Agrandissement : Illustration 1
Sous un ciel d’été. L’air brûlant a colonisé tout l’espace. Une vingtaine de voitures garées devant un rideau de peupliers. Un parking sauvage sur un champ de luzerne. Les véhicules ont des plaques d’immatriculation de différentes régions de France et d'autres pays. Du Van pourri à la grosse Berline de luxe. Deux hommes déboulent sur une moto. A peine arrivés, ils ôtent leur casque et commencent à se déshabiller. Pour rejoindre les autres déjà l'eau. Un regroupement non concerté. Des corps aimantées par le même lieu.
En une course fébrile. Des hommes, des femmes, des gosses, chaque visage rougi par la chaleur, sont venus se précipiter dans les bras d'une rivière. Elle coulait, coule, (coulera ?) le long d'une falaise hérissée d'arbustes grillés par le soleil. Des bancs de poissons vont et viennent sous l'eau. Qu’est-ce c’est bon ! Un magnifique endroit ! Fort agréable. C’est beaucoup mieux que dans notre piscine. Putain que ça fait du bien ! Le sexe, le genre, la couleur de peau, la culture, la religion, son CV, l'absence de religion, le niveau social… Toutes les frontières habituelles ont fondu d’un seul coup sous le cagnard. Les conventions ont volé en éclats. Plus qu’un seul désir solitaire et commun : se rafraîchir.
Une main empile des pierres. Avec des gestes lents et précis. Une silhouette ? Un château ? Un barrage ? Une autre main se joint à la première. Elle œuvre à quelques centimètres. Un premier personnage est créé. Une femme ? Un homme ? Autre genre ? Un enfant ? Juste une silhouette en équilibre précaire. D’autres mains arrivent sur le chantier. D’enfants et d’adultes. Des mains qui ne parlent pas la même langue. Les fondations d’une maison. Sans un mot. Des échanges de regards et des petits sourires. Le nouveau monde en construction ?
Demain bâti par des individus venus de tous les horizons. Leur corps proches les uns des autres, dans un espace très réduit. Une proximité d’êtres très différents, voire antagonistes, qui, ici et à l’instant, ne posait pas le moindre problème. Le partage de la rivière paraissant même naturelle. Les codes des uns et des autres laissés au vestiaire ? Pas tous. La façon de se mouvoir, les mots, le ton de la voix, les regards, les silences... Certains codes ne disparaissaient jamais. On les transporte partout avec soi. Les coups de tampon de notre éducation sous la peau.
Mais à cet instant précis, ici, plus de verticalité. Ni de différences. Autrefois, elle pouvaient enrichir et étaient même appréciées et fêtées. Tandis que, aujourd’hui en ère de chacun chez soi, les différences emmurent de plus en plus. Les pieds dans l'eau, personne ne regarde de haut ou de bas son voisin ou sa voisine. Le seul passeport requis était le moment. Les uns et les autres réunis sous un carré de ciel par la même quête: se débarrasser de l’armure de chaleur étouffante. Des corps avides de fraîcheur. Cohabitant le temps d’une baignade sur une plage improvisée. Reliés par la même langue.
L’hospitalité de la rivière.