La fasciste et le démocrate, deux mondes séparés ?

Beaucoup ne veulent ni de Macron ni de Le Pen. Mais on entend dire qu'avec Le Pen toute opposition serait muselée, tandis qu'avec Macron on pourrait au mois continuer à manifester, pétitionner, se mettre en grève, etc. Prudence !

Juste une réflexion en passant : on lit parfois ces jours-ci, parmi les innombrables commentaires sur le vote Macron, que certes il est dangereux par la politique extrême-libérale qu'il entend mener, qu'il risque d'achever le travail de casse des protections sociales, de la législation du travail, etc. Je ne détaille pas, on connaît.

Mais lui au moins resterait démocrate, inscrit dans les institutions certes critiquables mais "républicaines" de la constitution, alors qu'avec Le Pen on risquerait de voir mises en place des mesures autoritaires, grâce aux pouvoirs détenus par la Présidente et au prétexte facilement trouvé d'attentats ou de manifestations un peu tumultueuses par exemple. Avec Le Pen toute opposition serait muselée, avec Macron on pourrait au mois continuer à manifester, pétitionner, se mettre en grève, etc.

A titre d'exemple je cite ici ce qu'écrit Roger Martelli sur regards.fr : "On peut à juste titre penser que Macron s’en tiendra à une démocratie rabougrie, où s’imposera le choix seul des "compétents", technocrates de toutes obédiences et de toutes nationalités. Le Pen, elle, inaugurera peu à peu une ère où l’ordre fondé sur l’exclusion permettra de se passer purement et simplement de la démocratie, quelles qu’en soient les limites imposées par sa forme "bourgeoise"."

C'est fort possible en effet.

Il faut se souvenir quand même que la frontière entre la politique libérale (habituellement associée à la démocratie) et les régimes autoritaires n'est pas si nette, ni infranchissable.

C'est sous le régime dictatorial du général Pinochet qu'ont été mises en oeuvre pour la première fois "en grandeur nature" les thèses libérales de l'Ecole de Chicago. Le traitement de choc infligé à l'économie et à la société chiliennes aurait été impossible sans la peur engendrée par la répression sanglante de larges secteurs de la population, assimilés vite fait à la menace marxiste. Je ne suggère pas que Macron serait un Pinochet en puissance, mais simplement que libéralisme extrême et dictature ne sont absolument pas incompatibles - voire que le mariage peut s'avérer nécessaire.

De même on voit que nos institutions démocratiques, en France et en Europe, le sont de moins en moins : l'Union Européenne a mis en place une série de règlements qui limitent strictement les choix économiques et sociaux qui pourraient être contraires à la doxa libérale ; on piétine les réferendums qui ne correspondent pas au résultat attendu ; on affirme qu' « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » (J-C Juncker, président de la Commission européenne, 29 janvier 2015). On se sert de l'état d'urgence, officiellement destiné à prévenir tout acte terroriste, pour réprimer la contestation et les mouvements sociaux ; on envisage de prendre des mesures par décrets, de réduire le nombre de députés et la durée des sessions, pour "accélérer les débats". D'une manière générale les politiques libérales, qui enthousiasment peu les populations, sont peu compatibles avec une démocratie même rabougrie comme la nôtre.

En bref, ne pas s'endormir sur une fausse illusion de libertés préservées avec le "démocrate" Macron.

 

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