Binational de cœur. Plus Doute que Français ? L’un et l’autre. Un pied en Doute, l’autre en France. Où que je me trouve sur la planète. Plus fidèle au Doute qu'à la France ? Autant au deux. Je ne cherche d'ailleurs jamais à trahir. Fidèle à un drapeau plus qu'à l'autre ? Non. Fidèle aux grandes valeurs du pays natal. Ses lumières et sa culture. Reconnaissant de tout ce qu’il m’a donné depuis la naissance. À travers son école publique et les livres. Avec entre autres une bibliothèque municipale au nom de Poète : Robert Desnos. Sans oublier bien sûr mon CV dans des universités du coin de la rue et de plus loin. Beaucoup de mes unités de valeur ont été acquises dans d’innombrables bars de France. Et diplômé de la joie de vivre de ce pays. En plus, il m’a offert l’amour, deux fils, et toutes sortes d’amitiés. Plus la poésie, la colère, la mauvaise foi, la contradiction, le demi bien frais en terrasse... Et tout le reste. Que demande le peuple ? Que ce pays continue d'être un beau pays avec ses défauts et ses qualités. Un binational fidèle à la population de France.
Même si certains ne m’aiment pas. Et c'est tout à fait leur droit. Je n’aime pas non plus tous les habitants et habitantes de ce pays. Rien de plus naturel en somme. Pas que l’amour et l’amitié au menu d’une histoire humaine. Un pays c’est aussi la somme de ses frottements. Mais fort heureusement pas que ça. Pour ma part d’ici, plus de belles choses que de moches sur un cahier ouvert dans une maternité à Montreuil (93). Mon premier cri en 1962. Cette année-là, disait la chanson populaire. Né dans la même ville de naissance qu'Eric Zemmour. Et celle où est enterré Mohand-Séghir Mada, l’arrière-grand-père de Jordan Bardella. Montreuil : une terre d’accueil. Comme tout le pays. Un accueil de la maternité au cimetière. Plus tout le reste au quotidien. Une France au service de son public.
La ville de mes premiers pas. Dans une famille de prolos. Une majorité de pauvres dans le quartier. Des pauvretés - histoires uniques - venues d’Italie, d’Espagne, d’Algérie, de Tunisie, et d’ailleurs dans le monde. Mais pas que des exilés - la majorité pour cause économique - hors des frontières. Certains étaient issus de l’exode rural. Déracinés de leur terre pour aller gagner leur pain à la grande ville. Toutes les pauvretés sont-elles des exils ? Le genre de question que n'ont pas le temps de se poser les pauvres. Revenons au quartier d'enfances et autres âges qui se croisaient. La majorité des voisins et des voisines étaient issus des classes populaires. Les fins de mois avaient toutes les mêmes couleurs. Mais il y avait aussi des médecins, des avocats, des journalistes, des architectes, des ingénieurs, et autres cols blancs. Certes une minorité. Mais bien intégrée à la population majoritaire. Tout n’était pas rose dans le quartier et dans la ville. Mais sans les haines d’aujourd’hui. Faut dire que la majorité avait la même couleur de peau. Et le savait. De couleur pauvre.
En vouloir aux électeurs et aux électrices d’extrême-droite ? Ça ne sert à rien. Mon absence de colère vis à vis d’eux, vient-elle du fait que j’aie des copains et copines qui ont choisi ce vote ? Sans doute en partie. Mais aussi parce que je sais que la plupart ne sont pas l’image réductrice qu’on en donne : des fachos. Un raccourci pour ne pas creuser et secouer ses certitudes manichéennes. Bien sûr que parmi ces votant à l’extrême-droite, il y a des racistes, des antisémites, des sexistes, des homophobes, des transphobes, etc. Mais aussi dans d’autres votes. Même si, à mon avis, il y en a plus dans les rangs d’extrême-droite : un mouvement avec un ADN brun très enraciné. Mais, quel que soit le parti, je fais toujours la différence entre cadres, militants, sympathisants. Et les votants. Pas le même niveau d’implication. À l’extrême-droite, une minorité de fachos. Et une majorité de paumés. Usés. Et déboussolés par un nouveau monde.
Comme nombre d’entre nous. Pas uniquement la cheville populaire des isoloirs. Ici et là, on voit même des qualifiés de penseurs perdre pied. Leurs diplômes et érudition à rallonges n'ont pas réussi à les empêcher de se perdre. Pour finir par devenir ce qu'ils ont toujours combattu. Se laissant aller à la facilité. Notamment la compromission intellectuelle pour quelques miettes de lumière et des pouces levés. Toute cette intelligentsia vieillissante est morte de trouille. Que vont-ils et devenir dans un monde évoluant très vite ? Quel sera leur pouvoir ? Auront-ils et elles encore de l’influence sur la société ? Des interrogations vieilles comme les générations. Rien de nouveau en réalité. Une profonde appréhension liée à la vieillesse. Des anxiétés naturelles face à l'approche de sa propre mort. Avec l’inquiétude d’être effacé. Ne plus rien peser dans le jeu contemporain. Terminer leur histoire publique dans l’ombre.
