« Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.A l'école de la poésie, on n'apprend pas: on se bat. »
Extrait de « La marge » : la préface à « Poètes, vos papiers ! » , écrite par Ferré en 1956
Écrire un poème et le déposer dans l’urne le 9 juin. Invitation aux abstentionnistes (en colère et-ou- désillusionnés par les politiques) à rédiger quelques vers ou une poésie entière. Ça peut-être un aphorisme, un haïku, une citation... Dans le genre qui vous convient. Mais avec élégance. Car cette poésie représentera votre colère et mécontentement vis à vis des « tous pourris » . Et de tout ce qui a contribué à votre éloignement des bureaux de vote. Pour ma part, je ne suis pas un adepte du « tous pourris ». Cela dit, vous avez vos raisons légitimes d’être remontés contre celles et ceux par lesquels vous ne voulez plus être représentés. Les adeptes du vote blanc pourront y aller ainsi de leur poésie. Et tous les autres en colère. Une belle façon de partager son opinion. Et sa vision de la démocratie.
Sans perdre son âme. Ni l'offrir aux vendeurs de division. Ils sont nombreux en ce moment sur le marché de la démagogie et manipulation. Un bulletin-poème dans l'urne pour ne pas baisser les yeux devant son miroir à cause d’un « vote-rage pour tout faire péter ». Pas que des textes uniquement de colère. Ça peut être aussi une très belle déclaration d'amour. À soi, aux autres, aux pays des lumières, à Liberté Égalité, Fraternité, etc. Ou un clin d’œil à l'oiseau de passage au-dessus du bureau de vote. Un poème qui sera ce que vous aurez envie de dire de votre histoire passagère. Votre représentant élu par vos mots. Chaque poème sera offert indirectement à une femme. Laquelle ? Marianne des villes et des champs.
Certains et certaines ne souhaiteront pas écrire. Pas du tout l’envie ? Guère à l’aise avec l’écrit ? Bien sûr, la poésie ne s’impose pas. Dans ce cas, vous pouvez aller piocher dans votre mémoire pour retrouver tel ou tel poème d’enfance. Toujours possible aussi d’ouvrir des recueils de poésie et d’en choisir un qui serait raccord avec votre pensée actuelle. N’importe quel moteur de recherche pourra vous proposer un très grand nombre de poésies. D’un clic, un très large choix de poètes d’hier, d’avant-hier, et d’aujourd’hui. Le pays et le monde entier ne manquent pas de poésie. Même si elle fait beaucoup défaut ce moment sur la planète. Voter-poème serait une façon de remettre un peu de poésie dans notre pays. Sortir de la politique politicienne. Celle qui a usé un très grand nombre de possesseurs de cartes électorales et finit par les pousser à s’éloigner des bureaux de vote. Respectant trop leur bulletin de vote et leur colère pour les brader au premier ou première venue. Mais le premier parti de France n'est pas rancunier. Capable de troquer sa canne à pêche pour un bulletin-poème.
Chaque bureau de vote deviendrait alors un espace poétique improvisé. Après le dépouillement officiel, on pourrait organiser des séances de lectures de poésies. Avec retour de la parole des citoyens et citoyennes ne croyant plus du tout aux politiques. Et pour des raisons qui peuvent être tout à fait compréhensibles. Trop facile de les accuser de tous les maux à chaque élection, les reléguer au rang de la sous citoyenneté, et de les culpabiliser du même argument que les anciens combattants : des hommes et des femmes sont morts pour que tu aies le droit de vote. Un classique de toutes les élections. Enfin avec le bulletin-poème, la voix des abstentionnistes, des votes blancs, et de tous les citoyens et les citoyennes en colère contre nos politiques et une République dont ils se sentent déshéritée, pourra être pour une fois entendue différemment. Et écoutée sous une forme poétique. Avec vos propres mots adressés à la République : l’ensemble de vos concitoyens et concitoyennes. Pour recevoir en retour les textes des autres électeurs et électrices ayant opté pour le bulletin-poésie. Que demande de plus le peuple mécontent. Et qui a des idées.
Des millions de poèmes inonderaient ainsi tout le pays et la France hors de l'hexagone. Sans oublier les vers des Français de l’étranger. Un raz-de-marée poétique remettant en cause nos institutions, commenteraient certains journalistes déstabilisés. Imaginez les visages défaits dans tous les QG des partis politiques, au ministère de l'Intérieur, dans les préfectures, et à l’Élysée. Personne ne pourra jeter la pierre aux abstentionnistes puisqu’ils se seront déplacés jusqu’à l’isoloir et auront accompli leur devoir électoral. Même en ayant troqué la politique contre la poétique. Une grande victoire : le retour des abstentionnistes dans le jeu démocratique. Ressortant leur carte d’électeur de sa gangue de poussière et de colère. Avec au final, la victoire très large du premier parti de France. Et de la majorité poétique.
