvait avoir facilement le dernier mot. Suffisait de traiter son interlocuteur de raciste ou d’antisémite. Résultat garanti. Certes, on peut aussi se servir de sexiste, d’homophobe, de transphobe, de grossophobe, mais ça me paraît beaucoup moins efficace. Alors que balancer vous êtes raciste ou antisémite, ça cloue aussitôt le bec. Circulez, il n’y a plus rien à penser et à dire. Plus qu’à faire profil bas. À ce propos, je me pose une question. Peut-on être raciste et antisémite ?

         Ma réponse serait positive. À mon avis, excepté certaines exceptions, l’un et l’autre marchent le plus souvent main dans la main. Avec la haine dans chaque paume. Bien sûr, la cible est différente. La musique de la haine ne se joue pas sur le même tempo. Un son différent. Mais la partition haineuse est identique. Et l’intention est du même ordre. Détruire un autre différent de soi. Le détruire à cause de ce qu’il est. Pas pour ce qu’il a fait. Partition identique concernant le sexisme, l’homophobie, la transphobie, la grossophobie, etc. Nul besoin de propos ou d’actes pour devenir la cible des destructeurs. Juste être soi.

             Sûrement que d’éminents spécialistes ne seront pas d’accord avec ce texte. Pas la moindre intention à travers ce billet d’humeur de développer une quelconque théorie. D’une part, parce que ce n’est pas le but. Et que, d’autre part, je n’en suis pas du tout capable. Juste un citoyen dans son coin se posant des questions. Sans prétendre avoir la bonne réponse et la baguette magique pour effacer la connerie du monde qui a le vent mauvais en poupe. Nous sommes très nombreux à nous interroger dans une période plus que troublée. Avec de la confusion et grand déchirement dans tous les bords. Sauf un. Quel bord qui ne se déchire pas ? C'est  plus fort pour l'instant.

            Le bord qui ne doute pas. Il débarque avec les réponses clefs en main. Même si elles n’ouvrent aucune porte. Au contraire. Elles vont en verrouiller de nouvelles. Sur ce bord, on ne se pose pas de questions. Antisémitisme et racisme sont -ils compatibles ? Le genre de questions dont ils se foutent complètement. Pas le temps de s’embarrasser. Le seul objectif est de gagner. La victoire en souriant. Un large sourire de gendre et belle-fille idéale. Si bien et serviable. Prêt à rendre des services à tout le pays. Tous et toutes sur ce bord avec le cœur sur la main. Après la victoire, le sourire va rétrécir. Jusqu’à disparaître. Avant de commencer à détruire. Sans faire de distinguo entre racisme et antisémitisme. Les femmes (libres et refusant d'être bonnes au réarmement démographique), les LGBT, et tous ceux et celles qui ne rentrent pas dans leur case, se retrouveront aussi dans le même sac à destruction. Sans oublier tous les pauvres qui ont cru aux sourires. Détruits eux aussi. Les plus pauvres continueront d'être écrasés. Par des semelles pires que les précédentes.

           Pourquoi ironiser en ouverture de ce billet sur l'antisémitisme et le racisme ? Pour cause d’urgence. Mais il n'y a pas que ces deux graves problèmes en cours. D'autres populations ont à craindre d'une arrivée de l'extrême-droite. Pour ne pas dire la majorité des citoyens et des citoyennes de ce pays. Nombre d'entre eux sont inquiets de l'avenir de la France. Un pays réduit en miettes par une grande dégoupillée entre les jambes de la population. Qui l’a balancé ? Celui pour qui beaucoup ont voté pour protéger la démocratie du pire. Ont-ils eu tort ou raison ? Peut importe aujourd’hui. L’urgence est ailleurs. S’unir ou continuer de se déchirer ? Alors que, sur l’autre rive, on avance groupés. Avec en cible un même ennemi commun. Soudés pour déboulonner la démocratie.

              Pendant ce temps-là, des hommes et des femmes se rêvent en haut de l'affiche. Devenir Caniche à la place du caniche. C’était un mot d’enfant. En l’occurrence celui d’un de mes fils. Ayant interprété avec ses oreilles d’enfant, le fameux « Je veux être calife à la place du calife » de Iznogoud. Pourquoi évoquer cette interprétation ? Parce que j’en vois beaucoup d’Iznogoud. Des hommes et des femmes. Sur l’autre rive, il y a sans aucun doute, mais pour l’instant, ils et elles ravalent leur ego. Contrairement à leurs adversaires. Tellement recroquevillé sur leur ego et nombril, il ne voit pas que la maison France est en train de vaciller. Moi, je, moi je… Prêts à tout pour avoir leur photo sur une affiche. Pouvoir passer à la télé. En espérant avoir un bon poste. Sans se préoccuper des dégâts occasionnés sur tout un pays. Le plonger dans une nouvelle période noire. Tout ça pour ne pas rester dans l'ombre. Après mon ego, le déluge...

       Que leur dire ? Rien d’autre de plus. Après tout, qui suis-je pour leur donner des leçons ? Me contentant de mots inutiles sur ce blog. Même si je ne rêve pas d’être caniche à la place du Caniche. Guère intéressé par ce genre de pouvoir. Sans pour autant les mépriser. Étant moi aussi dans une forme d’égoïsme de spectateur du monde. Sans mettre la main dans le cambouis du réel. Certains et certains, parvenus au pouvoir, s’efforcent de changer le quotidien des autres. Améliorer le monde. Pas des tous pourris. À quoi les reconnaît-on ces « pas tous pourris » ? Des individus capables d’une très grande chose. Après un énorme boulot sur son ego. Lequel ? Apprendre à s’effacer. Et rester actif dans l’ombre. Ne serait-ce que pour les conserver. Quoi ?

     Les lumières de notre démocratie.

       NB : Des inquiétudes pour l'avenir de nos polémiques internes et externes ?  Pas le moindre souci ; on retrouvera vite d’autres sujets pour s’engueuler. Même se détester. Mais la priorité est de protéger notre interrupteur commun. Empêcher que certaines mains se posent dessus. La France et l’Europe ont déjà essayé la nuit. Restons groupés autour de l’interrupteur. juste de le temps d’éloigner les éteigneurs de démocratie.

          En guise de conclusion, des variations sur une citation de Frantz Fanon.

« Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des musulmans, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des noirs, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des blancs, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des jaunes, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des gitains, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des femmes, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des LGBT, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des hétéros, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des handicapés, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des gros, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des pauvres, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des riches, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des beaufs, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des bobos, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des amateurs de barbecue, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des végans, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des voisins, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des immigrés, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des enfants immigrés, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des migrants, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des fonctionnaires, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des intellos, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des artistes, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des journalistes, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des politiques, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal de l’autre, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal de vous, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des comme vous, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous entendez dire du mal des pas comme vous, dressez l’oreille, on parle de vous. »

« Quand vous dites du mal de l’autre, dressez l’oreille, on parle de vous. »

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