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Billet de blog 8 mai 2022

Manuel Valls, ou le symbole de l'indécence

Manuel Valls, objet de moqueries permanentes, tant il retourne ses vestes, trahit et se vautre dans les propos identitaires, se représente à la députation, pour la majorité présidentielle. Autopsie d'un symbole, celui de tout ce qu'on déteste en politique.

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Mais qui est Manuel Valls ? Manuel Valls est espagnol, né environ en 1935 avant la honte. Champion olympique de slalom politique, il a parcouru près de 170 km à pied en faisant le tour du Palais de l'Elysée en espérant rencontrer Emmanuel Macron. Ce qui fait de lui l'un des hommes les plus endurants, après Tom Cruise dans Mission Impossible 3. Il est aussi l'un des rares hommes politiques ayant retourné autant de vestes qu'il s'en est pris dans des élections. Le dernier échec remonte aux municipales en Espagne, après lesquelles il a observé une retraite politique d'au moins 8 minutes dans les montagnes du Tibet.


Aujourd'hui, Manuel Valls réapparaît sous les couleurs de LREM, nouvellement baptisé "Renaissance". Quoi de plus symbolique pour faire "renaître" de ses cendres celui qui a été évincé du Conseil Municipal de Barcelone, après avoir été évincé du PS, et fait un crochet sur les plateaux de BFMTV, entre deux manifestations d'extrême droite ? Manuel Valls. Le simple nom suscite un sentiment d'amusement, mêlé à de violentes pulsions de haine. Car oui, Manuel Valls incarne tout ce qu'on déteste de la politique, l'allégorie même de la compromission et de la trahison. On se rappellera son reniement à soutenir Benoît Hamon aux présidentielles de 2017, animé d'une haine puissante contre ceux qui, contrairement à lui, ne font pas de la laïcité un instrument de haine. Manuel Valls est plus gauche que de gauche, et il est moins adroit qu'à droite.

Depuis l'investiture de Macron, le revoilà sur scène, tel un courtisan, aux premiers rangs, sans même y être convié. On apprend dans Libération, dépassant même les titres parodiques du Gorafi, que l'entourage du président lui-même ne comprenait pas sa présence au premier rang, le soir du deuxième tour. L'absence de décence, de fierté,  ni de conviction est ce qui semble le définir, et le résumer sur les réseaux sociaux, avec moult moqueries

Un tel flot de railleries en arrêterait plus d'un.e. À la place de Manuel Valls, j'irais me cacher dans une grotte pour ne pas me taper l'énorme honte de ma vie. Mais Manuel Valls n'est personne d'autre que lui, et il ne connaît que la fierté canine du courtisan que l'on récompense d'un bol de croquettes. Jadis manifestant avec l'extrême droite catalane pour faire tomber les indépendantistes, le voici prêt à faire barrage contre les extrêmes au nom du parti présidentiel. Enfin, "les extrêmes"... Pas n'importe lesquels: "l'extrême gauche mélenchoniste". Car pour Manuel Valls, la haine de l'autre est tout de même moins dangereuse que la justice sociale et écologique. Le voici donc parti en croisade contre la gauche unie (dont il fut fossoyeur) et ses aspirations sociales. 

Du Bellay décrivait jadis la courtisanerie, et l'esprit de flagornerie insupportable qui suintait des cours royales du  XVI siècle : 

« Seigneur, je ne saurais regarder d'un bon œil
Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire,
Sinon en leur marcher les princes contrefaire,
Et se vêtir, comme eux, d'un pompeux appareil.


Si leur maître se moque, ils feront le pareil,
S'il ment, ce ne sont eux qui diront le contraire,
Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,
La lune en plein midi, à minuit le soleil.


Si quelqu'un devant eux reçoit un bon visage,
Ils le vont caresser, bien qu'ils crèvent de rage:
S'il le reçoit mauvais, ils le montrent au doigt.


Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite,
C'est quand devant le roi, d'un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi. »

Cet esprit de cour, date de la... Renaissance. C'est aussi le nouveau nom de "La République En Marche". Manuel Valls, tout un symbole.

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