Guère un hasard si on voit ici et là des septuagénaires et plus âgés s’accrocher à leur poste. Et pas que des politiques. Refuser de le transmettre. Alors que d’autres, plus jeunes, peuvent tout à fait être en mesure de l’occuper. Transmettre est un art difficile. La preuve par tous ces « phares », importants pour faire progresser des idées ; aujourd’hui, paumés dans leur carcasse vieillissante, il n’éclairant plus rien. Si ce n’est leur ego et nombril. En bref, pas que les électeurs d’extrême-droite à - selon certains et certaines - à se tromper de voie. Le pays tout entier qui a perdu le nord de la République ?
C’est elle qui m’a appris à douter. Avec bien sûr sa collègue Démocratie. Un duo important pour plus d’une centaine de millions d’habitants et d'habitantes de ce pays. Erreur, ricane une de mes voix. Elle sait bien compter et lire les pages Wikipédia. Mais nous ne sommes pas dans la même comptabilité. Bien sûr que nous sommes environ 70 millions sous le ciel de France. Mais je pensais à toutes celles et ceux qui nous ont précédés. Certes pas depuis la nuit des temps. Celles et ceux qui ont bénéficié des bienfaits de République et Démocratie. Tout ce qu’a apporté le duo. Même si aujourd’hui Liberté Égalité Fraternité n’a pas la même signification selon le lieu où tu es né, où tu vis, où tu étudies… Quelques quartiers et écoles ont trusté un maximum de richesses (pas que le fric) de ce pays. Pas un duo parfait. Mais nous sommes nombreux à y tenir. Et à aimer ce pays perfectible.
Même en étant binational. Pas incompatible d’avoir une pièce d’identité française et une autre d’un autre pays. N’en avoir qu’une ne garantit pas contre la trahison. On l’a vu à de nombreuses reprises dans ce pays. Ne soyons pas naïf au point de croire que des papiers d’identité font la valeur d’un homme, d’une femme, ou d’un autre genre. Combien de mono-nationaux ont tué leur compagne, violé leur gosse, escroquer leur voisin, parti avec la caisse d’une association humanitaire, triché… ? Alors qu’ils sont détenteurs que d'une seule identité officielle. Pourtant, désormais, certains voudraient porter la suspicion sur des binationaux. Ne pas leur accorder une entière confiance en leur loyauté. C’est sur ce genre de base qu’un officier français d'origine alsacienne et de confession juive a été accusé de trahison. Condamné à la perpétuité au Bagne de Cayenne. Avant d’être innocenté et réintégré dans l’armée. De futur Dreyfus dans le pays ?
Comparaison n’est pas raison, m’interrompt une autre voix. Elle n’a pas tort. Même si on peut déceler dans notre époque certains poison du passé. Dont celui de trier les bons et les mauvais Français selon ses origines. Mais revenons au présent. Celui plombé par une dissolution dévastatrice. En une décision , tout un pays divisé. Avec des haines fleurissant sur tout le territoire. Chaque clan persuadé de détenir la vérité et être plus « propre » que ses adversaires. Pas la première que c’est manipulation contre propagande. La guerre habituelle pour toutes les courses au pouvoir. Mais rare une telle montée de haine dans ce pays. Avec la suspicion généralisée. Va comprendre Charles, comme disait André Pousse. Ça canarde dans tous les sens. À quand un cessez-le-feu ? Dimanche 8 juillet ? Pas sûr du tout.
L’avenir est plus qu’incertain. Une fois n’est pas coutume, j’irai voter. Et deux dimanches. Choisir un bulletin couleur neige au second tour ? Certains et certaines continueront de manifester leur mécontentement de cette façon. Même en sachant que leur bulletin fondera avant d’être décompté. Donner des consignes de vote ? Qui suis-je pour penser que ma voix serait supérieure à celle d’un autre électeur ou électrice ? Que des citoyens et des citoyennes adultes. Avec leur solitude dans l’isoloir. Et face à leur miroir. Chacun chacune fera comme bon lui semblera. C'est ce qu'on nomme la démocratie. Même si, depuis des années, beaucoup ne votent qu’avec la peur au ventre. De plus en plus rarement par conviction. Bon, trêve d’enfonçage de porte ouvertes et autres digressions. Déjà assez pris sur votre « temps de toile ».
Comment conclure ? Peut-être par une petite invitation à avoir une pensée. Bien sûr, ce n'est pas une obligation. D'autant plus que ce n'est pas facile. Encore plus difficile quand ont dans la merde au quotidien et en colère. Une colère légitime. Plus aisé d'avoir cette pensée quand on est aisé. Pour ceux et celles qui le souhaitent : une invitation à vous munir de deux pièces d’identité le jour du vote. L’officielle bien entendu. Et une deuxième, essentielle à chaque individu. Même aux abstentionnistes qui sont des citoyens et des citoyennes à part entière de ce pays. Quelle est donc cette autre identité ?
Son empathie républicaine.
NB : Le buste d'Anne Sylvestre dans toutes les mairies de France ? Une belle présence et voix républicaine. Voter pour une future Marianne du doute ?