Pourquoi changer de contitution reste une nécessité urgente

Nous voici une nouvelle fois confrontés au chantage du "vote républicain", dans lequel l'élément clé est le score du Front national, qui joue le rôle d'épouvantail. Mais c'est le mode d'élection présidentiel prévu par la constitution qui le rend possible.

Nous voici une nouvelle fois confrontés au chantage du "vote républicain", dans lequel l'élément clé est le score du Front national, qui joue le rôle d'épouvantail. Mais c'est  la constitution et le mode d'élection prévu par elle qui le rend possible.

Je ne reviens pas sur les raisons qui peuvent pousser à voter contre Marine Le Pen, donc pour Emmanuel Macron, ou ni pour l'un ni pour l'autre, c'est à dire à s'abstenir ou voter blanc. Dans les deux cas on se trouve face à une mauvaise solution : aider à mettre en place une politique destructrice poursuivie et amplifiée et qui a toutes les chances de renforcer encore le vote FN, ou aider indirectement à faire élire la candidate du FN. Dans les deux cas beaucoup d'électeurs se retrouvent piégés et la démocratie n'en sort pas renforcée. On peut parier raisonnablement que cette situation se représentera en 2022 ...

Imaginons maintenant un système parlementaire à la britannique, dans lequel c'est le ou la chef du parti majoritaire qui forme un gouvernement (ou essaie de le faire) après l'élection législative. Imaginons un scrutin proportionnel, et imaginons enfin que le résultat du vote soit celui du premier tour de notre élection présidentielle (ce qui dans la réalité ne serait bien sûr pas le cas) : c'est donc Emmanuel Macron, chef du parti "En Marche" qui, arrivé en tête, doit former un gouvernement. Il n'a pas obtenu de majorité, il doit donc rechercher une alliance : il est peu probable qu'il le fasse auprès du FN. Il lui reste donc deux possibilités : conclure un accord de gouvernement avec LR (il est alors à 44 % des sièges, et il lui faut encore trouver une alliance : avec les dupontistes ?) ou bien (mais c'est moins probable) avec le PS et le "Parti des Insoumis".

Dans cette configuration on ne parle plus de "monarque républicain" (le président a un rôle essentiellement honorifique) ; il ne suffit pas de propulser un Macron dans les médias pour le mettre au pouvoir (il faut beaucoup d'autres élus, et il faut que cet homme ait d'abord obtenu une légitimité pour prendre la tête de son parti) ; le vote démocratique est respecté ; le "vote utile" disparaît ; l'électeur vote selon sa préférence réelle, et n'est pas soumis élection après élection à un chantage qui n'a finalement de "républicain" que le nom. Certes le FN entre en force à l'Assemblée (22 % des sièges) mais après tout si on reconnaît une existence légale à ce parti, mieux vaut que ses électeurs soient représentés. Et puis ainsi on les verrait à l'oeuvre. Et le FN perd sa fonction, bien commode pour les pouvoirs en place, de repoussoir.

Vivement une 6ème République, donc !

 

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