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Billet de blog 28 mars 2024

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Les ardoises de l'indécence

La solitude a toujours le premier mot. Et le dernier. Entre les deux, une phrase plus ou moins longue. Certes pas une révélation. Même de l'enfonçage de porte ouverte. Pourtant important de le rappeler parfois. Notamment en zone de turbulences. Quand le ciel menace. Et l'époque en apnée sous une grosse vague de désespérance.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

               La solitude a toujours le premier mot. Et le dernier. Entre les deux, une phrase. Elle sera plus ou moins longue. Tout dépend  bien sûr de sa durée de passage mortel sur la planète. Certains ne bénéficieront malheureusement que de quelques lignes. Voire encore moins. Tandis que d’autres vont cumuler les chapitres au fil du temps. Pour profiter d’une belle histoire à rallonges ou en subir une très sombre. Les solitudes ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Mais dans tous les cas, chaque être aura un premier et un dernier mot. Certes pas une révélation. Même de l'enfonçage de porte ouverte. Pourtant important de le rappeler parfois. Notamment comme aujourd'hui en zone de turbulences. Quand le ciel menace.

           Avec le réchauffement climatique qui a déjà commencé à occasionner de gros dégâts. En grande partie dû à l’égoïsme de l’espèce humaine. Persuadés que la planète est notre garde-manger et salle de jeux. Tous responsables ? Bien sûr. Mais certains plus responsables que d’autres, car, à leurs postes de dirigeants, il aurait pu au moins ralentir la chute. Au lieu de ça, ils ont continué sans scrupules à œuvrer pour le toujours plus, piller les ressources de la terre et des océans, écraser des vies pour le privilège d’une minorité planétaire à laquelle ils appartiennent. Pour finir eux aussi en cendres de dividendes.

             D’autres menaces dans le ciel en ce moment. Certains pays ont déjà les bombes, missiles, et autres armes de destructions réelles (nul besoin de fiole de mensonge massif). Parmi eux, des territoires sans répit depuis des décennies. Et à travers le monde, des populations massacrées ayant le droit à une grosse couverture médiatique, des armes pour se défendre contre leur agresseur, et ce qu’on appelait à une époque le droit d’ingérence. Tant mieux pour ces peuples agressés. Toutefois, d’autres populations souffrant autant de la guerre, ne bénéficient pas de la même empathie médiatique et des opinions publiques. Personne ne pensera à leur envoyer des armes pour se défendre. Des populations bénéficiaires du droit d’indécence ?

        Le Covid nous a rappelé la solitude universelle. Celle du souffle fragile sous chaque poitrine. Un rappel de l’éphémère de tout ce qui est vivant. Une période de grande anxiété sans frontières où l’essentiel était remonté à la surface. Incontournable. D’un seul coup, la planète entière a redécouvert certaines valeurs. Plus importantes que celles des places financières. Le souffle prioritaire sur la cotation boursière. À toute chose, virus était bon. Mais, la pandémie à peine dans le rétro, nous avons repris nos habitudes. Du bas en haut du panier mondial. Tous et toutes retournés à notre course au néant.

         Fidèles à leurs us et coutumes, les riches voulant encore plus que ce qu’ils ont. Comme de grands gosses rêvant de posséder tout ce qu’il y a dans le magasin. Pour paraphraser un grand auteur, leur besoin de dividendes est impossible à rassasier. Quitte même à se servir encore plus sur la chair des pauvres.  Les essorer jusqu'à la dernière goutte de sueur. Peu importe les dégâts, le retour de la bête immonde sous d’autres masques, la pollution, tant qu’ils ont les bénéfices. Pendant ce temps, les pauvres, imitant leurs maîtres, prêts à écraser plus pauvre qu’eux. Le Covid nous a offert un petit interlude. Avant le retour de la pandémie de la connerie humaine. Et la domination de l’indécence.

          Que reste-t-il pour ne pas totalement désespérer ? L’espoir. Pas d’autre solution que d’espérer. Même si on ne croit plus en rien. C’est lui qui nous pousse à nous lever chaque matin. Jouer notre petit ou grand rôle dans le manège en orbite autour du soleil. Sans lui, même si c’est un mot qui paraît naïf, rien ne peut se construire. Présent dans tous les domaines. Contrairement au désespoir qui se contente de croiser les bras et constater que ça va mal. Alors que l’espoir reste sur le terrain.

           Contre vents et marées. Même si l’espoir a souvent envie lui aussi de tout laisser tomber et regarder le temps passer. Détourner le regard de notre pathétique humanité revenant toujours au galop vers le pire. Pourtant, malgré les casseroles de notre espèce, l’espoir ne nous lâche pas. Donnons-lui un coup de main. Comment ? En ne passant pas dans le camp de l’indécence et son frère jumeau le cynisme. L’un et l’autre très en vogue. De quelle manière peut-on résister à la vague désespérante en cours ? En restant sur le chantier du siècle.

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