À chaque électeur et électrice, le choix de sa poésie ou d’autres formes courtes d’écriture. Une voix unique. Jamais elle ne se transformera en promesse non tenue. Une parole personnelle, voire intime, qui n’alimentera pas non plus le fonds de commerce des sirènes jetant de l’huile sur le feu – déjà très fort - pour faire bouillir leur propre petite marmite égotiste. Une voix irrécupérable et totalement libre. Néanmoins, elle ne sera pas vaine et aura du sens- celui de chaque bulletin-poème. Un texte que vous pouvez d’ailleurs photographier pour le garder dans vos archives. Et pourquoi pas le faire circuler. La trace de votre retour dans le jeu démocratique. Un acte politique sans casse ni insulte. En espérant qu’on tiendra compte de votre geste.Et que par exemple le vote blanc soit comptabilisé. En espérant aussi une prise de conscience des élites. Le pays n’est pas leur propriété privée.
Pourquoi cette idée m’a traversé la tête ? D’abord, parce que j’aime beaucoup la poésie. Gosse, j’en écrivais. Des poèmes d’amour pour les copains qui les transmettaient à l’élue de leur cœur de collégien. Depuis quelque temps, je suis de moins en moins sur les actus, de plus en plus à lire des poèmes. Et même essayer d’en écrire après plus de quatre décennies sans oser y retourner ; un exercice très difficile. Mais revenons à nos urnes. L’idée de jumeler poème et bulletin de vote m’a été inspirée en grande partie par le spectacle pathétique, pour ne pas dire pitoyable, de certains – pas tous - politiques. Invectives, mensonges, mauvaise foi, incapacité de reconnaître ses torts… La liste n’est pas exhaustive. Suffit d’ouvrir son écran pour avoir nombre d’exemples. Sans pour autant mettre tous les politiques dans le même panier. Mais la défiance vis à vis du personnel politique est plus que compréhensible. Comment prêter sa voix à une bande de collégiens et collégienne à écharpes et cocarde républicaine ?
Certes, personne n’est parfait. Les politiques comme les votants et les abstentionnistes. À la seule différence, c’est que les politiques sont censés représenter autre chose que leur petite personne. Confondant pouvoir et responsabilités, des termes si proche si loin. Toutefois, à leur décharge, être aux commandes ce n’est sans doute jamais facile. Et bien souvent le fait d’avoir le pouvoir vous gonfle la tête, les chevilles, et dégonfle le cerveau et le cœur. Avec des excès de « faites ce que je dis, pas ce que fais ». Facile pour moi, jamais engagé, donneur de leçons à l’abri derrière mon écran, de les pointer de l’index numérique. Peut-être qu’à leur place, je serai encore pire qu’eux. Et très inquiets si certains de mes copains et copines - très critiques des puissants - devenaient ministre de l'Intérieur ou des armées. Tout n’est jamais aussi simple que Yaka ou faukon.
Revenons à la poésie. Elle peut secouer les urnes. Imaginez la présence de la poésie dans tous les isoloirs. Un homme, une femme, un autre genre, sortant religieusement de sa poche ou sac un poème, pour le glisser dans une enveloppe de la République. Un texte écrit ou recopié ; peu importe, ce qui compte, c’est le geste poétique. Et surtout le sens de votre démarche. Qu’il s’agisse d’une petite ou grande colère légitime. Ou peut-être tout simplement le désir de transmettre un message, une part de votre histoire, sans passer par les canaux habituels. Signifier d’une certaine manière que vous avez déserté ce lieu d’expression démocratique pour de bonnes raisons. Un départ notamment à cause de la capacité de certaines et certains élus à oublier qu’ils et elles ne sont que des représentants de leurs électeurs et électrices ; pas plus, ni moins. Une façon aussi de rappeler que vous n’êtes pas du tout contre le suffrage démocratique. La preuve par votre retour poétique dans l’isoloir.
Bien sûr, ce raz-de-marée poétique dans les urnes ne se fera pas. Rien de sérieux. C’est juste une pointe d'humour dans la masse sombre de nos jours et nuits. Néanmoins pas interdit de rêver. Et d'envisager le retour de plusieurs dizaines de millions d’abstentionnistes aux urnes. À mon avis, une grande majorité d’entre eux ne demandent que ça. Revenir la tête haute dans le débat démocratique et avec un poème dans la main. Partout, dans les villes et les villages, un dimanche poétique. Une gigantesque nappe poétique couvrant tout ce dimanche de France. Pour convier des millions d’oreilles et de regards à un déjeuner républicain dans tous le pays. Un banquet de mots républicains a deux semaines du Marché de la poésie.
Tu rêves, tu rêves, et la consigne pour le second tour, ironise une de mes voix. C’est vrai que je n’y avais pas du tout pensé. Pour qui appeler à voter le dimanche suivant ? Qui suis-je pour donner une quelconque consigne de vote ? Chaque électeur et électrice, disposant d’un cerveau, n’a besoin de personne pour faire son choix dans l’isoloir. Nul besoin donc de consigne de vote pour le second tour. Poétique ou politique ? Les deux ne sont pas incompatibles. Que souhaiter à notre beau pays perfectible pour le 9 juin ? D’abord l’arrivée d’un bel été.
Et une très forte abstention poétique ?
NB : Pour certains abstentionnistes en colère-vivant une histoire d’amour ou non - qui désire voter poésie, pourquoi pas glisser ce texte d’une inconnue dans l'urne électorale. C’est juste une ouvrière écrivant à son compagnon ouvrier laminé par la désindustrialisation. L’une et l’autre encore vivants. S’ils sont encore de ce monde, pour qui, voteront-ils le 9 juin. Des abstentionnistes ? Trêve de blabla et place à sa déclaration d’amour :