Mouloud Akkouche (avatar)

Mouloud Akkouche

Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...

Abonné·e de Mediapart

1808 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 août 2024

Mouloud Akkouche (avatar)

Mouloud Akkouche

Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...

Abonné·e de Mediapart

D'un sommet l'autre

Le regard d'une vieille enfant. Face à son jouet brisé. Elle ne peut le réparer. Impossible. Personne ne pourra le recoller pour lui offrir une nouvelle existence. À jamais foutu. Pourtant, elle y croit encore. Je suis là, ne m’oubliez pas. Ne me laissez pas moisir dans l’ombre. Une supplique humide entre ses paupières. Tristesse et violence. Son jouet cassé c’est elle.

Mouloud Akkouche (avatar)

Mouloud Akkouche

Auteur de romans, nouvelles, pièces radiophoniques, animateur d'ateliers d'écriture...

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
© Marianne A


        S’accrocher à la lumière. Avec les dernières forces de son désespoir. Même si ce n’est plus qu’un filet de lumière. Vu que de soi et d’une poignée de proches. Quand des êtres se pendent à leur dernier cordon ombilical. Celui les reliant au monde. Avant d’être expulsé. Cette fois dans une nuit sans fin. Pas facile de se sentir de plus en plus invisible. Surtout quand on a été au cœur des regards. Comme cette femme. Autrice, metteur en scène, comédienne. Elle sourit. Des yeux rayonnants. Un regard fané.

         Les yeux d’une vieille enfant triste. Face à son jouet brisé. Elle ne peut le réparer. Impossible. Personne ne pourra le recoller pour lui offrir une nouvelle existence. À jamais foutu. Pourtant, elle y croit encore. Je suis là, ne m’oubliez pas. Ne me laissez pas moisir dans l’ombre. Aimez-moi. Au moins encore un peu. J’ai besoin de vos regards, de vos applaudissements, pour être encore d’ici. Une supplique humide entre ses paupières. Tristesse et violence la traversent sans cesse. Son jouet cassé c’est elle. 

         Inutile de le lui dire. Elle le sait. Chaque matin, les coups de crocs de la lucidité. Debout face à son miroir. Les yeux ne mentent pas. Même bien maquillés. Pourtant, elle ne croira pas son reflet. Regardant au-delà de lui. Là où le temps et les désillusions n’ont aucune prise. Leur pays unique.  À elle et la petite fille toujours présente. Solidaires l’une de l’autre. Elles se souriront. Un sourire refusant de renoncer. Un coup de rouge à rêves. Avant de remonter sur scène. A guichet fermé sur sa solitude.

        Un personnage de fiction ? Non. Une femme en chair et désillusions. Comme son époux. Lui aussi dans le domaine artistique. Tous deux ont le même regard. Des septuagénaires toujours en chantier. Mais avec l’impression d’œuvrer dans l’indifférence générale. Ne plus être dans le coup. Une question d’âge ? Sans doute que ça doit jouer sur le moral. Pas le même ressort qu’à trente printemps. Toutefois, d’autres artistes plus jeunes, ont l’impression de parler sans être entendu. Ou d’un groupe restreint, toujours le même. Frustration et insatisfaction. Et en colère de rester dans l’ombre.

              Pas les seuls dans ce cas. Nombre d’artistes - avec ou sans talent - se plaignent de la même chose. Souvent à juste titre. Impuissance face aux lois du marché. Elles n’écrasent pas que les créateurs. La majorité de la population mondiale subit aussi cette pression permanente. Sans en plus avoir la possibilité de pouvoir transformer leur écrasement en mots, images, danse, etc. Que faire face à la réalité commerciale ? Baisser les bras ? Plusieurs amis artistes ont fini par jeter l’éponge. Certains aigris, d’autres pas. Quelle que soit la façon d’aborder son renoncement, toujours un irrépressible sentiment d’inachèvement. Parfois un manque jusqu’à la fin de son existence. Et il y a les irréductibles qui ne lâchent pas leur « bout d’art ». Ici ou là.. Souvent œuvrant en solitaire. Parce que c’est ça ou la folie. Voire la fin. 

         Une mauvaise interprétation de son regard fané ? Je me pose la question. Elle n’est peut-être pas ce que j’ai cru lire entre ses paupières. Pareil pour la trajectoire de son époux.  Tout à fait possible que j’ai mal compris. Voyant une forme d’amertume là où il y aurait plutôt une quête anxieuse. Celle de nombre de créateurs sachant que tout est perdu d’avance. Puisque le sommet à peine atteint, un autre se profile à l’horizon.  Chercher à l'atteindre ou non ? Respirer un coup avant une nouvelle ascension. En solitaire.

           Ascension de son abyme ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.