Violences policées

Celles qui ne font jamais de bruit. Sans blessés ni mort d'homme ou de femme. Les violences policées ne sont pas meurtrières ou blessantes dans la chair. Sûrement très rares les cas où elles auraient abouti à un pronostic vital. Même si elles génèrent des dégâts invisibles à l’œil. Sans laisser de traces et preuves de malveillance. Ces violences policées se produisent dans quel milieu?

      

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       Celles qui ne font jamais de bruit. Sans blessés ni mort d'homme ou de femme. Les violences policées ne sont pas meurtrières ou blessantes dans la chair. Sûrement très rares les cas où elles auraient abouti à un pronostic vital. Même si elles génèrent des dégâts plus ou moins important selon la fragilité de celle ou celui qui les subit. La plupart du temps des blessures sous la peau. Sans laisser de traces et preuves de l'acte malveillant. Quelles sont ces violences ? Elles sont de tous ordres. Du mépris au harcèlement ou au silence néantisant. Ces violences policées se produisent dans quel milieu ?

   Pas d’exclusivité. Elles opèrent à tous les étages de la société. Peut-être sont-elles juste mieux camouflées dans ce qu’on appelle la bonne société bourgeoise. Les petites piques enrobées sur canapé de bonnes manières. Là où elles sont le moins détectable, c’est dans les sphères culturelles et des médias. Pareil chez les communicants, politiques, et autres passagers du haut du panier. Pourquoi ? Parce que le vernis est très efficace – préparé souvent à Sciences Po ou d’autres grandes écoles. Et surtout qu’on ne s’attend pas à une telle violence parmi des individus se considérant comme cultivés, ouverts au monde, capables de prendre du recul sur les bas instincts – loin, très haut au-dessus des instincts du bas populo ? Des saloperies feutrées. Comment les reconnaître ?

   Difficile. Car elles se produisent sans tambour ni trompette. Comme par exemple engluer l’autre dans une toile de silence. Le néantiser en ne répondant pas à sa question ou coupant sans un mot le dialogue établi. L’interlocuteur ou l’interlocutrice n’existe même pas. Toutes les sphères professionnelles, dans le privé ou public, sont atteintes par ce réflexe de la non-réponse. Et désormais même parmi certains proches. De plus en plus de textos ou mails dans le vide. Même si j’essaye de répondre à tous, je me rends compte que j’en oublie souvent. Pourtant ma boîte mails n’est pas saturée de messages. Je suis au fond exactement comme ce que je viens de dénoncer. Raccord à l'époque.

   Négligent dans nos réponses à tel ou tel message. Une forme indéniable de négligence de la parole de l’autre. Elle n’a pas assez de valeur pour obtenir une réponse. Serait-elle négative ou même une insulte. Si insignifiante qu’elle en devient transparente. Une parole qui ne vaut absolument rien et indigne d’un quelconque écho. Ce rien que nous sommes nombreux à dénoncer quand un personnage public l’emploie. Pareil pour tous les harcèlements, le mépris de classe ou pas, que nous pointons du doigt ; sans balayer devant sa propre boite mail. Ni son comportement.

    Notre ère, autrement dit chacune et chacun, nous entraîne-t-elle dans cette spirale d'une sorte de mépris soft des mots de l'autre ? Est-ce dû à l’abondance de messages échouant sur nos écrans ? Tellement préoccupé par nos activités ou la course à notre image que certains de nos interlocuteurs n'ont même pas le droit à une réponse ? Il ne s'agit pas des réponses tardives dues à une surcharge de travail. Certains retards sont tout à fait compréhensibles. Comme de ne pas répondre à des insultes ou harcèlement. Mais rien de pire qu'un silence total dans un échange courtois et accepté de part et d’autre. Le mépris de l’interlocuteur devenu même pas rien puisqu’il est n’est plus. Effacé à distance.

   Colère ? Indifférence ? Insultes ? Comme réagir ? Sans doute le plus dur à avaler, une espèce d’indicible tristesse quasi de gosse trahi, est la déception proportionnelle à la confiance accordée au destinataire. Surtout avec une promesse de retour au message. Combien de non-réponses sur notre ardoise à ce jour ? La hiérarchie des priorités, est-elle devenue une priorité sur le respect de la parole qui nous interpelle pour différentes raisons ? Le silence internet ou téléphonique devenu une protection de nos petites et grandes lâchetés ? D'autres questions en suspense sur ce sujet.

   Méritent-elles d'être posées ?

 

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